CALCIUM PAR PHOSPHORESCENCE
Rouge-orangée
Quelques parties provenant de coquilles d’huîtres calcinées simplement. ’
Action du soufre sur le spath d’Islande.
Jaune
f Action du peroxyde de manganèse sur des coquilles déjà calcinées avec du soufre (voir page 230). !
Verte j
Action du soufre sur l’arragonite (voir page 219 ).
Verte (lumière très-vive ).j
Action du soufre sur certains carbonates de chaux précipités (1).
Action du persulfure de potassium sur le
carbonate de chaux et sur les coquilles
4 bis.
Verte
| calcinées; action du soufre sur le carbo-
\ nate de chaux précipité du nitrate fait !
' avec la chaux de craie et le carbo-
Bleu indigo
{ nate d’ammoniaque (2).
Action du persulfure de potassium sur les | coquilles d’huîtres et sur la chaux dans
i plusieurs circonstances; action du charbon sur quelques échantillons de gypse.
Action du soufre sur le carbonaté de chaux préparé par l’eau de chaux et l’acide
Violette
j carbonique (voir page 225 ).
Sulfures de strontium.
Les sulfures de strontium lumineux peuvent êtreobte nus , comme ceux de calcium, soit : 1° par l’action directe du soufre sur l’oxyde et
(1) Le carbonate, qui donne de très-beaux effets, a été préparé avec le nitrate provenant de la chaux d’arragonite fibreuse ou avec la chaux des coquilles porcelaines, comme il a été dit plus haut.
(2) Les deux préparations indiquées pour le phosphore n° 4 bis ne donnent pas des masses aussi lumineuses l’une et l’autre : la première donne de très-belles nuances vertes , la seconde unemasse légèrementbleuâtre,d’uneintensité beaucoup plus faible ; mais l’une etl’autre portées à 200° environ donnent temporairement une émission de lumière indigo , et se comportent , tant que cette température se maintient , comme le phosphore indiqué n° 5, et qu’il est difficile d’obtenir avec certitude.
SOURCES DE LUMIÈRE
sur les carbonates, oxalates, nitrates, acétates de strontiane, etc. ; 2° par celle des sulfures; 3° par la réduction du sulfate de strontiane à l’aide du charbon. On trouve avec les composés de strontium les mêmes effets qu’avec ceux de calcium, si ce n’est que les nuances vertes et bleues sont plus fréquentes, et les nuances jaunes etrouges très-rares ; mais l’état moléculaire des matières sur lesquelles on fait réagir le soufre ou le charbon a une ihfluence aussi grande sur l’effet produit que lorsqu’il s’agit de ces derniers composés.
En général avec ces corps il faut une moindre élévation de température pour obtenir des masses lumineuses qu’en se servant de composés à base de chaux ; d’un autre côté, une durée plus grande de l’action calorifique que celle qui est nécessaire pour la préparation de la substance phosphorescente ne détruit pas la phosphorescence, ainsi que cela se voit en opérant avec la chaux on le carbonate de chaux. C’est pour ce motif que ces phosphores sont préparés avec plus de certitude que ceux dont il a été question plus haut. Il est probable que si l’on opérait avec différents carbonates et sulfates de strontiane , on obtiendrait des différences du même ordre qu’avec ceux de chaux; mais la plupart des composés de strontium dont j’ai fait usage ont été préparés à l’aide du sulfate de strontiane naturel provenant des terrains tertiaires.
J’indique ci-après les effets obtenus dans différentes réactions donnant du sulfure de strontium phosphorescent. La température rouge-blanc, donnée par un fourneau ordinaire de laboratoire alimenté avec du charbon de bois et ne dépassant par la fusion de l’or et de l’argent, est suffisante , ainsi qu’une durée de vingt minutes de l’action calorifique, on a fait réagir le soufre ou les sulfures sur la strontiane et sur le carbonate de strontiane, ou bien le charbon sur le sulfate de strontiane :
Action du soufre sur la strontiane caustique pulvérisée ( 50 p. 100 de soufre ) .
La strontiane, mélangée avec moitié de son poids de soufre, à une température inférieure à 500°, et maintenue seulement pendant un temps suffisant pour que l’excès de soufre soit chassé, donne une masse phosphorescente avec une teinte jaune légèrement rosée.
