‹ La lumière visibleChapitre 37 sur 89 · B. Tossy. La Tem tt U récit bOliqut · texte numérisé non relu

B. Tossy. La Tem tt U récit bOliqut

français, l'Art dans l'Antiquité, publié en collaboration avec M. Ch. Chipiez, et où il est démontré qu'aucune civilisation n'a jamais pris naissance et ne s'est jamais développée en un endroit quelconque du globe sans une influence extérieure, on verra comment, partie du berceau central, la civilisation a rayonné de proche en proche pour pénétrer, avec le temps et les apports des circonstances favorables, chez tous les peuples de la terre. C'est un flambeau qui a rayonné en grandissant, mais qui ne s'est pas allumé de lui-même.

La Genèse nous dit que, des enfants d'Adam, l'aîné était laboureur et le deuxième berger. Voilà d'abord des occupations qui excluent l'état de barbarie. Bien plus, nous lisons dès le chapitre IV du même livre (20-22) qu'il est question du travail des métaux et même des arts d'agrément. Cela suppose au moins une civilisation relative. Nous conclurons ce sujet par ces graves paroles de Schellin : "Parmi les nombreux systèmes faux et creux qui ont vu le jour dans les temps modernes, il faut ranger avant tout ces prétendues histoires de l'humanité qui empruntent leurs idées, sur l'état primitif de notre espèce, aux descriptions que les voyageurs nous font de l'état de barbarie des peuples sauvages ; il n'y a point de barbarie qui ne soit le résultat d'une civilisation éteinte... Je crois donc absolument que la civilisation a été l'état du premier homme."

La civilisation, le progrès, la culture de l'esprit, voilà des mots qu'il ne faut pas confondre et qui n'ont pas la même signification. La prospérité matérielle, la culture, sont assurément des éléments constitutifs de la civilisation, mais des éléments subordonnés. La vraie civilisation tient beaucoup plus au développement du cœur et à la culture de l'âme qu'au degré d'instruction ou de la richesse d'un peuple. La richesse entendue dans son sens économique, c'est-à-dire comme une chose utile et agréable, est propre à procurer à l'homme une existence plus facile, plus douce et plus luxueuse, et une société est plus ou moins avancée suivant qu'elle est en état de produire ce bien matériel. La culture intellectuelle est également nécessaire pour le développement de la philosophie, des arts et des sciences. Si, au lieu de servir les intérêts de la morale, la richesse et la culture en deviennent les ennemis, c'est en vain qu'elles croîtront en puissance et en beauté. Non seulement elles n'aideront en rien à la marche de la civilisation, mais elles concourront au contraire à mener toute société à la mort dans une décrépitude plus triste encore et autrement déshonorante que l'ignorance, le défaut de culture ou la misère d'une existence pénible. L'élément prédominant, indispcn.sable, de la véritable civilisation, est l'élément moral ; c'est le seul qui agit sur le cœur, sur la volonté, et qui prévient la corruption, qui tue la barbarie, qui interdit la cruauté. La guerre (pie nous venons de subir

et qui a dépassé en brutalité tout ce que l'histoire avait vu, ne nous prouve que trop ce que peut 'seule la "culture"sans la morale. Dans l'antiquité latine, les plus beaux siècles de culture ont été aussi des époques d'une corruption et d'une inhumanité que les peuples les plus sauvages n'auraient jamais imaginées.

Au siècle d'Auguste, la civilisation romame avait atteint son point culminant en fait de culture, de prospérité matérielle ; les lettres et les arts, cependant, au lieu de réformer les mœurs, ne firent que hâter leur dépravation, et la richesse finit par amener la corruption dont cette civilisation devait périr, La société romaine de cette époque ne présentait que le spectacle d'une démoralisation universelle.

La véritable civilisation est cette disposition de l'âme qui fait que nous avons pleine conscience de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes et envers le prochain. C'est la pénétration de la vie chrétienne dans les mœurs, dans les lois, dans les institutions, dans la vie entière d'une nation.

" Le progrès n'est ni dans les projets et les agissements pervers des uns, ni dans les théories séduisantes mais erronées des autres ; il est tout entier dans le fidèle accomplissement des devoirs qui incombent à toutes les classes de la Société, dans le respect et la sauvegarde des attributions propres à chacune d'elles.^"

1. Paroles de Léon XIII aux ouvriers français , le 20 octobre 1889.

L'homme, le peuple vraiment civilisé, a le sens de la justice, de l'équité, des égards qu'il doit aux autres. Il ne confond pas la force avec le droit, et encore moins pensera-t-il jamais que la force peut se substituer au droit.

" Quand j'ai vu, dit le poète, sur une pente des Apennins ou des Pyrénées, un vallon silencieux, une eau qui murmure, des ombres qui s'allongent et des moissonneurs fatigués qui prient, je me suis dit en mon cœur : "Le vrai progrès pourrait-il être ailleurs, puisque la paix et la vertu sont ici?" Nul ne contestera que c'est au moins la vraie et véritable civilisation.

Le premier homme avait été créé à l'état de rectitude, d'innocence, de justice innée. Sa volonté était droite et sans aucun penchant au mal ; ses pensées étaient pures, ses affections bien réglées, ses désirs en parfaite harmonie avec ceux de son Créateur ; il ne souffrait dans son corps ni incommodités, ni douleurs, et il ne devait point mourir. Il apprit de son Créateur même, en même temps que les moyens de réaliser la fin surnaturelle pour laquelle il avait été créé, la loi qu'il lui imposait et la soumission qu'il attendait de lui, lui annonçant même le malheur qui devait suivre la transgression, s'il n'y était point fidèle. Aussi bien, Dieu ayant créé l'homme, étaitz-il tenu de l'instruire de ses immortelles destinées, et ce sont ces communications divines, fidèlement conservées dans la Bible, que l'on

retrouve défigurées, imparfaitement gardées, dans la mémoire des païens.

Par sa prévarication, Adam perdit les dons surnaturels qui relevaient à une vie supérieure, et se priva des jouissances attachées à son premier état. Son entendement, éclairé de la lumière divine, se couvrit de ténèbres ; sa volonté, pervertie, devint irrégulière et contradictoire. L'homme, suivant le plan de la Providence, ne devait point connaître la souffrance : celle-ci entra dans le monde par le péché, en même temps que la mort. "Dieu a créé l'homme immortel lorsqu'il le fit à son image, mais par l'envie du démon la mort est entrée dans le monde. ^"

Condamné à manger son pain à la sueur de son front, il lui faut pourvoir lui-même, et avec peine et misère, à sa nourriture, à sa demeure, à sa conservation, à son vêtement. Grâce cependant à son intelligence, à la loi de la nécessité et à la mansuétude de la Providence, qui ne l'abandonna pas dans son malheur, l'homme finira même, avec le temps, par conquérir une partie des biens et des avantages naturels dont il avait d'abord été favorisé. Les débris que nous livrent les couches supérieures du globe nous font voir la marche ascendante de l'humanité dans ce progrès, dont le point de départ indique, en effet, l'extrême misère des premiers hommes après le péché. Les restes de la grossière industrie de l'homme

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