THÉORIE DES ACCÈS
demander à l’expérience les matériaux de sa théorie. Qu’il me soit permis d’essayer de retracer le cours de ses pensées et de ses observations. Un aimant lui a fourni la notion des pôles attirés et repoussés; et, habitué comme il l’était à voir dans le visible une image de l’invisible, il dut naturellement doter de semblables pôles ses particules de lumière. Quand elles tourneront leurs pôles attirés vers une substance transparente, elles devront être sucées et transmises; quand elles tourneront leurs pôles repoussés, elles devront être rejetées ou réfléchies. Ainsi, par l’attribution de pôles, on pouvait expliquer la transmission et la réflexion, à différents instants, de la même particule.
Regardez ces anneaux de Newton tels qu’ils sont vus dans la lumière rouge pure, ils sont alternativement brillants et noirs. La couche d’air correspondant au plus extérieur d’entre eux n’est pas plus épaisse qu’une bulle de savon ordinaire, et elle devient plus mince en approchant du centre. Newton, comme je l’ai dit, avait mesuré l’épaisseur correspondant à chaque anneau et mis en évidence la différence d’épaisseur d’un anneau à l’autre. Maintenant, notez le résultat. Pour plus de facilité, laissezmoi appeler d l’épaisseur de la couche d’air correspondant au premier anneau obscur de Newton. Newton alors trouva que l’épaisseur correspondant au deuxième anneau obscur était 2 d , celle correspondant au troisième anneau 3 d, celle correspondant au dixième anneau 10 d, et ainsi de suite. Certainement, cette petite distance, qui revient ainsi périodiquement, doit avoir une signification cachée. Chacun peut se figurer l’immense intérêt avec lequel Newton pesa cette signification. Suivez bien l’essor probable de sa pensée. Il avait doté ses particules de pôles, et le voici forcé d’introduire une notion nouvelle, celle
de période d’ inter currence ou à’ accès. Sa puissance de transfert du sensible à l’insensible le conduisit sans peine a supposer que les particules de lumière sont animées non-seulement d’un mouvement de* translation, mais aussi d’un mouvement de rotation. Les connaissances astronomiques de Newton lui rendaient toutes ces conceptions familières. La Terre est animée d’un double mouvement semblable : dans le temps qu’elle met à parcourir deux millions de kilomètres sur son orbite, c’est-à-dire en vingtquatre heures , notre planète fait une rotation entière sur L'ile-même ; et dans le temps exigé pour parcourir la distance d , on peut supposer que la particule de Newton fait une rotation complète. Il est vrai que la particule est plus petite que la planète, et que la distance d , au lieu d’être égale à deux millions de kilomètres, est un peu plus de treize dixièmes de millimètre; mais, au point de vue de la qualité intellectuelle, ces deux conceptions sont identiques.
Imaginez-vous donc une particule entrant dans une couclie d’air ayant exactement cette épaisseur d : à l’entrée elle doit présenter son pôle attractif; dans la couche, elle peut tourner complètement une fois ; de l’autre côté de la couche, son pôle attiré se présentera de nouveau : elle entrera, par conséquent, dans le verre, et sera perdue pour l’ œil. Tout autour du point de contact, où la couche a précisément cette même épaisseur, la lumière disparaîtra également ; nous aurons, par conséquent, un anneau obscur.
Et voyez, maintenant, comme cette conception s’accorde bien avec la loi de proportionnalité découverte par Newton. Si l’épaisseur de la couche est 2 t/, la particule a le temps de faire deux rotations complètes au sein de la couche ; si l’épaisseur est 3 6?, elle fera trois rotations complètes; elle fera dix rotations complètes si l’épaisseur est