FLUORESCENCE
une grande jarre remplie d’eau. Je verse dans cette eau une solution de sulfate de quinine : vous voyez tous naître aussitôt des nuages opaques qui se précipitent instantanément. Des morceaux d’écorce de marronnier, jetés à la surface de l’eau, laissent tomber aussi de très-beaux filets ou stries nuageuses, mais ce ne sont pas des nuages ; il n’y a là rien de précipité : l’action observée est une action de molécules et non de particules. Le milieu que vous avez sous les yeux n’est pas un milieu trouble; en elïet, lorsque vous regardez à travers sa surface lumineuse, il est parfaitement clair.
Si nous dessinons sur une feuille de papier une fleur ou un bouquet avec le sulfate de quinine et que nous le mettions en plein faisceau de lumière blanche, c’est à peine si nous voyons quelque chose; mais, dès que nous interposons le verre violet, le dessin brille instantanément, faisant fortement contraste avec le violet sombre qui l’entoure. Voici un magnifique échantillon d’un dessin semblable préparé pour moi par M. le Président Morton avec son thallène. Eclairé par la lumière violette, il montre une fluorescence particulière très -brillante. Les expériences de M. Bence Jones semblent prouver qu’il y a dans le corps humain quelque substance ressemblant au sulfate de quinine et qui rend tous les tissus du corps plus ou moins fluorescents. Le cristallin de l’oeil produit cet effet d’une manière trèsfrappante. Lorsque, par exemple, je plonge mon œil dans le faisceau violet, j’ai la conscience d’une lueur bleu blanchâtre qui remplit tout l’espace devant moi, et cette lueur est causée par la lumière fluorescente engendrée au sein de mon œil lui-même. Regardé du dehors, le cristallin brille en môme temps d’une lumière vive.
Longtemps avant que son origine physique fut comprise, cette lumière fluorescente attirait déjà l’attention. Boyle,
comme sir Charles Wheatstone a eu la bonté de me l’apprendre, la décrit d’une manière très-complète et trèsexacte : « Nous avons trouvé quelquefois, dit-il, dans les boutiques de nos droguistes, un certain bois appelé lignum nephriticum , parce que les habitants de la contrée où il croit ont coutume de l’employer en infusion dans l’eau pure contre les calculs des reins. Ce bois nous a donné l’occasion de faire une expérience, laquelle, en outre de sa singularité, 11e vient pas peu en aide à un observateur habile pour le mettre sur la trace de l’origine des couleurs. Prenez ce bois néphrétique, et avec un canif coupez-le en petites cosses \ jetez à peu près une poignée de ces cosses dans 1, 1 ~ ou 2 litres d’eau de la source la plus pure. Décantez cette eau imprégnée dans une fiole de verre, puis, si vous tenez la fiole directement entre la lumière et votre oeil, vous la verrez entièrement teinte d’une vive couleur presque dorée. Mais si vous la tenez loin de la lumière, de telle sorte que votre oeil soit placé entre la croisée et la fiole, le liquide vous apparaîtra teint d’une couleur bleu foncé très-agréable.
» Ce phénomène, continue Boyle, et beaucoup d’autres que j’ai observés dans cette délicieuse expérience ont été vus par quelques-uns de mes amis, non sans quelque admiration, et je me rappelle qu’un excellent oculiste trouvant, par accident, une fiole pleine de cette liqueur dans la chambre d'un ami, sans jamais avoir entendu parler de l’expérience et sans avoir près de lui quelqu’un qui put lui dire ce que pouvait être cette étrange liqueur, fut saisi, comme il me l’apprit plus tard, d’une grande appréhension qu’un nouveau trouble inconnu eut envahi son oeil. J’avoue qu’un phénomène si inusité me rendit très-inquiet de découvrir la raison de cette expérience ; et quoique je sois