La même substance portée à la température rouge-blanc pendant vingt minutes, donne une matière phosphorescente violette avec une teinte très-vive.
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE
Action du soufre sur le carbonate de strontiane (33 p. 100 de soufre ).
Le carbonate de strontiane obtenu par une dissolution de strontiane dans Peau et un courant de gaz acide carbonique calciné avec du soufre donne une masse phosphorescente avec une teinte verte-jaunâtre au centre et avec une nuance bleue-claire dans les parties touchant au creuset.
Ce mélange calciné en couche mince dans un large tôt donne une phosphorescence bleue-claire avec une teinte très-belle.
Le carbonate obtenu par le chlorure de strontium et les carbonates d’ammoniaque ou de soude (bi-carbonate ou sous-carbonate) à 100°, ainsi que le carbonate obtenu par le nitrate de strontiane et le carbonate d’ammoniaque à 100 degrés, calcinés avec le soufre, donnent des masses qui sont phosphorescentes avec des teintes verdâtres au centre et bleuâtres contre les bords du creuset.
Le carbonate obtenu par le nitrate de strontiane et les carbonates de soude (sous-carbonate ou bi-carbonate) à J 00 degrés donne un phosphore qui est lumineux avec une teinte verte très-vive.
Le carbonate obtenu par l’acétate et les carbonates de soude (souscarbonate ou bi-carbonate ) à 100 degrés, donne un phosphore aussi lumineux et de même couleur que le précédent.
Action du soufre sur divers composés.
L’oxalale de strontiane préparé par le nitrate et l’oxalate de potasse calciné avec le soufre donne une phosphorescence bleuâtre.
L’acétate de strontiane dans les mêmes conditions donne une matière phosphorescente avec une teinte verte jaunâtre.
Le résidu de la réaction du soufre et du nitrate de strontiane étant calciné de nouveau présente une phosphorescence verte très-brillante.
Action du sulfure d'antimoine sur la strontiane anhydre .
Le maximum d’effet est obtenu avec quatre parties de strontiane pulvérisée et une partie de sulfure d’antimoine : la phosphorescence produite est rouge brique, mais la lumière émise est très-faible.
Réduction du sulfate de strontiane par le noir de fumée (13 p. 100).
Des cristaux de sulfate de strontiane bacillaire, ou en table, calcinés au milieu du charbon ont produit une matière lumineuse bleu clair.
SOURCES DE LUMIÈRE
Le sulfate provenant de la réaction de l’acide sulfurique monohydraté sur la strontiane, calciné avec du charbon, a présenté une masse phosphorescente verdâlre au centre et légèrement jaunâtre près des bords du creuset.
• Le sulfate de strontiane obtenu par le nitrate de strontiane et le sulfate de soude a donné dans les mêmes conditions une phosphorescence verte légèrement bleuâtre.
On reconnaît, d’après ces résultats, qu’avec la strontiane anhydre la température a une influence sur la préparation, puisque au-dessous de 500 degrés la masse présente une lumière, jaune, et au-dessus du rouge une teinte violette d’une grande pureté, et cela quelle que soit la durée de l’action calorifique. Ce phosphore éprouve quelquefois un changement de nuance quand on l’expose à la lumière, et devient un peu rosé; c’est une action chimique indépendante du phénomène lumineux, comme on l’a déjà dit plus haut à propos du sulfure de calcium.
Avec le soufre et le carbonate de strontiane ( préparé au moyen de l’acétate ou du nitrate de strontiane et du carbonate de soude), on a une masse lumineuse verte très-remarquable, et qui est leplus beau phosphore que l’on puisse obtenir avec les composés de strontium. Ce phosphore présente quelquefois une particularité assez curieuse ; si la durée de la préparation n’est que de vingt minutes environ et ne dépasse pas le degré indiqué plus haut, la masse a une couleur propre légèrement jaune soufre; en même temps, comme on le verra dans un des chapitres suivant, elle est vivement lumineuse dans la partie ultra-violette du spectre avec une nuance semblable. Si l’on prolonge beaucoup la calcination, et que la température soit très-élevée, la couleur propre de la matière vue au jour diminue de plus en plus, et elle tend à devenir blanche sans que la lumière émise par phosphorescence change de teinte ; cette dernière diminue seulement d’intensité. Souvent, pour avoir ce beau phosphore très-lumineux il faut calciner une deuxième fois et même une troisième
fois la matière après l’avoir pulvérisée, mais sans ajouter de soufre; par ce moyen on a même une plus grande homogénéité dans la teinte de la lumière émise par phosphorescence.
