‹ La lumièreChapitre 60 sur 85 · RÉSUMÉ DE LA. THÉORIE ONDULATOIRE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA. THÉORIE ONDULATOIRE

cercles, mais de courbes d’un autre ordre et d’un caractère mathématique parfaitement défini. Chaque bande, comme Herschel l’a prouvé expérimentalement, forme une lemniscate-, mais la preuve expérimentale, ici comme dans d’autres cas sans nombre, avait été précédée par la démonstration a priori que, conformément à la théorie ondulatoire, les bandes devaient posséder ce caractère spécial.

J’ai insisté, trop longuement peut-être, sur la polarisation elle-même et sur les phénomènes manifestés par les cristaux dans la lumière polarisée, dans le but de vous donner quelque idée de la solidité de la théorie qui embrasse tous ces phénomènes. Partant de la simple hypothèse des vibrations transversales, nous avons tout d’abord déterminé les longueurs d’ondes, et trouvé que tous les phénomènes de couleur dépendaient de cet élément. Les longueurs d’ondes peuvent être déterminées de diverses manières indépendantes. Newton les détermina virtuellement lorsqu’il mesura les périodes des accès. De fait, la longueur d’onde de l’accès est le quart d’une ondulation. Les longueurs d’ondes peuvent être déterminées par la diffraction sur les bords des fentes (voir Y Appendice') ^ elles peuvent être déduites des franges d’interférence produites par la réflexion, des franges produites par la réfraction, et aussi des réseaux ou raies parallèles tracées sur verre avec fa pointe du diamant, à des distances égales, et lorsque les longueurs d’ondes déterminées par ces méthodes indépendantes sont comparées ensemble, on trouve qu’il existe entre elles le plus parfait accord.

Avec les longueurs d’ondes à notre disposition, nous suivons l’éther dans les cas les plus compliqués de l’action

et de la réaction entre lui et la matière ordinaire : la théorie s’applique également à tous. « Elle n’exige aucune nouvelle hypothèse physique; mais de sa provision première de principes elle déduit la contre-partie fidèle de tout ce que montre l’observation ; elle rend compte des cas les plus embrouillés, elle les explique, elle les simplifie; elle prédit et révèle les plus inconnus; elle devient le guide de l’observation qui fut d’abord son maître et, illuminée par des conceptions mécaniques, elle devient douée de la vision intuitive; elle acquiert une vue perçante qui, à travers les formes et les couleurs, atteint les forces et les causes ( 1). » Mais, en même temps que je m’efforce de mettre en évidence sous vos yeux la puissance de la théorie ondulatoire comme solution de toutes les difficultés de l’Optique, ai-je la prétention de vous voir fermer les yeux à tous les arguments qui pourraient s'élever contre elle ? En aucune manière. Vous m’objecteriez, et vous m’objecteriez justement, qu’il y a cent ans une autre théorie était soutenue par les hommes les plus éminents, et que, de même que la théorie alors en vogue a dû céder, la théorie ondulatoire pourra céder aussi à son tour. Cela semble raisonnable ; mais permettez-moi d’apprécier la valeur précise de cet argument. Dans un langage semblable, une personne du temps de Newton, ou même de notre temps, peut raisonner ainsi : Hipparque, Ptolémée et nombre de grands hommes après eux croyaient que la Terre était le centre du système solaire; mais cette théorie, si profondément ancrée, a dû céder le terrain, et la théorie de la gravitation peut avoir à s’effacer à son tour. C’est aussi juste et

(l) Whewell.

DISTEUSION PAR LES PETITES PARTICULES. l6l

aussi raisonnable que le premier argument. En quoi consiste la force de la théorie de la gravitation ? Seulement dans sa compétence à expliquer tous les phénomènes du système solaire. En quoi consiste la force de la théorie des ondulations P Seulement dans sa compétence à démêler et à expliquer des phénomènes cent fois plus compliqués que ceux du système solaire. Acceptez, si vous le voulez, le scepticisme de M. Mill (* * ) relativement à la théorie ondulatoire } mais, si votre scepticisme est logique, il devra embrasser la théorie de la gravitation dans un même doute, ou même dans un doute plus grand.

Il m’en coûterait trop d’abandonner ces phénomènes sans dire quelques mots d’une source de couleur qui, dans ces derniers jours, s’est souvent présentée à moi dans le bleu de votre ciel à midi, et dans le cramoisi foncé de votre horizon au coucher du Soleil. Je vais résumer ici et étendre ce que j’ai déjà écrit ailleurs sur ce sujet. On peut démontrer, par les preuves les plus concluantes, que la lumière du firmament est une lumière réfléchie. La lumière du firmament vient à nous transversalement à la direction des rayons solaires, et même quelquefois contre la direction des rayons solaires; et cet afflux latéral ou opposé du mouvement ondulatoire ne peut être dû qu’au rebondissement des ondes sur l’air lui-même, ou sur quelque chose en suspension dans l’air. En outre, la lumière solaire n’est pas réfléchie par le firmament dans les proportions qui produisent

(*) Mort depuis que ces lignes ont été écrites.

(*) Le seul essai que je connaisse sur la théorie ondulatoire sort de la plume d’un écrivain américain : c’est l’excellent Rapport de M. le président Barnard pour 1862, publié par l’Institut Smithsonien.

Page 1