TROISIÈME LEÇON
Relation des théories avec l’expérience. — Origine de la notion de l’attraction et de la gravitation. — Notion de la polarité; comment elle est engendrée. — Polarité atomique. — Arrangements structuraux dus à la polarité. — Architecture des cristaux considérée comme une introduction à leur action sur la lumière. — Notion de la polarité atomique appliquée à la structure cristalline. — Manifestations expérimentales. - — Cristallisation de l’eau. — Expansion par la chaleur et par le froid. — Manière dont l’eau se comporte étudiée et expliquée. — Influence de la cristallisation sur les phénomènes optiques. — Réfraction. — Double réfraction. — Polarisation. Action de la tourmaline. — Caractère des rayons émergents du spath d’Islande. — Polarisation par la réfraction ordinaire et la réflexion. — Dépolarisation.
Un des objets de notre dernière Leçon, et l'un des plus importants, a été la manière dont les théories sont formées. En premier lieu, elles naissent du désir inné à notre esprit de remonter à la source des phénomènes. D’abord infiniment petit dans les longs âges du passé, ce désir a grandi peu à peu et s’est fortifié au point de devenir un besoin impérieux de la nature intellectuelle de l’homme. Il y a longtemps que César a dit qu’il échangerait volontiers ses victoires contre une vue dérobée des sources du Nil. Il est en jeu dans la théorie atomique de Lucrèce ; il a poussé Darwin à ces spéculations hardies qui ont tant agité l’esprit public dans ces dernières années. Mais, dans aucun cas, en forgeant ses théories, F imagination n’a créé elle-même ses matériaux 5 elle étend, diminue, moule et affine, suivant le
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cas, les matériaux dérivés du monde des faits et de l’observation.
C’est plus encore le cas, évidemment, dans une théorie semblable à celle de la lumière, où ce sont les mouvements d’un milieu insensible qui se présentent à l’esprit. Newton prit soin de ne pas encombrer l’idée de la gravitation par des conceptions physiques non nécessaires ; mais nous savons qu’il fut indulgent pour elles, quoiqu’il ne les rattachât pas à sa théorie. Mais même sa théorie, telle qu’elle est, n’entra pas dans son esprit sous forme de révélation étrangère au monde de l’expérience. Le germe de sa conception, que le Soleil et les planètes sont liés ensemble par la force de la gravitation, sortit de ce fait, vu par lui antérieurement, qu’un aimant attire le fer. La notion de la matière attirant la matière lui vint ainsi du dehors et non du dedans. Dans cette Leçon, la force magnétique doit nous servir d’entrée au sein d’un nouveau domaine insensible ; aussi avons-nous, en premier lieu, à nous rendre maîtres des phénomènes élémentaires.
Les faits généraux du magnétisme sont mis très-simplement en évidence par une barre d’acier magnétisée, appelée communément barreau aimanté. Plaçant un semblable barreau debout sur une table, et approchant de sa masse une aiguille aimantée, nous constatons qu’une des extrémités de l’aiguille s’éloigne de l’aimant, et que l’autre s’en rapproche rapidement. Si nous faisons monter l’aiguille le long de l’aimant, en évitant toujours le contact, nous voyons la rapidité de ses oscillations décroître, parce que la force qui agit sur elle devient plus faible. Au centre, l’oscillation cesse. Au-dessus du centre, l’extrémité de l’aiguille, qui avait été d’abord attirée vers l’aimant, s’éloigne, et c’est l’autre extrémité qui s’approche. Si nous nous élevons en-