Ce phosphore ne présente pas toujours la particularité d’avoir une couleur jaune-verdâtre quand on le regarde à la lumière du jour, et on verra que dans cette circonstance il émet simultanément des rayons de même nuance, mais de durée bien inégale ; cependant, même quand il n’offre pas ces effets il peut être aussi lumineux dans l’obscurité après
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE. 235
l’action du rayonnement. Bien que je n’aie pu me rendre compte des conditions nécessaires pour que ce beau phosphore soit toujours doué de cette propriété etreconnaître si elle n’est pas due à l’action d’une matière étrangère, cependantj’ai remarqué que lorsque le carbonate de strontiane est obtenu à l’aide de la réaction exercée entre le nitrate de strontiane et le carbonate de soude à la température de 15 à 20°, si l’élévation de température lors de l’action du soufre n’est pas trop forte , on peut obtenir ce résultat d’une manière plus ou moins tranchée.
L’action de l’air extérieur modifie le sulfure de strontium phosphorescent au moment de sa préparation et lui donne une teinte bleu clair, comme lorsqu’on calcine des sulfates naturels avec le charbon; ainsi, en plaçant certains carbonates indiqués plus haut dans un large têt, la masse offre la propriété dont il s’agit. Il se produit peut-être dans ce cas une autre combinaison que le monosulfure de strontium.
L’action des sulfures tels qu’un courant d’hydrogène sulfuré ou de vapeur de sulfure de carbone sur la strontiane et sur le carbonate, ainsi que celle des sulfures de potassium, de cuivre, de zinc, etc., donne lieu à des masses lumineuses jaunâtres et verdâtres qui n’ont rien de particulier et n’offrent pas beaucoup de régularité; le sulfure d’antimoine donne lieu, au contraire, à un,phosphore lumineux rouge brique, qui est dû probablement à un antimonio-sulfure obtenu dans les conditions indiquées plus haut.
Une observation assez intéressante à faire quand on étudie l’action des sulfures de strontium , C’est que , préparés de manière à ce qu’ils donnent leur maximum de lumière, il semble que la couleur propre de la substance phosphorescente vue par diffusion à la lumière du jour soit analogue ou rappelle, quoique à un faible degré, la lueur qu'elle émet par phosphorescence ou par vibrations propres à l’obscurité , après l’action préalable de la lumière solaire ou diffuse. Quoique ce rapprochement ne puisse être fait qu’avec les composés phosphorescents du strontium, et qu’on n’observe qu’accidentellement quelques résultats analogues avec les composés du barium et du calcium, cependant il est à signaler, car il semble indiquer une disposition des molécules à produire un effet lumineux déterminé soit par diffusion, soit par phosphorescence ou vibrations propres.
En résumé, les principales préparations de sulfures de strontium servant de type sont les suivantes :
SOURCES DE LUMIÈRE
Préparations.
Phosphorescen ce.
Teinte propre de la matière
Rouge-orangé.
Rouge brique.
Jaune légèrement rosé.
Brune.
Verte-jaunâtre.
Jaune soufre.
Bleu clair.
Blanche.
Bleu clair.
Blanche.
Violette.
Légèrement violacée.
La préparation n° 1 résulte de l’action du sulfure d’antimoine sur la strontiane anhydre.
La préparation n° 2 est faite au moyen de la réaction exercée entre le soufre et la strontiane caustique au-dessous de 500°, en agissant pendant peu de temps.
La préparation n° 3 résulte de l’action du soufre sur certains composés de strontium , voir page 234, ou bien de la réduction par le noir de fumée du sulfate de strontiane précipité.
La préparation n° 4 provient de l’action du soufre sur le carbonate de strontiane dans un large têt (voir pag. 235).
La préparation n° 5 est due à la réduction par le charbon des cristaux de sulfate de strontiane naturelle.
La préparation n° 6 résulte de l’action du soufre sur la strontiane anhydre au-dessus de 500°.
Les préparations 3 et 6 sont les plus belles.
Sulfures de barium.
