‹ La lumièreChapitre 52 sur 85 · LE PRISME DE NICOL · texte numérisé non relu

LE PRISME DE NICOL

faits d’observation, et aussitôt après je procède à la déduction des faits d’observation de la conception de la lumière polarisée.

L’objection serait certainement applicable, si les conceptions théoriques étaient limitées aux faits qui leur donnent naissance. Quelques théories restent encore sous le coup de cette critique; mais aussi longtemps qu’elles le sont, elles manquent des caractères d’une vraie théorie. L’intellect scientifique ressemble à une lampe qui ne peut brûler et éclairer qu’autant qu’elle est allumée par l'allumette de l’observation ou de l’expérience ; mais la lumière émise après l’ignition par l’allumette peut, en vertu de l’énergie inhérente à l’esprit, surpasser un million de fois celle de l’allumette qui lui a donné l’essor. De fait, on peut dire qu’elles sont, l’une à l’autre, dans une relation incommensurable; un petit nombre de faits groupés ou solitaires, par leur action sur l’esprit, suffisent à mettre en liberté des principes capables d’une application et d’une extension indéfinies.

Nous avons, ce soir, à mettre en évidence et à discuter les phénomènes chromatiques produits par l’action des cristaux, et plus généralement des corps doublement réfringents sur la lumière polarisée, et à les expliquer par la théorie des ondulations. Pendant longtemps les expérimentateurs furent forcés d’employer dans ce but des plaques de tourmaline, et les progrès qu’ils firent avec un moyen de recherches si défectueux sont étonnants ; mais ces hommes vaillants avaient le cœur à l’ouvrage, et devenaient ainsi capables d’extraire de grands résultats de très-petites ressources instrumentales. Mais quand il s’agit d’enseigner nous avons besoin de plus grands appareils, et heureusement, dans ces dernières années, cette nécessité a été

très -largement satisfaite. Nous avons vu et examiné les deux rayons qui émergent du spath d’Islande, et nous avons prouvé qu’ils sont polarisés. Si, par le sacrifice de la moitié de la lumière, nous pouvions supprimer un de ces rayons, nous mettrions à notre disposition un faisceau de lumière polarisée incomparablement plus intense que ceux que nous pouvons obtenir avec des tourmalines.

Fig. 37.

Les deux faisceaux, vous le savez, sont différemment réfractés , et de cette différence nous sommes en état de conclure que sous certaines conditions l’un peut être totalement réfléchi sans que l’autre le soit. U11 opticien habile, appelé Nicoi, prenant avantage de ce fait, coupa le cristal de spath d’Islande en deux moitiés, suivant une certaine direction. Il polit les deux surfaces et les réunit de nouveau par du baume de Canada, en faisant en sorte que la surface de séparation fut assez inclinée sur le faisceau qui traverse le cristal pour que le rayon ordinaire , qui est le plus fortement réfracté , fut totalement réfléchi par la couche de baume , tandis que le rayon extraordinaire pouvait continuer sa route.

Soient Ztr, cj ( Jig . 37) la coupe d’un rhombe allongé de

Page 1