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CHAPITRE VII

le nouveau testament — les évangiles

l'Église

Je disais, il y a un instant, que Jésus-Christ a réalisé dans sa personne tout ce qui avait été prédit de lui; que sa vie et sa mort ont été telles qu'annoncées ; qu'il a prouvé qu'il était vraiment Dieu, manifesté au monde sous la forme humaine. Je citais comme témoignages de sa divinité et de la divii^té de sa mission^ outre les prophètes, quelques-unes des paroles du béni Sauveur lui-même et de ses apôtres.

Je sais aussi que Jésus-Christ a prouvé les prétentions aux titres qu'il s'attribuait, non seulement par sa sainteté personnelle, son union avec Dieu, son amour pour les hommes, par les bienfaits de son enseignement, mais par d'éclatants miracles, opérés en présence des foules qui le suivaient, attestés par des témoins nombreux de toutes conditions, amis ou ennemis. "Que faisons-nous, disent ces derniers ? Cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui." Mais, dernière question, comment sais-je toutes oes choses ? Je n'étais pas là sur les lieux au moment où ces événements se sont passés pour en contrôler l'authenticité, et les contemporains de Jésus-Christ sont morts depuis longtemps. On ne peut me les

montrer expérimentalement. Ne pouvant les faire revivre ni me transporter à leur époque, je ne puis nier que je n'apprends tout ce que je sais sur l'existence, la vie, les enseignements du Christ que sur le témoignage d'autrui. J'ai à m'assurer si ce témoignage m'est transmis dans des conditions d'authenticité suffisante pour y donner mon adhésion, si ces témoins ont bien connu la vérité et s'ils l'ont racontée telle qu'ils la savaient. Si je puis me prouver à moi-même que ces témoignages me sont parvenus par des gens dignes de foi et dans des écrits d'une authenticité, d'une intégrité et d'une véracité indiscutables, qui méritent en effet toute la confiance qu'on leur accorde, je devrai alors, pour suivre la règle que me trace le pur bon sens, les accepter et y croire comme si j'avais entendu moi-mêtae la doctrine qu'ils contiennent, les paroles que j'y lis, ou avoir été témoin des faits extraordinaires, prodigieux, qu'ils racontent. Je devrai les accepter comme j'accepte pour véritables les récits des historiens de l'antiquité, ou, en fait de connaissances profanes, ce qu'on m'enseigne sous l'autorité des maîtres depuis longtemps décédés. L'important pour croire, ce n'est pas d'avoir vu soi-même, mais d'être certain que l'on n'est pas induit en erreur. Le récit de la vie et des enseignements du Christ sont contenus dans les Evangiles, qui forment partie du Nouveau Testament. Je dois donc répéter, touchant cette deuxième partie de la Bible, le travail que j'ai déjà fait pour établir l'authenticité

et l'autorité des livres de l'Ancien Testament, c'est-à-dire consulter une foule d'auteurs, comparer les arguments des uns et des autres, et résumer en quelques pages les conclusions qui découlent de mes recherches. Tout cela demande du temps, de l'effort et une lecture des plus attentives et des plus minutieuses, mais qui deviennent une source de profond intérêt et d'intimes jouissances intellectuelles pour ceux qui peuvent s'y livrer.

1. Authenticité et intégrité des Evangiles. •:— Lorsque parurent les Evangiles, il y avait déjà bon nombre d'années, quarante, environ, que les enseignements du Christ étaient prêches, bien que non écrits. De nombreux chrétiens existaient dans l'empire romain qui croyaient à la divinité de Jéeus-Christ, aux miracles qui l'établissent et qui conformaient leur conduite aux préceptes de la doctrine nouvelle. La publication des Evangiles et leur acceptation par les fidèles prouvent d'abord qu'on y trouvait rien autre chose que ce qui avait déjà été admis par la voix de l'enseignement et, en deuxième lieu, qu'on en connaissait les auteurs, et qu'on les savait dignes de foi. On sut parfaitement les distinguer des écrits plus ou moins légendaires qui parurent dans la suite, et qu'on attribuait à tel ou tel disciple du Sauveur. L'Eglise a toujours regardé ces ouvrages comme apocryphes et ne les a jamais admis, ne les considérant point comme authentiques.

En effet, pour qu'un livre soit authentique, il faut qu'il ait réellement été écrit par l'auteur dont

il porte le nom, et cela, à l'époque à laquelle on fait remonter sa composition.

