BLEU DU CIEL
sées dans notre atmosphère. Des ondes de toute grandeur viennent les frapper, et à chaque collision une portion de l’onde incidente est écartée. Toutes les ondes du spectre, depuis le rouge extrême jusqu’au violet extrême, sont ainsi traitées ; mais dans quelles proportions seront-elles respectivement dispersées? La largeur est une dimension relative, et plus l’onde est petite, plus grande relativement est la dimension de chacune des particules qu’elle va frapper, plus grande aussi est relativement la portion réfléchie.
Un petit caillou placé sur le chemin des rides circulaires produites à la surface d’un étang tranquille par la chute d’une lourde goutte d’eau renverra en arrière une grande fraction de chacune des rides qui la rencontrent ; tandis que la fraction d’une grande vague renvoyée par le petit caillou peut n’être qu’infiniment petite. Cela posé, pour que la lumière solaire reste blanche, les proportions de ses constituants ne doivent pas être altérées. Or, dans la dispersion de la lumière par des particules très-petites, nous voyons que ces proportions sont altérées. Les ondes courtes sont en excès, et par conséquent, dans la lumière dispersée, le bleu sera la couleur prédominante. Les autres couleurs du spectre doivent, jusqu’à un certain point, être associées avec le bleu; elles ne sont pas absentes, mais seulement déficientes ou en défaut; nous devons, de fait, les avoir toutes, mais en proportions qui vont diminuant du violet au rouge.
Nous avons ainsi préparé les voies à cette conclusion raisonnée que, s’il se rencontre dans l’atmosphère des particules petites comparativement aux dimensions des ondes de l’éther, la lumière dispersée par ces particules sera exactement celle que nous observons dans notre ciel azuré. Et de fait, si nous analysons cette lumière, nous y trouvons toutes
LEÇON IY.
les couleurs du ciel dans les proportions indiquées par notre conclusion.
Par ses collisions successives avec ces particules, la lumière blanclie est de plus en plus dépouillée de ses ondes les plus courtes; elle perd, par conséquent, de plus en plus de sa proportion de bleu. On peut prévoir ce qui en résultera. La lumière transmise, lorsqu’elle aura traversé de courtes distances, nous paraîtra jaunâtre; mais comme, à mesure que le Soleil descend vers l’horizon, la distance atmosphérique augmente, et par conséquent aussi le nombre des particules dispersantes, elles affaiblissent successivement le violet, l’indigo, le bleu, et altèrent même les proportions du vert. La lumière transmise dans de semblables circonstances doit passer du jaune au rouge par l’orangé. C’est aussi ce que nous trouvons dans la nature. Ainsi, tandis que la lumière réfléchie nous donne à midi l’azur foncé du ciel alpin, la lumière transmise nous donne au coucher du Soleil le cramoisi si chaud des neiges alpines.
Mais peut-on prouver que de petites particules agissent réellement de la manière indiquée ? On ne saurait en douter. Chacun de nous peut mettre cette question à l’épreuve de l’expérience. L’eau ne dissout pas la résine, mais l’espritde-vin la dissout. Lorsqu’on verse dans l’eau une goutte d’esprit-de-vin tenant en dissolution de la résine, cette résine se sépare immédiatement sous forme de particules solides qui rendent l’eau laiteuse. M. le professeur Briike nous a indiqué les proportions qui produisent les particules qui conviennent plus particulièrement au but que nous voulons atteindre. On dissout i gramme de mastic pur dans 87 grammes d’alcool absolu, et l’on fait tomber goutte à goutte la solution transparente dans un verre contenant de l’eau claire vivement agitée. Il se forme ainsi un