LA FIN D'UN JOUR
A Emile Bernard.
LE JOUR
Déjà les chevriers ont rassemblé leurs chèvres
Dans l'orbe des sentiers couronnés de cytises ;
Déjà les angélus inclinent l'heure exquise
Qui doit clore mes yeux et parfumer mes lèvres.
Mon règne ardent prend fin, car j'aperçois l'issue
Du portique or et blanc des heures parcourues
Par mes jarrets nerveux d'éphèbe aux cheveux blonds,
S'il faut mourir encore, ô choses, qu'à mon front
Monte l'âme légère de vos cassolettes,
Brises ! bercez ma mort sur vos escarpolettes
Aux fils araciinéens fixés d'un clou d'étoile
Tandis que l'ombre apporte les funèbres toiles
Dont elle entourera mon corps d'aube et de lys:
Péplos de l'horizon aux tons mauves pâlis,
Tuniques, aux tissus de vapeur, qu'oublia
Sur les buissons muets l'émoi de Nausicaa,
Et vous aussi, ô cieux, aux vertes brocatelles
Que la croix des clochers rustiques écartèle;
Etangs profonds vêtus d'éclatantes simarres;
Pourpres, dont va flamber l'appel rauque des mares;
Chasubles des forêts qui célèbrent Isis;
Voiles qu'ont suspendu les nymphes d'Artémis
Aux fûts pâles des trembles et des peupliers;
Châles dont s'investit le frisson des halliers
Où s'abat l'agonie ardente de la Bête ;
Dentelles de lueurs qui rôdent sur les faîtes ;
Ah ! qu'on taille ma tombe au basalte des nuits
Dans l'ombre que la stryge hante avec la chouette.
Qu'importe, si demain, dans la clarté, je luis,
Si, plus beau, je renais sur un chant d'alouette
Et si j'ai la beauté du monde pour linceul !
LE POETE
Comme ta fin subtile, ô jour, suscite au seuil De soi la vision de formes immortelles, Ta mort vient ordonner le cortège de celles Dont rien ne peut fermer les yeux de souvenir.
, LE JOUR
Puisque le soir aborde aux havres de saphir, Qu'on tresse en mes cheveux la rose et Toxalis.