L'Eglise a admis comme authentiques quatre Evangiles, dont les auteurs sont saint Matthieu, saint Luc, saint Marc et saint Jean. Saint Matthieu a d'abord écrit son Evangile en araméen, ensuite en grec, peu d'années après l'Ascension et avant la dispersion du groupe apostolique, entre les années 36 et 45 de l'ère vulgaire. C'est le premier Evangile. Le second fut écrit par saint Marc, quatre ou cinq ans après. Saint Luc composa le sien vers l'an 52. Le dernier est celui de saint Jean, écrit à la fin du premier siècle, vers les années 95 ou 96. Tous ces Evangiles furent écrits en grec.

Les témoignages constants de tous les siècles attribuent chaque Evangile à son auteur d'une façon si incontestable, si indéniable, que l'authenticité d'aucune œuvre littéraire ne saurait être admise si on élève des doutes sur celle-ci. Saint Clément, troisième successeur de Pierre sur le siège de Rome, et qui avait personnellement connu Pierre et Paul, saint Barnabe, autre personnage des temps apostoliques, saint Ignace, évêque d'Antioche, martyrisé l'an 107, et qui avait vu le Sauveur ressuscité, selon son propre témoignage, saint Polycarpe, contemporain et ami de saint Ignace, citent souvent des textes empruntés aux Evangiles, lesquels devaient être déjà entre leurs mains.

Mais voici le témoignage formel de saint Irénée, dont la jeunesse s'était écoulée dans la

compagnie de saint Polycarpe, disciple de l'apôtre saint Jean, et qui tenait la doctrine évangélique de ceux mêmes qui avaient vu le Sauveur en personne. Dans le troisième livre de l'ouvrage Traité contre les hérésies, qu'il composa, nous lisons : "Matthieu a donné aux Hébreux l'Evangile en leur langue, tandis que Pierre et Paul prêchaient à Rome et y fondaient l'Eglise ; ensuite Marc, disciple de saint Pierre, a donné ce que Pierre avait prêché, et Luc, qui suivit saint Paul a mis en un livre l'Evangile que Paul avait enseigné. Enfin, Jean, le disciple du Seigneur, qui reposa sur sa poitrine, a donné aussi son Evangile, lorsqu'il demeurait à Ephèse, en Asie." Dans le même ouvrage, il cite de nombreux extraits des Evangiles, et il y déclare qu'il y a quatre Evangiles authentiques, et que les quatre sont dominés par un seul esprit.

Papias, évêque d'Hiérapolis, qui était aussi du même tempe que saint Polycarpe, dans un ouvrage intitulé Exposition des discours du Seigneur, et qui tenaient ses renseignements de ceux qui avaient vécu familièrement avec les disciples de Jésus, dit à propos de Marc : "Qu'il fut interprète de Pierre et qu'il écrivit tout ce qu'il conservait dans sa mémoire avec exactitude, mais non selon l'ordre où le Seigneur l'avait dit ou fait." Et à profK)» de saint Matthieu : "Qu'il a écrit en hébreu l'Evangile des oracles et des actions de Jésus-Christ." Le témoignage de Papias est d'autant plu.s important qu'il pst regardé comme

un homme grave, de tradition, employant sa vie à recueillir tout ce que l'on pouvait savoir de Jésus.

Au deuxième siècle, Tertullien, dans son traité sur Marcion, qui n'admettait que l'Evangile de saint Luc comme contenant la doctrine de Jésus- Christ dans toute sa pureté, donne de nombreux extraits des trois autres Evangiles, ajoutant que *les Evangiles de saint Matthieu, de saint Jean et de saint Marc, ont également en leur faveur l'autorité des Eglises desquelles nous les avons reçus. "Pourquoi, rejetant les autres Evangiles, n'admets-tu que celui de saint Luc, puisqu'ils ont été tous, dès le commencement, reçus dans l'universalité des Eglises ? "

Hormis de mettre en question le bon sens et l'évidence même de l'histoire, que peut-on exiger de plus pour démontrer que les Evangiles étaient connus dès le commencement du Christianisme, et attribués aux auteurs qui leur ont donné leur nom? "N'eussions-nous que le seul témoignage de saint Irénée, selon le dire d'un apologiste, l'authenticité de nos Evangiles serait complètement démontrée ^"

Un savant italien a découvert en 1740 un manuscrit qui remonte à l'an 185 et qui contient des textes des Evangiles tels qu'ils étaient lus dans l'Eglise Romaine en 170 et 200. Ce document témoigne que, dès cette époque, les quatre

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