Les sulfures de barium présentent dans certains cas, comme les sulfures de calcium et de strontium, des phénomènes de phosphorescence très-remarquables. Cependant, pour obtenir des masses bien lumineuses il faut en général une température plus élevée et plus soutenue que pour les autres sulfures ; tel est l’effet produit lors de la réduction du sulfate de baryte naturel par le charbon, c’est-à-dire lors de la réaction qui donne lieu au phosphore anciennement connu sous le nom de phosphore de Bologne ; d’un autre côté, toutes les masses obtenues ne sont pas lumineuses, comme lorsqu’il s’agit des sulfures de strontium.
Les différents composés du barium proviennent en générai de la réduction du sulfate de baryte naturel par le charbon, puis ensuite de la décomposition du sulfure obtenu. Toutes les préparations que j’ai pu faire ne m’ont donné que des teintes variables du rouge orangé au
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE
vert , et aucune nuance bleue et violette comme avec la strontiane et la chaux. La température du fourneau alimenté au charbon de bois est suffisante, surtout pour la réaction exercée entre le soufre et des carbonates, et le temps de l’action calorifique doit varier entre trente et quarante-cinq minutes pour avoir le maximum d’effet. Voici quels sont les principaux effets qui ont été observés :
Action du soufre sur la barijte caustique ou délitée (31,5 p. 100).
La phosphorescence de la matière est jaune.
Action du soufre sur le carbonate de baryte préparé comme il est indiqué
ci-après (25 p. 100 de soufre).
Le carbonate de baryte obtenu par l’eau de baryte et l’acide carbonique calciné avec le soufre donne une matière lumineuse avec une teinte jaune d’or ; certaines parties contre le creuset sont orangées.
Le carbonate étant obtenu au moyen de l’acétate de baryte et du bicarbonate de soude à 100 degrés présente dans les mêmes circonstances une masse phosphorescente jaune d’or à la partie centrale et orangée contre les parois du creuset ; la lumière émise est très-vive.
Le même corps calciné avec le soufre dans un large têt a offert une phosphorescence rouge-orangée.
Le carbonate formé par l’acétate de baryte et le carbonate d’ammoniaque à 100 degrés donne une phosphorescence jaune-orangée. La matière est moins lumineuse que les deux précédentes.
Le carbonate préparé avec le nitrate de baryte et le bi-carbonate de soude à 100 degrés donne une phosphorescence jaune avec quelques parties jaunes-verdâtres.
Le carbonate préparé avec le chlorure de barium et le bi-carbonate de soude à 100 degrés présenteune phosphorescence verte-jaunâtre très- vive.
Le carbonate étant formé avec le chlorure de barium et le carbonate d’ammoniaque à 100 degrés, la phosphorescence est verte-jaunâtre, plus jaunâtre qu’avec la préparation précédente.
Action du soufre sur Voxalate et sur l'acétate de baryte.
La matière est phosphorescente jaune avec une lumière peu intense.
Produit de la réaction à la température rouge de V azotate de baryte et du
soufre .
La matière est phosphorescente jaune orangé avec quelques parties plus rougeâtres.
Calcination du sulfure de barium cristallisé.
La matière après une première calcination présente des nuances diverses jaunes, orangées et vertes; après une deuxième calcination, la matière est phosphorescente, jaune d’or.
Réduction du sulfate de baryte par le charbon (10 à 15 pour 100 de noir
de fumée) (1).
Le sulfate naturel, soit cristallisé, soit bacillaire, calciné avec le noir de fumée a donné une phosphorescence jaune-orangée avec des parties rouges-orangées.
Le sulfate de baryte préparé au moyen de la baryte caustique et de l’acide sulfurique monohydraté, puis lavé et desséché, a présenté dans les mêmes conditions une phosphorescence verte-jaunâtre faible.
Le sulfate de baryte obtenu avec le chlorure de barium et le sulfate de soude a donné une phosphorescence verte-jaunâtre, mais de faible intensité.
L’hyposulfate de baryte dans les mêmes conditions a donné une matière faiblement lumineuse verte-jaunâtre.
