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L. Pioger, ouv. cité

Et il y eut un soir et il y eut un matin, c'est-àdire l'achèvement de l'œuvre de la quatrième époque et le commencement de la suivante.

Cinquième jour. — Création des reptiles, des grands monstres marins et des volatiles.

Avec l'apparition du soleil, la végétation a changé et s'est rapprochée de la nôtre, la terre a un tout autre aspect. "Oh ! qu'elle était déjà belle ! s'écrie M. Gaussen dans une page pleine de fraîcheur et de poésie ; le grand luminaire des cieux s'était levé pour la première fois sur nos campagnes, éclatantes de toutes les magnificences primitives de la nature, sur les forêts, sur les prairies, sur les ruisseaux, sur les jardins de fleurs. C'était un paradis de verdure le jardin des jardins dans sa première beauté. Mais ce jardin si beau était encore après tout un désert inhabité. En vain le soleil se levait-il sur les montagnes ; en vain les nuages s'embrasaient-ils des plus riantes couleurs ; en vain la lune, pendant les nuits étoilées, se promenait-elle sur la voûte des cieux, personne n'était là pour l'admirer ; personne pour glorifier Dieu. Les rivières et leur doux murmure coulaient sans témoins dans les prairies ; les jasmins, les églantiers et les chèvrefeuilles chargée de fleurs se penchaient en silence sur leurs rives ; les narcisses, la pervenche, le lis, la jacinthe et l'hortensia élevaient à l'envi au-dessus des prés leurs gracieuses corolles et répandaient dans l'air

leurs plus doux parfums. Mais tout ce beau monde était morne et désert. Le palais était prêt, meublé, paré, décoré de guirlandes et tapissé de fleurs, mais le roi n'y était pas ; tout était fait pour lui, mais il n'était point encore sorti de la poudre de la terre. Et non seulement l'homme n'était pas là pour contempler ces splendeurs et y adorer son Dieu, mais il n'y avait pas même un seul être vivant pour en jouir : pas un animal dans les forêts, pas un insecte dans les prés, pas un oiseau dans les airs, pas une petite alouette pour saluer le lever du jour, pas un rossignol dans la ramée pour chanter son coucher, pas une abeille, pas une pauvre petite mouche pour bourdonner dans les fleurs, pas une fourmi dans la poussière." Mais il n'en devait pas être toujours ainsi puisque, au cinquième jour, Dieu dit :

Que les eaux produisent en abondance des êtres rampants qui aient respiration de vie et que des êtres volants volent sur la terre dans l'étendue des deux.

Contrairement au règne végétal, qui fut créé en une fois, il y a deux créations dans le règne animal, ceUe du cinquième et celle du sixième jour.

Les animaux que Dieu créa le cinquième jour sont des êtres aquatiques, animaux énormes, ayant respiration de vie, et des êtres ailés qui volent dans l'étendue des cieux ; ce ne sont pas des poissons proprement dits ni simplement des

oiseaux. Les mots "à souffle ou respiration de vie" caractérisent la respiration aérienne par des poumons, et les poissons respirent par des branchies. Ce seul trait a suffi pour ne pas les comprendre dans l'œuvre du cinquième jour. Moïse ne les nomme pas non plus.

Les êtres aquatiques dont il est ici question sont "les grands monstres marins", puis les reptiles, qui vivent dans l'eau, mais dont les organes leur permettent de venir à terre, de glisser ou de ramper sur le sol. Les "êtres volants" désignent à la fois les grands oiseaux et tout animal ayant des ailes et capable de voler.

Ces gigantesques lézards des mers, ces sauriens amphibies, à respiration pulmonaire ou aérienne, qui vivent de préférence dans les eaux, se traînent aussi en rampant sur les rivages ; mais tous ces monstres, de mémoire fabuleuse, et dont on peut voir les restes retrouvés et reconstitués dans les grands musées d'Europe, ces monstres aux noms singuliers d'ichthyosaures, d'une longueur de plus de trente pieds et dont les yeux étaient plus volumineux qu'une tête humaine, de plésiosaures au cou d'une longueur énorme, semblable au corps d'un serpent, de cétiosaures ; ces lézards et ces crocodiles, tels que le téléosaure, le mégalosaure, au corps long de plus de 70 pieds, l'iguanodon, animaux dont quelques-uns dépassent en hauteur et surtout en grosseur l'éléphant actuel, et qui, en quantités innombrables, peuplaient les plaines et hantaient les rivières de ce temps-là, répondent

bien à l'appel du Créateur : "Que les eaux produisent en abondance des êtres rampants qui aient respiration de vie."

