OBSERVATIONS DE BOYLE
alors, comme on devait s’y attendre, la surface unie et lustrée du métal fondu parée d’une couleur splendide aussi délicieuse que fugitive, qui fait immédiatement place à une autre couleur vive, bientôt remplacée par une troisième, laquelle, à son tour, est chassée par une quatrième, et ainsi de suite. Ces merveilleuses couleurs apparaissent ainsi successivement et s’évanouissent dès que la surface du plomb cesse d’être assez cliaude pour présenter plus longtemps ce charmant spectacle. Les couleurs qui, les dernières, parent la surface, alors que le plomb commence à se refroidir, y demeurent} mais elles sont si superficielles que, si l’on vient à gratter tant soit peu la surface du plomb, on enlève en même temps toute la couleur. « Ces faits, ajoute Boyle, me suggèrent quelques pensées ou rêveries auxquelles en ce moment je n’ai pas le temps de vous initier. » Il étend ses observations aux huiles essentielles de la Chimie et à l’esprit-de-vin, suffisamment agités pour avoir fait une grande provision de bulles } ces bulles observées attentivement se montreront parées des couleurs les plus variées et les plus vives, couleurs qui s’évanouissent immédiatement après le retrait de l’huile qui avait apporté aux bulles leur pellicule-enveloppe. Boyle fait mention aussi des couleurs des bulles de savon et de celles des pellicules de verre, cc J’ai vu un homme éminemment habile à façonner le verre et à souffler des boules si minces qu’elles finissaient quelquefois par crever } on constata avec ces boules la grande ténacité du verre} elle était telle qu’avant de se briser, il se laissait réduire en couches si extrêmement minces qu’elles montraient constamment à leur surface les couleurs variées de l’arc-en-ciel. »
Postérieurement à Boyle , les couleurs des lames minces occupèrent l’attention du célèbre Robert Hooke, dans les
écrits duquel nous trouvons une esquisse de la théorie des ondulations. 11 décrit avec une grande netteté les couleurs obtenues sur les lames minces de verre de Moscou ou mica, celles aussi qui entourent les fissures dans les cristaux lorsque la continuité optique est détruite. Il montre trèsclairement la dépendance où est la couleur de l’épaisseur de la couche, et prouve, par des observations microscopiques, que les plaques d’épaisseur uniforme montrent des couleurs uniformes, cc Si, dit-il, vous prenez de petits morceaux de verre de Moscou ou mica , et qu’avec une aiguille ou un autre instrument convenable vous les cliviez en lames de plus en plus minces, vous trouverez que, tant que ces lames n’ont pas atteint une épaisseur déterminée , elles restent transparentes et incolores } mais que si vous continuez à fendre et à diviser, vous finirez par trouver enfin que chaque lame apparaîtra teinte ou imbue d’une couleur déterminée et très-vive. Si, en outre, vous fendez une jolie petite lame, de telle sorte qu’un des feuillets ait commencé à s’écarter de l’autre, et qu’entre ces deux feuillets il se soit introduit un milieu translucide, les lamelles transparentes qui tapissent cet espace montreront plusieurs arcs-en-ciel ou bandes colorées, dont les couleurs seront disposées et rangées suivant l’ordre des épaisseurs des différentes parties de la plaque. Hooke décrit ensuite pleinement et clairement l’expérience avec les verres pressés l’un contre l’autre, dont nous avons déjà parlé.
Prenez deux plaques doucies et polies de verre de lunettes, de la grandeur d’une pièce de deux francs, faites-les bien sécher toutes deux, puis, avec les deux index et les pouces, pressez-les très-fortement l’une contre l’autre, et vous verrez apparaître, lorsqu’elles seront très-près l’une de l’autre, plusieurs bandes irisées ou colorées, à peu près de la même