COULEURS DES SURFACES STRIÉES
yeux, est celui d’un artiste dont la vue était troublée par des cercles vivement colorés. Il avait une très-grande crainte de perdre la vue, et il assignait pour cause de sa crainte toujours croissante le fait que les cercles devenaient de plus en plus larges, et les couleurs de plus en plus vives. J’attribuai ces couleurs à des particules en suspension dans les humeurs de l’œil , et je me hasardai à relever son courage en l’assurant que l’accroissement des dimensions des cercles indiquait que les particules difïractantes devenaient plus petites , et qu’elles pourraient finir par être entièrement absorbées. Ma prévision se vérifia. Il est inutile d’insister sur la nécessité des connaissances optiques pour un oculiste praticien.
Avant d’aborder le terrain des phénomènes chromatiques présentés par les cristaux, il est bon de mentionner ici deux autres sources de couleur. Par interférence, au sein de l’atmosphère, la lumière d’une étoile, comme l’a montré Arago, s’éteint elle-même; la scintillation des étoiles et leurs changements de couleur sont dus à cette cause. Lorsqu’on regarde une étoile à travers une lunette à laquelle la main imprime de petites secousses , de manière à faire que l’image de l’étoile passe rapidement sur divers points de la rétine, on produit une série de grains de chapelet colorés; les espaces entre les grains correspondent aux périodes d’extinction. Des rayures fines produites sur un verre poli ou sur un métal réfléchissent par leurs côtés ou parois des ondes de lumière ; quelques autres ondes réfléchies par les parois opposées de ces mêmes sillons interfèrent avec les premières, et elles s’éteignent l’une l’autre. Mais l’obliquité de réflexion qui éteint les ondes plus courtes ne peut pas éteindre les ondes plus longues : de là le phénomène de la couleur. Ces phénomènes sont mis en évidence d’une ma-
nière très-belle parla nacre de perle. Cette coquille est composée de couclies excessivement minces, lesquelles, quand elles sont coupées transversalement dans l’acte du polissage de la coquille, mettent à nu leurs bords et fournissent les rainures fines et régulières nécessaires à la production des couleurs. La preuve la plus concluante que les couleurs sont dues à l’état mécanique de la surface se trouve dans le fait reconnu par Brewster, qu’en forçant la coquille à s’imprimer elle-même fidèlement sur de la cire à cacheter, de manière à transporter ses rainures sur la cire, on la rend apte à produire les couleurs de la nacre.