- On reconnaît encore ici l’influence de l’état moléculaire du composé métallique sur la couleur de la phosphorescence, mais peut-être avec moins de netteté qu’avec les composés de calcium ; car les teintes de la lumière émise sont moins variables. Cependant, on peut voir que le chlorure donne un carbonate qui permet d’obtenir un phosphore lumineux vert, tandis que le nitrate et l’acétate ne présentent que les nuances jaunes et orangées. Il est à noter que les chlorures de calcium et de strontium tendent à donner des teintes bleuâtres et violettes, tandis que celui de barium permet d’obtenir une couleur verte; d’un autre côté les nitrates et acétates de baryte ont donné des carbonates qui conduisent à des masses phosphorescentes de sulfures de barium jaunes et orangées, tandis que les combinaisons analogues de calcium et de strontium donnent des masses phosphorescentes vertes très-lumineuses.
Pour obtenir aisément le sulfure de barium lumineux orangé, un des
(1) Pour obtenir le phosphore de Bologne , au lieu d’employer la méthode de préparation du sulfure de barium appelée méthode de Margraff (voir livre 1er, page 18), j’ai préféré faire usage de celle qui consiste à mélanger du noir de fumée et du sulfate de baryte, laquelle m’a donné de meilleurs résultats. »
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE
moyens les plus simples consiste à mélanger intimement avec du sulfate de baryte naturel en masses cristallines, préalablement pulvérisé, 12 à 15 p. 100 de noir de fumée, et à ajouter un peu d’alcool pour rendre le mélange plus intime. Quand la masse est desséchée, on la calcine au rouge dans un creuset pendant quarante-cinq à soixante minutes, à une température qui ne doit pas dépasser le cerise clair ou la fusion de l’argent. Ensuite, on broie de nouveau la masse et on la calcine sans rien ajouter. On doit agir sur 100 à 150 gr. de matière. Quand la masse retirée du creuset a une teinte propre légèrement rougeâtre, c’est un indice que la calcination a été trop longue et l’opération est manquée. En opérant simultanément sur plusieurs creusets, que l’on retire successivement, on peut arriver à obtenir le résultat que l’on désire, car on ne peut prévoir la durée nécessaire à l’opération, ce temps dépendant de l’élévation de température donnée par le fourneau. Mais d’après ce mode de préparation, que la température soit plus ou moins élevée, la lumière émise après une calcination suffisante est toujours de même nuance, quoique plus ou moins vive.
L’influence de l’air à une température élevée se fait également sentir sur le sulfure de barium comme sur les sulfures de strontium et de calcium, et dans ce cas la masse donne lieu après l’insolation à une émission de lumière d’une teinte orangée plus rouge que celle obtenue sans l’intervention de l’air; tel est l’effet que l’on obtient en calcinant les matières dans un large têt.
On a fait agir sur la baryte, sur le carbonate et sur différents composés du barium, l’hydrogène sulfuré, la vapeur de sulfure de carbone et divers sulfures, et l’on n’a obtenu que des masses inégalement lumineuses jaunâtres et verdâtres et peu homogènes; je n’ai donc pas cru devoir rapporter ici les résultats des expériences.
En somme, les préparations suivantes peuvent servir de types dans l’étude de l’action de la lumière sur les sulfures de barium , et surtout lesn0S2 et 4, qui offrent une émission de lumière d’une grande vivacité dans les premiers instants qui suivent l’action lumineuse :
Préparation .
Phosphorescence.
Rouge-orangée.
Jaune d’or.
Jaune.
Vert légèrement jaunâtre.
SOURCES DE LUMIÈRE
La préparation n° 1 provient de l’action du soufre sur le carbonate de baryte obtenu par l’eau de baryte et l’acide carbonique, ainsi que de quelques parties provenant de la réduction par le charbon du sulfate de baryte cristallisé.
La préparation n° 2 résulte de la réaction du soufre et du carbonate de baryte obtenu par l’acétate et le bi-carbonate de soude, ainsi que de la réduction par le charbon du sulfate de baryte cristallisé.
La préparation n° 3 résulte de l’action du soufre sur la baryte.
La préparation n° 4 est obtenue par le chlorure de barium et le carbonate de soude ou d’ammoniaque.
Ces différents phosphores sont tous très-beaux.
•Lorsqu’on a préparé des sulfures phosphorescents, ils conservent la faculté d’être impressionnés par le rayonnement tant qu’ils ne sont pas altérés; mais si on les abandonne à l’air humide, ils ne tardent pas à perdre peu à peu toute leur action. Pour les conserver intacts, il suffit de les enfermer dans des tubes de verre scellés à la lampe; j’en ai qui n’ont pas perdu leur impressionnabilité depuis seize ans, et on a vu dans le livre I, page 28, que j’avais un échantillon provenant de Canton et qui avait plus d’un siècle.
