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SPECTRES DES VAPEURS INCANDESCENTES

est parfaitement impossible de confondre le spectre de la vapeur d’argent incandescent avec celui du thallium. Ici l’on voit deux bandes vertes au lieu d’une seule.

Ajoutons à l’argent dans le creux du charbon un morceau de thallium, nous devrons avoir la lumière des deux métaux; et voici qu’après un court instant d’attente nous voyons le vert du thallium à moitié chemin entre les deux verts de l’argent. Mais vous observez un autre fait intéressant : la bande de thallium est d’abord plus brillante que les raies de l’argent. En effet, les deux dernières ont dégénéré d’une manière frappante depuis qu’on a placé le morceau de thallium dans le creux, et cela pour une raison bien connue : c’est la résistance offerte au passage du courant électrique d’un carbone à l’autre qui fait naître la puissance du courant cà engendrer la chaleur. Si cette résistance est matériellement abolie, la chaleur diminue matériellement, et si toute résistance était abolie, il n’y aurait plus de lumière du tout. Gela posé, le thallium est un métal beaucoup plus fusible et plus vaporisable que l’argent, et sa vapeur facilite le passage du courant à un degré tel, qu’il est à peu près impuissant à vaporiser l’argent plus réfractaire-, mais le thallium se consume peu à peu, sa vapeur diminue, la résistance augmente, et vous revoyez enfin les deux bandes de l’argent aussi brillantes qu’elles l’étaient d’abord f1).

Nous avons dans ces raies un caractère parfaitement inaltérable de ces deux métaux. INous n’obtiendrons jamais de l’argent d’autres bandes que ces deux vertes seules, et jamais du thallium d’autre bande que cette seule raie verte, (*)

(*) Cette circonstance ne doit pas être perdue de vue dans l’examen des spectres composés.

ni jamais d’autres bandes que ces trois bandes vertes du mélange des deux métaux. Chaque métal connu a ses bandes propres particulières, et dans aucun cas connu les bandes de deux métaux différents ne sont semblables en réfrangibilité. Il en résulte, par conséquent, que ces spectres sont un moyen sur d’épreuve de la présence ou de l’absence d’un métal particulier quelconque.

Si nous passons des métaux à leurs alliages, nous n’éprouverons aucune confusion : le cuivre donne trois raies vertes ; le zinc donne des bandes bleues et rouges; le laiton, alliage de cuivre et de zinc, donne les bandes de ces deux métaux, parfaitement inaltérées dans leur caractère et leur position.

Mais nous ne sommes pas confinés aux métaux euxmêmes : les sels de ces métaux donnent les bandes des métaux. L’union chimique est rompue par une chaleur suffisamment élevée; la vapeur du métal est mise en liberté et montre ses raies caractéristiques. Les chlorures des métaux sont particulièrement convenables pour des expériences de ce genre. Le sel commun , par exemple, est un composé de chlore et de sodium; dans la lampe électrique, il montre le spectre du métal sodium. Les chlorures du cuivre, du lithium, du strontium fournissent de la même manière les bandes de ces métaux.

Quand, par conséquent, Bunsen et Kirchhoff, les célèbres fondateurs de V analyse spectrale, après avoir établi par un examen approfondi les spectres de toutes les substances connues, découvrirent un spectre contenant des raies différentes de toutes les raies obtenues , ils en conclurent immédiatement l’existence d’un nouveau métal. Ils opéraient alors sur des résidus provenant de l’évaporation des eaux minérales de l’Allemagne. Ils reconnurent que ce

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