POLARISATION ET DÉPOLARISATION DE LA CHALEUR
suffit d’une rotation très-petite pour renvoyer l’aiguille à 90 degrés. Lorsque le prisme de Nicol est ramené à sa première position, l’aiguille retombe de nouveau à zéro, mettant ainsi en évidence de la manière la plus nette la polarisation de la chaleur.
Lorsque les Niçois sont en croix et que le champ est obscur, vous savez, dans le cas de la lumière, l'effiet produit par l’introduction d’une plaque de mica entre le polarïseur et l’analyseur. Dans deux positions , ce mica m’exerce pas d’action sensible : il en exerce une dans les autres. Dans le cas de la lumière obscure, on observe une action rigoureusement analogue. J’introduis le filtre-rayon : la pile thermoélectrique, jouant le rôle de l’oeil relativement à la radiation invisible, ne reçoit aucune chaleur quand l’oeil 11e reçoit aucune lumière 5 mais lorsqu’on fait tourner la lame de mica de telle sorte que ses plans de vibration deviennent obliques à ceux du polariseur et de l’analyseur, la chaleur passe immédiatement. Cette action du mica est si énergique, qu’il suffit de plonger momentanément la lame de mica dans l’espace obscur compris entre les Niçois pour renvoyer l’aiguille à 90 degrés. C’est l’effet auquel on a donné le nom de depolarisation. L’expérience prouve réellement qu’avec la lumière et la chaleur nous obtenons les mêmes effets de décomposition par la plaque de mica, et de recomposition par l’analyseur des vibrations éthérées.
Retirant le mica et ramenant encore l’aiguille à zéro, j’introduis entre les Niçois une plaque de quartz taillée perpendiculairement à l’axe. La déviation immédiate de l’aiguille annonce la transmission de la chaleur, et, lorsqu’on examine convenablement le rayon transmis , on trouve qu’il est polarisé circulairement, exactement comme l’est un rayon de lumière dans les memes conditions.
LEÇON y.
J’abandonne maintenant les prismes de Nicol, et j’envoie notre rayon tamisé de chaleur invisible à travers le parallélépipède de spath d’Islande B ( fi g. 56) déjà employé pour mettre en évidence la double réfraction de la lumière. Pour déterminer les positions des deux images , opérons d’abord sur le faisceau total. Marquons les lieux des images lumineuses ( fîg. 56), introduisons entre N et L notre filtre-
Fig. 56.
rayon non indiqué sur la ligure, et supprimons ainsi la lumière. Approchons la pile de l’un des points marqués : l’aiguille demeure immobile tant que ce point n’est pas atteint ; mais en ce point la pile met la chaleur en évidence. Faisons avancer la pile à travers l’espace qui sépare les deux marques; l’aiguille tombe de nouveau à zéro, puis s’élance de nouveau à 90 degrés dans la seconde position.
Je fais maintenant tourner sur lui-mème le spath d’Islande, l’aiguille demeure fixe : il n’y a pas d’altération dans la déviation. Ramenant rapidement là pile devant l’autre
marque, la déviation subsiste. Je fais tourner encore le spatli d’Islande, l’aiguille retombe à zéro, mais pour s’élever de nouveau à 90 degrés quand le prisme a tourné de 36o degrés. Nous savons que, dans le cas de la lumière, le rayon extraordinaire tourne autour du rayon ordinaire, et nous venons précisément d’opérer sur le rayon de clialeur extraordinaire, lequel, en ce qui concerne la double réfraction, se comporte exactement comme un rayon de lumière.
Pour compléter notre série de comparaisons, nous avons à mettre en évidence la magnétisation de la chaleur-, mais il sera nécessaire, cette fois, d’apporter quelque modification à la disposition de nos appareils. Pour répéter l’expérience de Faraday sur la magnétisation de la lumière, nous placions d’abord nos deux Niçois en croix et nous rendions le cliamp obscur 5 une nappe de lumière apparaissait sur l’écran lorsque l’aimant devenait actif. Or la quantité de lumière transmise dans ce cas était réellement très-petite, et son effet n’était rendu frappant que par contraste avec l’obscurité précédente. Lorsque nous plaçons les prismes deNicol de telle sorte que leurs sections principales comprennent un angle de 4 5 degrés, l’excitation de l’aimant produit une augmentation positive de lumière beaucoup plus grande , quoique cette augmentation ne soit pas rendue aussi sensible par l’effet de contraste, puisqu’au départ le champ était illuminé.
En essayant de magnétiser notre faisceau de chaleur, nous adopterons cet arrangement. Ici, toutefois, au début, une quantité considérable de chaleur tombe sur une des faces de la pile, et il faut nécessairement la neutraliser en amenant les rayons d’une autre source à tomber sur l’autre face de la pile. L’aiguille est ainsi ramenée à zéro. Eteignant la lumière par le filtre des rayons et excitant l’ai-
niant, on voit que l’aiguille est instantanément déviée, prouvant ainsi que l’aimant a ouvert la porte à la clialeur, exactement comme dans l’expérience de Faraday il ouvrait la porte à la lumière. Ainsi, dans tous les cas que nous venons de signaler, l’identité substantielle de la lumière et de la chaleur rayonnante a été clairement mise en évidence.
Ce fut par les expériences plus délicates de Knoblauch, qui étudia cette question longtemps et avec succès, que ia double réfraction de la clialeur par le spath d’Islande fut démontrée pour la première fois ; mais quoiqu’il employât la clialeur lumineuse du Soleil, les déviations observées étaient excessivement petites. De même, les éminents expérimentateurs de la Provostaye et Desains réussirent à magnétiser un faisceau de chaleur 5 mais, quoiqu’ils eussent aussi employé la clialeur lumineuse solaire, les déviations obtenues ne s’élevaient pas à plus de quelques degrés. Avec les dispositions dont nous faisons usage ici, 011 peut obtenir avec la chaleur invisible pure des déviations égales à i5o des degrés les plus bas du galvanomètre.
Nous avons enfin à déterminer la position et l’étendue de la radiation invisible qui produit ces résultats. Dans ce but, nous aurons recours à une pile thermo-électrique de forme particulière. Sa face est un rectangle que des pièces latérales mobiles peuvent rendre aussi étroite qu’on peut le désirer. Projetant sur l’écran un spectre petit et concentré, nous faisons passer la pile rectangulaire à l’aide d’une vis sans fin sur le spectre entier, et nous déterminons successivement le pouvoir thermique de toutes ses couleurs.
Lorsque cet instrument est amené à P extrémité violette du spectre, la clialeur est trouvée à peu près insensible. A mesure que la pile s’éloigne du violet vers le rouge , elle