Lorsque les substances préparées sortent du creuset avec une certaine compacité, comme lorsqu’il s’agit des préparations de sulfure de strontium et de barium, il y a avantagé à laisser la matière concassée en fragments dans l’intérieur des tubes et non pas à la broyer, car la cassure naturelle donne toujours une surface plus brillante que les cassures que fait naître la pulvérisation; mais dans le dernier cas, quoique la lumière émise soit moins vive, sa teinte est la même qu’avec les fragments.
On doit faire remarquer encore que les phosphores renfermés dans les tubes émettant toujours de la lumière, même quand les tubes sont vides, il est évident que c’est en vertu d’une action physique et non pas d’une combustion lente des corps que cet effet se produit.
Sulfure de zinc ( blende hexagonale),
La blende naturelle est phosphorescente, mais pas, à beaucoup près, à un degré aussi élevé que le sulfure de zinc obtenu par volatilisation à très-haute température par M. Sidot (1). Dans cet état, le sulfure de
(1) Comptes rendus de VAcad. des Sciences , t. 62 et t. 63, p. 142 et 188.
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE
zinc au lieu d’être sous forme des cristaux dérivant du système cubique, comme la blende ordinaire, se présente en longs prismes hexagonaux ; de là le nom de blende hexagonale qu’on lui a donné.
Pour obtenir des cristaux de cette matière il faut la volatiliser dans un courant d’acide sulfureux ou d’hydrogène sulfuré ; ceux qui jouissent de la propriété de phosphorescence au plus haut degré sont préparés de préférence, d’après M. Sidot, dans un courant d’acide sulfureux. On place dans un tube en porcelaine des cristaux de sulfure de zinc soit de blende naturelle, soit ceux que l’on obtient par la calcination préalable du sulfure amorphe, et l’on élève très-fortement la température jusqu’au rouge pendant quatre à cinq heures en faisant passer pendant ce temps du gaz acide sulfureux dans le tube. Au bout de deux heures de la plus haute température du fourneau, les cristaux commencent à paraître dans la partie du tube en porcelaine qui est au dehors, et qui se trouve plus froide, et y grandissent assez pour en occuper tout le diamètre.
La matière forme ainsi une réunion de cristaux qui , vus au jour, sont parfois tout à fait blancs et limpides, et d’autres fois à la partie centrale de ces masses sont jaunes-verdâtres. Cette teinte rappelle celle des composés d’uranium, et est semblable à celle du sulfure de strontium lumineux vert dont on a parlé plus haut; elle est probablement due, comme dans ce dernier corps, à un état moléculaire particulier, car les cristaux qui la présentent sont très-phosphorescents. Cependant, il y a des cristaux blancs qui donnent dans l’obscurité une émission de lumière aussi vive et aussi persistante. Ainsi, de même que pour le sulfure de strontium, on n’a pas trouvé jusqu’ici quelles sont les conditions nécessaires pour reproduire à volonté cette teinte particulière.
La blende hexagonale, blanche ou jaune, qui est bien lumineuse dans l’obscurité, donne une lumière verte qui rappelle tout à fait celle du sulfure de strontium vert; l’intensité lumineuse après l’exposition à la lumière est peu différente qu’avec ce dernier corps, mais paraît diminuer un peu moins rapidement. On doit remarquer que la partie centrale de ces agglomérations de cristaux est souvent seule lumineuse parce mode d’investigation; les parties environnantes qui ont été en •contact avec le tube en porcelaine le sont moins ou même ne le sont pas du tout; on verra plus tard qu’ils peuvent cependant présenter une phosphorescence de courte durée par d’autres moyens d’expérience.
Cette matière phosphorescente est très-intéressante et peut servir à des expériences sur l’action du spectre, car elle est inaltérable aux
LA LUM1ÈKE. — T. I. 16
SOURCES DE LUMIÈRE
agents atmosphériques, et sous ce rapport elle est plus facile à garder que les sulfures alcalino-terreux, qui ne conservent leurs propriétés qu’à Cabri de l’humidité et de l’action de l’acide carbonique. Elle est seulement d'une préparation plus laborieuse, et n’a donné qu’une phosphorescence persistante d’une seule nuance.
