POLARISATION DES NUAGES ACTIN1QUES
venable. Un prisme de Nicol assez large pour embrasser le faisceau entier de la lampe électrique est placé entre la lampe et le tube à expériences. Envoyant le faisceau par le prisme de Nicol à travers le tube, je me place en face de lui, mon œil étant au niveau de son axe; mon préparateur occupe une place semblable derrière le tube. La courte diagonale du grand Nicol étant d’abord verticale, le plan de vibration est lui -même vertical. A mesure que la lumière continue à agir, nous voyons se former lentement, mon aide et moi, un superbe nuage bleu; mais ce nuage, si foncé et si riche lorsqu’on le regarde des positions indiquées, disparaît entièrement lorsqu on le regarde verticalement d’en haut ou d’en bas. La réflexion par le nuage n’est pas possible dans ces directions. Lorsque le grand Nicol tourne lentement autour de son axe, l’œil de l’observateur étant au niveau du rayon et la ligne de vision lui étant perpendiculaire, la lumière émise horizontalement subit une extinction complète quand la longue diagonale du grand Nicol est verticale ; mais alors un nuage de lumière bleue apparaît lorsqu’on regarde d’en bas ou d’en haut. Cette expérience vraiment délicate, que j’aurais certainement faite sans qu’elle m’eût été suggérée, m’a été, de fait, inspirée définitivement par une remarque d’une lettre de M. le professeur Stokes.
Tous les phénomènes de couleur et de polarisation observables dans le cas de la lumière du firmament sont donc mis en évidence par ceux des nuages actiniques ; ces nuages, en outre, présentent des phénomènes additionnels, qu’il ne nous conviendrait pas de poursuivre, qu’il ne nous serait meme pas possible de découvrir dans le firmament réel. Ils nous permettent, par exemple, de suivre la polarisation depuis sa première apparition au sein du bleu
visible jusqu’à son extinction finale au sein clu nuage grossier. Ces changements, autant qu'il est nécessaire actuellement de nous en occuper, peuvent être résumés comme il suit :
i° Le nuage actinique, aussi longtemps qu’il continue à être bleu, envoie de la lumière polarisée dans toutes les directions; mais la direction du maximum de polarisation, comme pour la lumière du firmament, est à angle droit avec la direction du faisceau éclairant.
2° Aussi longtemps que ce nuage reste distinctement bleu, la lumière émise par lui à angle droit avec le faisceau éclairant est parfaitement polarisée. Elle peut être entièrement éteinte par le prisme de Nicol; le nuage dont elle émane disparaît alors tout à fait. Tout écart de la perpendiculaire rend une portion de la lumière apte à traverser le prisme.
3° La direction de vibration de la lumière polarisée est à angle droit avec le faisceau éclairant. Par là même, une plaque de tourmaline , avec son axe perpendiculaire au faisceau, arrête la lumière ; elle la transmet quand son axe est parallèle au faisceau.
4° Une plaque de sélénite placée entre le Nicol et le nuage actinique montre les couleurs de la lumière polarisée. De fait, le nuage joue lui-même le rôle d’un Nicol polarisant.
5° Les particules du nuage bleu sont incommensurablement petites; mais elles grossissent, augmentent graduellement de dimensions, et, à une certaine période de leur croissance, elles cessent d’émettre de la lumière parfaitement polarisée. Pendant quelque temps encore après, la lumière qui atteint l’œil et traverse le prisme de Nicol est d’un bleu magnifique, qui surpasse de beaucoup en inten-