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ANNEAUX DE NEWTON

fait que les diverses couleurs se superposent; de sorte que, après une certaine épaisseur, elles s’unissent ensemble et donnent de la lumière blanche : les anneaux alors cessent tout à fait. Il suffit d’un moment de réflexion pour comprendre que les couleurs des plaques minces ne sont jamais sans mélange et monochromatiques.

Newton compara les teintes obtenues de cette manière avec les teintes des bulles de savon, et calcula les épaisseurs correspondantes. Comment le fit-il? Je puis vous le rendre accessible de la manière suivante : Supposez que l’eau de l’Océan soit absolument unie, elle représentera alors exactement la surface courbe de la mer. Concevons qu’un plan parfaitement horizontal touche sa surface en un point quelconque. Connaissant le diamètre de la Terre, tout ingénieur ou mathématicien ici présent pourra nous dire de combien la surface de la Terre est au-dessous de ce plan, à la distance de i mètre, de io mètres, de 100 mètres ou de 1000 mètres du point de contact du plan avec !a mer. Il arrive souvent, en effet, dans les opérations de nivellement, qu’on tienne compte de la courbure de la Terre. Le calcul de Newton était précisément semblable ; son verre plan était tangent à son verre courbe. De l’indice de réfraction et de la longueur focale du verre il déduisait le diamètre de la sphère dont son verre courbe formait un segment; il mesurait la distance des anneaux au point de contact, et calculait la profondeur entre le plan tangent et la surface courbe, exactement comme l’ingénieur aurait calculé la distance entre le plan tangent et la surface de la mer. Le merveilleux est que, alors qu’il s’agissait de semblabl es distances infinitésimales, Newton, avec ses moyens et sa disposition, ait réussi à obtenir une exactitude si remarquable.

Rendre compte de ces anneaux était la plus grande difficulté que Newton eût rencontrée. Il apprécia cette difficulté à sa juste valeur. Sur son oeil d’aigle il n’y avait pas de taie, ni rien de vague dans sa conception. Dès le début, il mit sa théorie en face de cette question : comment, lorsqu’un faisceau de lumière tombe sur un corps transparent, quelques-unes des particules de la lumière sontelles réfléchies et quelques-unes transmises ? Est-ce parce qu’il y a deux sortes de particules, les unes aptes à la transmission, les autres à la réfraction ? Ce ne peut pas être là la raison, car, si nous amenons un rayon de lumière qui a été réfléchi par un premier verre à tomber sur un second, il sera, en règle générale, partagé lui-même en deux autres, un rayon réfléchi et un rayon transmis. Ainsi les parties une fois réfléchies ne sont pas toujours réfléchies, et les particules une première fois transmises ne sont pas toujours transmises. Newton vit tout cela : il savait qu’il avait à expliquer comment une seule et même particule est, à un moment donné, réfléchie, et à un autre moment transmise. Il ne pouvait en être ainsi qu’à cause de quelque changement dans les conditions de la particule elle-même. Une seule et même particule, affirmait-il, est sujette à des accès de facile transmission et de facile réflexion.

Si vous voulez me suivre dans ma tentative de révélation du fondement spéculatif de cette théorie des accès, le bien qui en résultera pour votre intelligence vous récompensera largement de l’effort d’attention auquel vous vous serez nécessairement condamnés. Newton ne se hasarde pas à dire ce qu’il considérait comme la cause des accès*, mais on ne saurait guère douter que son esprit se fut arrêté à une cause physique. On ne peut pas douter non plus qu’ici, comme dans tous ses essais de généralisation, il fût forcé de re-

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