Euaèbe. Hist. eccl. IV, c
préalable." Leur impassibilité est telle qu'on les dirait indifférents à la cause qui les occupe. N'écrivant point leurs impressions personnelles, ni ce qu'ils conçoivent d'eux-mêmes, ils racontent des faits simplement, tels qu'ils se sont passés, tout ce qu'ils voient et entendent, ou ce que leur rapportent d'autres témoins dignes de foi, sans chercher à expliquer la nature de ces faits. Ils disent ce dont ils sont certains, et les mots, les expressions qu'ils emploient sont exacts, justes, précis, pouvant être compris de tous. Ce sont quatre récits historiques, quatre témoignages directs et positifs, unanimes, explicites et où il n'entre rien de superflu.
" Toute la vie des évangélistes et surtout leur mort nous sont une garantie de la véracité des Evangiles. Ce livre divin est d'ailleurs à luimême la meilleure preuve. Quel parfum de vérité s'en exhale si on vient à l'ouvrir ! quelle simplicité touchante ! Le récit commence et se continue sans ornements, sans aucun luxe de poésie ni d'éloquence. Les évangélistes ont-ils à raconter la résurrection de Lazare? Accoutumés qu'ils sont à voir Jésus-Christ commander à la mort, et à être obéi, convaincus de sa divinité et persuadés que tout le monde partage leur conviction, ils racontent ce prodigieux événement sans aucun détail inutile, sans aucun souci de n'être point crus, comme s'il s'agissait de l'action la plus ordinaire. Nouvelle preuve frappante, selon nous, de la véracité et de la divinité de
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l'Evangile. On ne peut se défendre de croire ce qu'on cherche si peu à vous faire croire, ce qu'on redoute si peu que vous ne croyiez pas. Mais ce qu'il y a de plus admirable et, on peut dire, de réellement divin, c'est que les évangélistes, peignant chacun de leur côté et à des époques diverses la personne du Sauveur, lui aient tous donné la même physionomie et une physionomie qui ne ressemble à aucune autre, à tel point qu'il n'y a qu'un Evangile, quoiqu'il y ait quatre évangélistes. Concluons donc que la sainteté de l'Evangile doit se résumer dans sa véracité ; car toute sa morale n'est autre chose que l'établissement du règne de la vérité par rapport à Dieu, au prochain et à nous-mêmes. Et son héros, quel est-il ? Il est la vérité, selon sa propre expression : Ego 8um veritas .^"
Il s'ensuit que tout ce que je lis dans l'Evangile est la parole de Dieu, révélée par Dieu lui-même dans la personne de son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, parole sur laquelle j'appuie la raison de ma foi et qui devient la règle de ma vie. L'authenticité des Evangiles me parait de toute évidence ; la sincérité et la véracité de leurs auteurs sont pour moi une garantie manifeste de l'absolue vérité des faits qu'ils racontent, et que je puis y croire comme si j'en avais été moi-même témoin. L'étude attentive que je fais des cir-
1. L'abbé Fourgex, V Exposition et Us Preuves de la Vérité relig'iettse.
constances particulières des temps apostoliques, du caractère des hommes de l'entourage du divin Maître, me porte même à considérer comme n'étant point sérieux ces rationalistes du siècle dernier, ces modernistes de nos jours, pour qui les disciples de Jésus et ses Apôtres ne seraient que des iraaginatifs, des gens victimes de leurs illusions sur la nature du Messie et ce qu'ils ont cru voir. Ce sont des insinuations tellement invraisemblables, tellement dénuées de fondement, si contraires au témoignage de l'histoire, qu'elles ne méritent pas vraiment qu'on s'y arrête. On peut nier les miracles, mais non le fait que les Apôtres et les disciples, témoins oculaires, ont versé leur sang pour attester ce qu'ils ont vu. Ils n'étaient pas non plus des visionnaires, car ils avaient touché de leurs mains. "Félicitons-nous, écrivait le chancelier d'Aguesseau à son fils, de ce que les miracles sur lesquels notre foi repose sont des faits aussi avérés que les conquêtes d'Alexandre et la mort de César." Le surnaturel chrétien, ajoute un pieux auteur, est en effet, si bien établi, que sa négation ruine toute certitude historique. . "Il y a plus, par un privilège unique, les miracles de l'Evangile et des Apôtres ont eu pour historiens des témoins oculaires qui sont morts à l'appui de leur affirmation '. Ces témoins étaient trop nombreux et trop divers
1. "M(« annale*, diuit U tnartjrr aaint Ignaoe à son Juse. o'«st Jémc-ChrMt, M croix, n nort «t «a léwinwiUoa."
pour s'accorder sur un mensonge si compliqué ; ils n'étaient pas surtout assez fous pour sacrifier leur vie à leur mensonge. Dans tous les cas, ils n'auraient pas trouvé, au lendemain de leur mensonge, douze millions de complices pour le soutenir jusqu'à la mort, ni les Pères de l'Eglise pour le défendre, ni dix-huit siècles de civilisation la plus avancée pour leur servir de dupe. . . Donc, les miracles de Jésus-Christ s'imposent avec l'enchâssement historique dans lequel ils sont en quelque sorte montés. Ils s'imposent parce qu'ils sont d'un caractère si parfaitement inimitable que Vinventeur en serait plus étonnant que le héros. Ils s'imposent parce qu'ils sont si évidents que les Juifs ne les ont pas contestés, mais les ont attribués au démon, et que Celse, Porphyre et Julien l'Apostat, ne les pouvant récuser comme faits, les traitent comme des •opérations magiques. Ils s'imposent parce que l'histoire profane elle-même les garantit : Chalcidius mentionne l'apparition de l'étoile qui conduisit les mages au divin berceau ; Macrobe, quelques circonstances du massacre des Innocents; Lampride, le dessein d'Adrien et d'Alexandre Sévère d'élever un temple à Jésus, et Phlégon, affranchi d'Adrien, l'éclipsé du soleil qui jeta un voile de deuil sur le déicide ^ Ils s'imposent parce
1. C'est une erreur de penser que la religion chrétienne n'a été comïX)sée clans les premiers siècles que de petites gens. On voit d'abord dans les actes des Apôtres qu'un grand nombre de prêtres juifs, par conséquent de personnages dont l'intelligence avait été
que saint Paul, ce sublime voyant qui avait été incrédule, lui aussi, aflirme avoir contemplé le plus grand des miracles, le Christ ressuscité. Saint Paul, esprit positif et indépendant s'il en fut, ne se serait pas courbé devant une ombre vaine. Il avait, d'ailleurs, été le contemporain de Jésus et fut à même de connaître son œuvre. Ils s'imposent, enfin, parce que, même quand on nie les récits évangéliques, on ne peut nier que leurs auteurs ne soient morts pour les certifier. Or, Matthieu, Jean, Pierre, Jacques et Jude, témoins et quelquefois instruments des miracles de Jésus, ont scellé leurs paroles de leur sang '."
En Jésus-Christ s'est consommée la Révélation, c'est-à-dire la manifestation de la vérité que Dieu nous devait, puisqu'il nous avait donné l'existence. Mais Dieu devait encore à ses créatures la conservation intacte de la vérité révélée, afin que les hommes pussent toujours s'en nourrir et assurer ainsi leur salut, ce qu'il avait
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