Je me borne à la description des méthodes de préparation des sulfures précédents comme se rapportant aux phosphores artificiels les plus brillants et les plus intéressants à étudier. Il y a bien d’autres matières qui présentent des effets analogues, mais qui ne peuvent approcher de ceux dont il a été question; tels sont les corps cités dans le 1er paragraphe de ce chapitre.
J’ai préparé des sulfures d’aluminium, de magnésium et des métaux alcalins sans pouvoir obtenir jusqu’ici avec ces composés des masses phosphorescentes.
Le sélénium étant l’analogue du soufre, j’ai pu, en faisant réagir directement ce métalloïde sur la strontiane, obtenir un séléniure lumineux avec une belle teinte verte analogue à celle que donne le sulfure obtenu au moyen du carbonate de la môme base. Si l’on pouvait disposer d’une certaine quantité de sélénium > en obtiendrait sans doute des matières phosphorescentes analogues aux sulfures alcalino-terreux.
Les cyanures des métaux alcalino-terreux sont également phosphorescents, mais à un moindre degré que les sulfures. Si l’on mélange, par exemple, à une dissolution de nitrate de chaux une solution de cyanure simple de potassium, on obtient un précipité qui, lavé et desséché, est phosphorescent par insolation avec une teinte légèrement, verdâtre. Ces composés permettent de montrer, comme les sulfures, que leur arrangement moléculaire exerce une grande inlluence sur les résultats observés : en effet, si l’on prépare directement du nitrate de chaux avec un poids déterminé de spath d’islande, puis avec la même quantité d’arragonite, en précipitant les deux dissolutions par du cyanure de potassium et en faisant dessécher les précipités, celui qui est obtenu avec l’arragonite est beaucoup plus lumineux que l’autre, quoique là teinte de la lumière émise paraisse peu différente.
D’après les détails dans lesquels je suis entré, il me paraît probable que plusieurs des différences observées dans la manière dont les substances phosphorescentes se comportent par rapport au rayonnement lumineux tiennent dans certains cas à la composition chimique des matières, dans d’autres à leur état moléculaire, puisque dans les mômes
PHOSPHORESCENCE PAR LA LUMIÈRE. 243
circonstances de production de ces corps et à égalité de température, suivant que l’on a fait usage d’un chlorure ou d’un nitrate , ou bien suivant l’origine primitive de la chaux, ainsi qu’on l’a dit à propos des sulfures de calcium, les effets varient. Il est vrai que dans quelques cas des combinaisons différentes peuventse produire, et alors elles luisent d’une manière particulière, comme je l’ai signalé précédemment; mais dans d’autres, comme lorsqu’on opère avec les carbonates de chaux ou lorsque l’on réduit en sulfures les sulfates des métaux alcalino-terreux, je ne pense pas que cet effet ait lieu. On doit remarquer que les matières phosphorescentes formées sont presque toujours des mélanges ; mais comme ce sont les sulfures des métaux dont j’ai parlé qui présentent les effets lumineux par phosphorescence au plus haut degré, et que la préparation de ces matières doit être faite par la voie sèche , on est forcé d’avoir recours à ce mode de préparation : d’un autre côté, je me suis assuré que des mélanges de corps étrangers et de matières colorantes ne changent pas la couleur de la lumière émise par un corps après l’insolation.
• Quand on voit des minéraux tels que le diamant et le spath fluor présenter des différences très-grandes dans l’intensité comme dans la couleur de la lumière émise , et cela probablement en vertu d’états moléculaires différents, on est porté à croire que les mêmes causes peuvent amener les mêmes effets quand il s’agit de substances qui, bien que d’une composition trèS'Complexe, sont si éminemment impressionnables. Quelle est la cause de cette différence? tient-elle à la disposition des molécules, à leur distance? 11 est impossible de répondre actuellement à cette question : on peut dire seulement, d’après les observations faites sur le carbonate de chaux, que la cause en vertu de laquelle les corps émettent des lumières différentes, c’est-à-dire en vertu de laquelle les molécules peuvent vibrer différemment, après l’action préalable de la lumière, paraît être autre que celle d’où dépend, dans un même corps, l’état cristallin différent.
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