‹ La lumière visibleChapitre 2 sur 89 · Y. GAUTIER · texte numérisé non relu

Y. GAUTIER

prêtre-eudiste.

INTRODUCTU^N

Le but que je me suis proposé dans les pages qui suivent est de rechercher s'il est possible à tout homme de bonne foi, en usant librement des lumières de sa raison, de parvenir à la vérité religieuse.

Je suppose le cas de quelqu'un qui n'a pas eu l'avantage de recevoir une forte éducation religieuse ou qui, ayant négligé de cultiver sa foi, a vu s'obscurcir en son âme les vérités fondamentales de la religion. Cet homme, qui a cependant conservé la droiture du cœur, qui croit en Dieu, et qui d'ailleurs est instruit, éclairé, à un moment donné de son existence, rentrant en luimême et se prenant à réfléchir sur sa destinée, se demande si vraiment il existe une religion véritable, si Dieu a réellement parlé aux hommes, a fait connaître comment il veut être servi et si la Révélation peut lui apprendre, on même temps que le pourquoi de son existence, les devoirs qu'il a à remplir ici-bas.

Mais comment parviendra-t-il à s'assurer que Dieu s'est réellement manifesté aux hommes, si ce n'est surtout par Fétude qu'il peut faire de la Révélation elle-même, bien que diverses routes peuvent nous conduire à la connaissance de la vérité et par elle à notre salut. Chercher si la Révélation chrétienne est bien un fait garanti par des faits ou témoignages incontestables, c'est aller droit à la vérité ; c'est la voie la plus courte et la plus sûre pour se convaincre qu'il existe une loi divine en ce monde, et que cette loi n'est autre que le Christianisme. C'est la marche régulière, normale, conforme à la raison, par laquelle un esprit peut parvenir ou revenir à la foi.

Il ne lui sera pas nécessaire de recourir à la voie scientifique, aux controverses de l'érudition, aux abstractions métaphysiques, pour satisfaire son âme sur ces grandes questions ; il lui suffira d'un raisonnement de sens commun et de bonne foi, et de ne pas avoir peur de la vérité, sachant, quand il le faut, lui sacrifier ses opinions personnelles. Un simple examen de sa nature l'obligera bientôt à reconnaître qu'en effet la nature de l'homme appelle une religion surnaturelle, que la vraie religion surnaturelle, c'est le christianisme, et que le vrai christianisme,

c'est le catholicisme. La pluralité des religions n'exclut pas la vérité d'une seule et vraie religion, vérité sans laquelle la conscience individuelle aussi bien que la logique ne sauraient être satisfaites. La fausse monnaie est la preuve qu'il y en a une véritable.

Le chrétien cherche la foi sans avoir à la faire, et quand il a constaté, historiquement, le fait de la révélation, il trouve là toutes les vérités en celle-là.

Or, comme la Révélation chrétienne est contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, il s'assurera si ces livres sont bien authentiques, et s'il doit les accepter comme étant l'expression de la volonté de Dieu, qu'aucune vérité scientifique bien établie n'est en contradiction avec une certitude biblique. Bien que la Bible n'ait nullement besoin du concours de la science pour prouver son origine divine et inspirée, il est toujours satisfaisant de savoir qu'il y a accord parfait entre les découvertes scientifiques et le texte sacré. Il devra également se rendre compte de la valeur de certaines théories soi-disant scientifiques sur l'origine humaine et de ce qu'il doit en penser. Il obtiendra facilement la preuve que la doctrine qui prétend nous enlever notre

titre d'enfants de Dieu contre une origine simienne, est aujourd'hui une doctrine ruinée par le bon sens comme elle l'est par les faits.

Notre chercheur aura encore à examiner les motifs de crédibilité sur lesquels s'appuie la religion qui lui est proposée ; si cette religion a, dans son organisation, dans son histoire, dans ses effets, une vertu supérieure au pouvoir de l'homme ; si elle repose sur des faits surnaturels, miracles, prophéties ; si ces faits sont prouvés et quelle est leur valeur. En un mot, il lui faut avoir une vue claire de la raison de sa foi, savoir pourquoi il croit. Cette enquête l'amènera au seuil même de l'Eglise.

C'est ce que j'ai essayé d'établir dans les sept premiers chapitres de la présente étude. Cette méthode peut servir non seulement au simple déiste qui veut arriver à la possession complète de la vérité, mais encore au catholique convaincu qui veut se rendre compte de ses croyances, ou à celui dont la foi est à l'état de sommeil. Les trois derniers chapitres de ce travail, bien qu'ils rentrent dans l'esprit du sujet traité, n'ont qu'un rapport indirect avec la proposition principale.

Comme motif d'encouragement à entreprendre le présent ouvrage, je me suis inspiré

des paroles de l'illustre et savant cardinal Wiseman, qui a tant contribué à enrichir l'apologétique chrétienne :

"Je ne vois pas pourquoi, dit-il, toute personne douée seulement de talents ordinaires, ne pourrait espérer, à l'aide d un travail persévérant, augmenter quelque peu les témoignages généraux qui militent en faveur de la vérité. Dans cette science comme dans toute autre, il y a des degrés modestes : ce sont des chemins tranquilles et retirés qui ne conduisent pas au-delà des bornes de l'intérieur domestique, chemins que peut parcourir l'esprit timide à l'abri de l'attention publique, et où il peut cueillir d'agréables et humbles plantes dont les parfums seront aussi doux sur l'autel de Dieu que le riche encens composé avec tant d'art par Bazaléel et OhoUab."

Démontrer comment on arrive à trouver la vérité, ajouter quelques témoignages qui militent en sa faveur, voilà quelle a été ici toute mon ambition. Ai-je réussi à rendre là-dessus la lumière vraiment visible, à la faire briller à tous les yeux ? Ce sera au lecteur à décider.

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