PRÉFACE DE L’ÉDITION AMÉRICAINE
Mon éminent ami, M. le Professeur Joseph Henry, de l’Institution Smythsonienne , m’avait fait l’honneur de prendre ces Leçons sous sa direction personnelle, et de fixer les temps et les lieux où elles seraient faites.
Croyant que les devoirs de ma profession à Londres pouvaient difficilement être suspendus pendant une longue période de temps, je ne devais pas m’attendre, au moment de mon départ, à voir ma visite aux Etats-Unis se prolonger au delà de la fin de 1872.
Ainsi limité pour le temps, M. le professeur Henry commença par le nord, et, descendant ensuite vers le sud, il décida que les Leçons seraient faites successivement à Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore et Washington.
Par cet arrangement, que les circonstances et le temps rendirent inévitable, les Leçons à New-York auraient coïncidé avec la période de l’élection présidentielle*, cela semblait très-inopportun, et, le fait m’étant signalé, j’offris de prolonger assez ma visite pour que les Leçons de New-York suivissent celles de Washington. Cette proposition fut cordialement acceptée par mes amis.
Pour moi personnellement, cet arrangement modifié s est trouvé être un agrément et un profit : il me permit de prendre au pied de la chute du Niagara des vacances néces-
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saires et délicieuses. Il eut, en outre, pour résultat d’imprimer aux étapes successives de ma mission le caractère d’une marche ascendante qui atteignit son point culminant à New- York et à Brooklyn.
Ma réception partout a été celle d’un ami par des amis, et maintenant que ma visite est devenue par la force des choses un événement passé, je me reporte vers elle en arrière, comme vers un souvenir sans aucun nuage, sans désagrément aucun. A l’exception d’un accident inexorable, il ne m’est rien arrivé que je n’eusse pas désiré de me voir arriver; et, depuis le commencement jusqu’à la fin, j’ai reçu du peuple américain des expressions de bienveillance que, pour ma part, je n’oublierai jamais. En réalité, bienveillance n’est pas le mot apte à rendre l’amabilité qui s’est manifestée à mon égard dans les Etats-Unis.
Pourquoi ne m’a-t-il pas été donné de répondre plus complètement aux désirs de mes amis et aux invitations qui m’étaient adressées par toutes les grandes villes de l’intérieur et de l’ouest! Mais le caractère de ces Leçons et le poids considérable de mon bagage d’optique expérimentale m’imposaient un si rude travail, que la nécessité du repos aurait suffi seule pour m’arrêter. En outre, chacun des paquebots-poste arrivés successivement de Londres m’apportait le remords du travail suspendu et du devoir négligé, par suite de mon absence.
L’Institution Royale possédait un Secrétaire honoraire, qui a voué à ses intérêts les meilleures années de sa vie professionnelle active, et l’énergie d’un homme vigoureux. Si quelque institution semblable peut être fondée ici, le vœu le plus cordial que je puisse former pour son succès, c’est qu’elle puisse être servie avec l’unité de but et l’amour toujours prêt au sacrifice que l’on trouve chez les directeurs
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et les membres de Royal Institution, et plus intense, plus soutenu encore, chez M. le Dr Bence Jones. Mais lui, sur qui j’aurais pu me reposer, venait d’ètre abattu par une maladie cruelle ; et quoique mes autres collègues fussent très-désireux de m’aider de toutes les manières possibles, je ne pouvais conserver aucun doute sur le devoir que j’avais à remplir. Il fallait que je fusse à Londres. Je prie mes amis de l’intérieur et de l’ouest de prendre ces motifs en considération, et de me regarder non pas comme un homme insensible à leur amabilité, mais comme un liomme qui, avec une ardeur comparable à la leur, aurait voulu remplir leurs désirs s’il l’avait pu.
Il est un autre point qui mérite quelque attention. En quittant l’Angleterre, je n’avais pas l’intention de publier ces Leçons, et, à part un ou deux fragments, rien n’était encore écrit quand j’arrivai ici. Depuis, pendant que j’enseignais à New-Yoïk, Brooklyn et New-Haven, les Leçons ont été écrites et imprimées. Sans doute que de nombreuses traces de la rapidité de leur rédaction se montreront çà et là, mais j’avais pensé que je devais à ceux qui les avaient écoutées avec une attention si infatigable, et aussi à ceux qui avaient tant dédré les entendre, sans l’avoir pu, de les leur laisser à mon départ sous une forme à peu près authentique. La constante application d’esprit que ce travail a rendue nécessaire m’a forcé de me faire étranger à beaucoup de plaisirs de société, il m’a empêché de m’initier moi-même au travail intérieur de diverses institutions pour lesquelles je me sentais un vif intérêt, et de me refuser à la généreuse hospitalité que m’offraient les clubs de New-York} en un mot, elle m’a condamné à me poser en homme insociable. Mais, convaincu que les agréments de la société étaient incompatibles avec un travail acharné, je pris le
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parti de me dévouer avec toute l’énergie dont j’étais capable, non à la seule société de mes intimes amis, mais à la société tout entière des Etats-Unis.
Dans la Leçon d’ouverture, j’ai énuméré les noms de ceux envers qui j’ai contracté une plus grosse dette de reconnaissance, pour l’aide empressée et souvent laborieuse pour eux qu’ils m’ont prêtée. Cette liste pourrait être très-étendue, car dans toutes les villes que j’ai visitées, j’ai trouvé sous la main des auxiliaires pleins de bonne volonté. Je ne dois pas cependant oublier le nom de M. Rhees, secrétaire particulier de M. le professeur Henry, qui, non -seulement à Washington, mais à Boston, m’a secondé de la manière la plus intelligente et la plus empressée. Je dois mes remercîments aux Trustées de l’Institut Cooper et aux directeurs de la librairie commerciale de Brooklyn. Qu’il me soit permis encore de payer une petite dette de reconnaissance à mon parent et ami, à l’esprit si élevé, le général Hector Tyndall, pour les soins si persévérants qu’il a pris de moi et pour la tendresse intelligente avec laquelle, lui et sa famille, ont adouci, pour moi et pour la famille de ce pauvre jeune homme, la douleur causée par la mort à Philadelphie de mon second assistant.
J’ai enfin à rendre hommage, avec les plus chaleureux éloges, à l’intégrité, l’activité, le dévouement avec lesquels, du commencement à la fin, j’ai été secondé par mon principal assistant, M. John Cottrell.
John Tyndall.
New-York, février i8;3.