LA MÈRE
Mon fils, m'entends-tu pas causer dans le jour clair
LA CHAMBRE
Ah! pénétrez en moi, larges ondes de l'air, Soleil, joue à la pointe extrême des rideaux! Comme le monde offert en sa jeunesse est beau!
Comme je vais revivre en mon décor factice Uhe\ire qui tombera des pendules propices! Le jour, en mon écrin, brille comme un bijou. Le rire du soleil anime l'acajou Des grands meubles couverts de poussière soyeuse Et la beauté du ciel est plus harmonieuse Dans la glace où descend la sonde des regards. Gomme un antre profond va s'ouvrir le placard Où dorment dans l'orgueil des vieilles valenciennes Des robes atournées à la mode ancienne, Auprès des vieux flacons gainés de lourd métal Plein d'essences venues du monde oriental Et qui laissent, ouverts, en de fades tiédeurs, Echapper la pensée rapide des Odeurs.
Mère, de quel frisson s'enfièvre ma poitrine Lorsque je joins ma voix au chœur de ces matines ?
LA. CHAMBRE
Mon Dieu, puisque voici monter l'aube amoureuse, Faites que je demeure encor la chambre heureuse
Qui berce le grand lit comme un navire au port. Préservez à jamais mon repos de la Mort Et ne détournez pas votre face, Seigneur, De la simplicité divine de mon cœur.
Florence, igoS.
Paris-Lille, 1904.