Et les ptérodactyles et raraphorynques, reptiles à tête d'oiseau, à queue de lézard, à griffes de lion avec des ailes de chauves-souris, pouvant prendre leur essor dans les airs, les libellules et une multitude d'autres insectes vivants, des oiseaux d'une taille gigantesque et dont l'empreinte des pieds mesure une étendue double de celle du cheval ou du chameau, représentent bien "les êtres ailés qui volent au-dessus de la terre vers l'étendue des cieux." Cette période géologique fut donc par-dessus tout une période d'énormes reptiles marins et terrestres et de nombreux oiseaux d'une taille prodigieuse et d'une organisation des plus étranges. Si on commence à signaler dès le cinquième jour la présence de quelques petits mammifères sans importance, cela ne détruit aucunement la loi générale. On trouve que la classe des reptiles domine exclusivement ; cela suffit. Moïse n'étant pas chargé de nous léguer un cours d'histoire naturelle, reproduit le trait caractéristique de chaque époque, celui qui frappe le plus les yeux sans s'inquiéter des détails. Il annonce l'apparition d'une nouvelle série d'êtres sans y comprendre tous les individus appartenant à cette série.

"Remontant, dit Cuvier, au travers des grès qui n'offrent que des empreintes végétales, on arrive au calcaire de Jura : C'est là que la classe

des reptiles prend tout son développement. C'est parmi ces innombrables quadrupèdes ovipares, au milieu de ces tortues, de ces reptiles volants, que se seraient montrés pour la première fois, quelques petits mammifères marins. Mais pendant longtemps encore on trouve que la classe des reptiles dominait exclusivement."

Il y a donc accord parfait entre Moïse et Cuvier touchant la nature des animaux de cette première création : c'étaient des animaux aquatiques et des volatiles.

On a reproché à l'auteur de la Genèse d'avoir placé la création des poissons au cinquième jour, qui correspond à l'âge secondaire, tandis que les poissons apparaissent dès la période silurienne qui correspond au deuxième jour.

Que la création des poissons ait eu lieu au cinquième jour a même été pendant longtemps une opinion assez répandue. Les premiers poissons ont même paru dès l'époque des premiers zoophytes, des premiers mollusques, des premiers crustacés, des premiers fucus et des premières algues, alors que l'Esprit de Dieu, créant la vie, planait à la surface des eaux. Ceux qui reprochent à l'auteur sacré ce qui leur a paru une contradiction, ne l'ont pas compris, lui attribuant ce qu'il n'a pas dit. Ils ont été induits en erreur par des versions fautives et mal interprétées qui éveillaient plutôt dans l'esprit l'idée de poisson.

En réalité Moïse ne parle nulle part de poissons dans l'œuvre du cinquième jour.

D'après la Genèse, l'ordre de la création fut le suivant : les créatures marines d'abord, les plantes terrestres au troisième jour, puis au cinquième, les reptiles de dimensions colossales et produits "avec abondance", comme dit Moïse, et comme nous le révèle la géologie, et, enfin, au sixième jour, les mammifères. Des exceptions sans importance, peu nombreuses, ne détruisent nullement l'accord général et si merveilleux de la révélation biblique avec ce que nous pourrions appeler la révélation naturelle, telle que nous la lisons dans la structure du globe.

"Moïse nous a laissé une cosmogonie, écrivait Cuvier, dont l'exactitude se vérifie chaque jour d'une manière admirable. Les observations géologiques récentes s'accordent parfaitement avec la Genèse sur l'ordre dans lequel ont été successivement créés tous les êtres organisés." — "L'ordre d'apparition des êtres organisés, affirmait Ampère, est précisément l'ordre de l'Œuvre des Six Jours, tel que nous le donne la Genèse. Ou Moïse avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, où il était inspiré." — "Aucun monument soit historique soit astronomique, assure Balbi (Atlas ethnographique du globe) n'a pu prouver que les hvres de Moïse fussent faux ; mais au contraire ils sont d'accord de la manière la plus remarquable avec les résultats obtenus par les plus savants philologues et les plus profonds géomètres."

Ecoutons Buffon : "La description de Moïse est une narration exacte et philosophique de la création de l'univers entier et de l'origine de toutes choses." Et Linné : "Il est matériellement démontré que Moïse a écrit, non sous la seule inspiration de son génie, mais sous la dictée même de l'auteur de la nature." Puis Marcel de Serres : "Si l'on considère que la géologie n'existait pas à l'époque à laquelle a été écrit le récit de la création, et que les connaissances astronomiques étaient pour lors peu avancées, on est porté à conclure que Moïse n'a pu deviner si juste que par suite d'une révélation." Que de témoignages on pourrait encore citer, mais il faut savoir se borner. J'ajouterai cependant avec l'auteur de La Terre et le Récit biblique de la Création que "l'autorité divine des Ecritures ne dépend pîis pour nous de l'accord plus ou moins parfait qui peut exister entre elles et la science géologique. La science est mobile de sa nature ; la vérité, elle, ne change pas : elle est immuable comme le Dieu dont elle émane. Voilà pourquoi l'autorité de nos Livres saints ne saurait être subordonnée au verdict de la science. Elle repose sur une autre base à la fois plus solide et plus ferme que nous n'avons pas à rechercher ici.

