MISE EN ÉVIDENCE DE LA CRISTALLISATION
chauffant légèrement la plaque, vous hâterez l’évaporation, mais l’eau seule sera éliminée par la vaporisation. On introduit alors la plaque dans le microscope solaire, et l’on projette l’image de la couche sur un écran blanc. La chaleur du faisceau lumineux s’ajoute à celle que l’on a déjà communiquée à la plaque de verre, de sorte qu’ après un ou deux instants le sel dissous ne peut plus rester à l’état liquide. La molécule alors s’unit à la molécule, et vous avez sous les yeux le spectacle très-impressionnant du jeu de l’énergie cristallisante s’exerçant sur toute la surface de la plaque. Vous pouvez produire quelque chose de semblable en faisant fondre par votre haleine les fleurs que le froid a dessinées sur les vitres de votre chambre à coucher, et observant ensuite à la loupe la régélation de la couche liquide.
Dans ce cas, la force cristallisante est gênée par l’adhérence de la couche liquide au verre; néanmoins le résultat de son action est frappant de beauté. Quelquefois les cristaux partent du bord de la couche et s’élancent de ce bord sur toute sa surface, car, la cristallisation une fois commencée, les molécules se précipitent elles-mêmes de préférence sur les cristaux déjà formés. Quelquefois la cristallisation part d’un noyau déterminé au centre de la couche, chaque petite partie cristalline restée sur la couche devenant le point de départ d’une action nouvelle; mais, pendant toute la durée de l’opération , vous constatez un trait caractéristique parfaitement inaltérable, la grandeur angulaire ou l’angle sous lequel les molécules se groupent en ligne droite. Des branches pointues s’élancent du tronc, et de ces branches d’autres s’élancent aussi en pointe ; mais l’angle compris entre les branches principales ou secondaires est toujours le même. Vous verrez ce même fait se
LEÇON III
produire dans les cristaux d’alun , dans les cristaux de quartz et dans tous les autres cristaux de formes contournées. Ils sont à la merci des accidents de cristallisation, mais ils affirment leur supériorité sur tous ces accidents par une particularité de leur structure : la grandeur angulaire est toujours maintenue rigoureusement.
Mon second exemple de l’action de la force cristallisante est celui-ci : en envoyant un courant électrique à travers un liquide, vous savez que nous le décomposons et que , s’il contient un métal , nous mettons le métal en liberté par l’électrolyse. Cette petite auge contient une solution d’acétate de plomb, que je choisis comme très-approprié à mon but, parce que le plomb s’abandonne librement à cette puissance cristallisante. Au sein de l’auge plongent deux fils fins de platine, et ces fils sont reliés par deux autres à une petite pile voltaïque. Si j’envoie le courant à travers la solution, le plomb se séparera lentement des molécules avec lesquelles il est actuellement combiné ; il sera mis en liberté sur un des fils. Au moment de sa libération, il obéira aux forces polaires de ses molécules, et produira des formes cristallines d’une beauté exquise. Elles sont maintenant sous vos yeux, s’élançant du fil comme des feuilles de fougère, et dessinant une forme végétale avec une si grande rapidité qu’on la voit croître à vue d’oeil. Si je renverse le courant, ces branches de plomb se dissoudront, tandis que de l’autre fil des filaments de plomb s’élanceront en tous sens à travers le liquide. Dans un ou deux instants la croissance de l’arbre de plomb recommence, mais elle recouvre actuellement l’autre fil.
C’est par cet acte de la cristallisation que la Nature se révèle d’abord à nous comme architecte. Où s’arrêteront ses opérations P Continuera-t-elle par le jeu des mêmes