"Mais lorsqu'on vient nous dire avec une assurance que la certitude seule pourrait justifier : I^s progrès de la science ont fait justice de l'autorité de la Bible"; — à ceux qui tiennent un pareil langage, nous avons le droit de répondre : "Vous

VOUS trompez ; au point où en est la science c'est le contraire qui est vrai."

"Prenons-y garde. Il y a des préjugés scientifiques non moins aveugles que les préjugés populaires. Ceux qui, au nom de la science, de la science géologique en particulier, affirment qu'il y a opposition entre elle et le Livre des révélations divines, ou n'ont pas examiné, ou obéissent sans le savoir à des préventions irréfléchies. Or l'effort constant de tout homme droit et impartial doit être de s'élever au-dessus d'elles jusque dans ces régions sereines où l'on ne prend conseil que de la vérité."

Sixième jour. — Création des mammifères et de l'homme.

L'organisation de la terre est complète. Le sol est affermi, produisant partout des plantes et des arbres. Sauf les accidents qu'elle pourra encore subir sur un point ou sur un autre de sa surface, bien légers comparés aux perturbations radicales qu'elle a éprouvées aux différentes phases de sa formation, elle est propre maintenant à devenir le séjour des derniers êtres que Dieu lui destine : les animaux terrestres, domestiques et sauvages, et finalement l'homme. Ce fut l'oeuvre du sixième jour, qui correspond à l'âge tertiaire des géologues.

Puis Dieu dit ' Que la terre produise des animaux qui aient respiration de vie, selon leur espèce, savoir

des bestiaux et des animaux rampants et des bêtes terrestres selon leur espèce. Et ainsi fui.

Ainsi donc.au sixième jour, Dieu créa d'abord les bestiaux, les petits animaux qui se déplacent en rampant, à la mode des serpents, des vers, et les bêtes sauvages de la terre.

Ces animaux se distinguent de ceux de l'époque précédente en ce qu'ils sont des animaux terrestres, mammifères et vivipares, les autres étant plutôt des animaux monstres, oiseaux gigantesques, tous ovipares, innombrables et immenses, avec des ailes ou sans ailes, dans l'air et dans l'eau.

Jjes reptiles d'abord, dit Pozzy, les mammifères ensuite : ainsi parle Moïse. N'est-ce pas le même langage que nous tient la géologie ? L'harmonie est donc complète ; impossible de signaler aucun désaccord.

Cet accord éclate sur un autre point, ajoute le même auteur. Dans le récit biblique, dit-il, la création de la vie animale occupe deux jours, le cinquième et le sixième, celle de la vie végétative n'en occupe qu'un, le troisième. Et la géologie, combien compte-t-elle de périodes pour les animaux ? Deux : celle des ovipares (reptiles, oiseaux) dans les terrains jurassiques, et celle des quadrupèdes, vivipares, dans les terrains tertiaires. Combien pour les végétaux ? Une seule, la période houillère. Qui pourrait ne voir là qu'une correspondance fortuite ?

Moïse, nous l'avons déjà fait remarquer, caractérise les diverses phases de la création par le côté saillant : celui qui frappe les yeux. Il écrit dans le langage de son temps et pour être compris de tous. La classification qu'il emploie, pour n'être ni rigoureuse ni complète, ne contredit aucune découverte scientifique bien constatée.

Enfin, la terre est définitivement prête à recevoir celui pour qui elle est destinée. Les saisons suivent leur cours régulier ; une riche verdure orne les plaines et les coteaux. Les espèces organisées, plantes et animaux, sont au point où le Tout- Puissant les voulait. Le chef et le roi de la nature, le chef-d'œuvre de la création, qui la consomme, qui l'explique en en faisant voir la fin, peut maintenant prendre possession de son magnifique domaine. Ce domaine est encore comme s'il n'existait pas ; avec l'homme, il va recevoir l'impulsion et la vie.

Aussi, Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, et sur les êtres volants des deux, et sur les bestiaux et sur toute la terre, et sur tout animal qui rampe sur la terre.

Dieu donc créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu.

Ici, la voix divine devient plus grave ; Dieu qui, jusqu'ici, avait tout fait en commandant, semble

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se recueillir ; on dirait un conseil tenu par plusieurs Personnes. Le moment, en effet, était des plus solennels. Il s'agissait de créer sa créature privilégiée. Tout ce qui avait été fait jusqu'à présent l'avait été pour elle. Dieu créa donc l'homme. Il le créa dans toute la splendeur de son intelligence et de sa beauté physique.

L'homme occupe le haut de l'échelle delà création ; il est le plus parfait des êtres créés, et le dernier qui ait apparu sur la scène du monde, le seul capable de pénétrer les mystères de ce magnifique univers et d'en apprécier les merveilles. La science ne nous signale aucune création nouvelle, ni dans les plantes ni dans les animaux, après celle de l'homme, dont l'apparition clôt également la série des diverses formations géologiques.

En effet. Dieu, dit la Bible, "se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée pour être faite", ce qui veut dire qu'il cessa de créer.

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