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R. P. Caussstte, Lt bon mn$ et la Foi

fait aux époques anciennes par ses prophètes, chargés de parler et d'écrire en son nom. Le divin fondateur du Christianisme, celui qui à bon droit pouvait dire : "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie," a donc pris les moyens non seulement pour que son enseignement doctrinal et moral ne fût jamais perdu, ne fût jamais falsifié par la liberté humaine, mais pour qu'il fût répandu, expliqué, rendu accessible à tous les hommes, ceux-ci étant souvent incapables d'en saisir le vrai sens. Il s'agissait donc de créer tout un ministère pour continuer, étendre et perpétuer son œuvre, un ministère avec un chef visible qui le remplacerait, agirait en son nom, et à qui il conférerait, en même temps que son autorité, son infaillibilité doctrinale, sans quoi sa pensée, c'est-à-dire la vérité, qui est une, qui n'est point à la merci des événements, qui ne dépend ni du mode ni du nombre, était de nouveau exposée à être altérée, défigurée, morcelée, suivant les fantaisies de l'interprétation individuelle, de l'intérêt ou des passions des hommes. Il fallait prévenir cette anarchie, et cela d'une nécessité absolue, par la création d'un tribunal infaillible. Dieu s'étant ■communiqué aux hommes, leur ayant parlé, il était de sa sagesse d'établir ici-bas une autorité investie du pouvoir de propager dans le monde les connaissances révélées, comme celui d'en interpréter le sens et d'en conserver l'intégrité. Jésus- Christ y a pourvu, et ce juge qu'il a établi pour interpréter et conserver intact, à travers toutes

les vicissitudes, le trésor de la révélation, écrite ou orale, c'est son Eglise, avec le corps des premiers pasteurs, présidé par son chef visible. "Je bâtirai mon Eglise, dit-il ; il n'y aura qu'un seul bercail et qu'un seul pasteur", c'est-à-dire qu'une seule Eglise dont les membres doivent professer une seule et même foi sous un chef suprême. A ses Apôtres et à leurs successeurs, papes, évêques et prêtres futurs, il assure qu'il sera avec eux "tous les jours jusqu'à la consommation des siècles." Aussi. " celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise." L'Evangile sera prêché, et l'Eglise, assistée de Jésus-Christ, subsistera pour le salut des hommes jusqu'à la fin des temps. En obéissant à l'Eglise qui m'enseigne au nom et avec l'autorité de Jésus-Christ, j'obéis à Jésus-Christ lui-même.

La nouvelle doctrine doit être donnée aux hommes par voie d'enseignement, être prêchée, expliquée et mise à la portée de tous les esprits. "Allez dans le monde entier prêcher l'Evangile à toute créature; celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné."

Voici le mandat suprême qu'il confie à ses Apôtres au moment de son ascension, leur conférant ainsi et à eux seuls la mission enseignante : "Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant

à observer toutes les choses que je vous ai prescrites, et voilà que je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles", dit-il à ses apôtres, leur conférant ainsi, et à eux seuls, la mission enseignante. Point de distinction entre lui-même, Dieu le Père et le Saint-Esprit ; le baptême doit être administré au nom des trois personnes divines. Et puis, "Je serai avec vous jusqu'à la fin des siècles", quelle promesse et quelle garantie pour l'avenir, quel gage d'immortalité ! La force, la barbarie, le schisme, l'hérésie, la philosophie, la politique, tour à tour n'attaqueront l'Eglise que pour venir se briser contre elle.

Voilà donc les apôtres revêtus de la plénitude d'autorité qui est dans le Christ, avec mission d'enseigner toutes les nations, tout l'univers, toute créature. Ils l'exerceront sur tous et toujours, au bénéfice des hommes qu'ils mèneront dans la voie du salut. A Pierre, qu'il établit chef suprême des fidèles et des apôtres, il dit : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer, c'est-à-dire les puissances de l'enfer, ne prévaudront jamais contre elle", ce qui serait si le mensonge venait à être enseigné au lieu de la vérité. L'Eglise va reposer sur Pierre, comme un édifice sur son fondement, et l'erreur ne pourra rien contre l'édifice et encore moins contre le fondement. "Il est plus clair que le jour, dit Fénélon, que le Saint-Siège ne serait plus le fondement de l'Eglise s'il pouvait définir quelque chose d'hérétique dans ce qu'il lui ordonne

de croire. — "Qui dit-on qu'est le Fils de l'homme ?" demande un jour Jésus à ses disciples. Ceux-ci, se faisant l'écho des bruits pubhcs, rapportent que les uns disent qu'il est Jean-Baptiste, d'autres Elie, d'autres Jérémie ou quelque prophète. Puis, s'adressant plus directement à ses apôtres, alors, Simon Pierre se lève et prononce sa première affirmation ou définition doctrinale: "Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant", doctrine invariablement maintenue depuis Pierre, premier pape, jusqu'à Benoit XV, actuellement régnant.

"M'aimez-vous plus que ceux-ci", dit Jésus à Pierre, au moment de quitter la terre. On connaît la réponse de l'Apôtre. "Pais mes agneaux, pais mes brebis," ajoute le béni Sauveur. Pierre devient le Pasteur suprême de tout le bercail, des agneaux (les fidèles), des brebis (les évêques), avec mission de les préserver de l'erreur et de les conduire au salut. Cette mission l'élève au-dessus de tous en dignité et en pouvoir, prérogative qui ne sera contestée par aucun des évêques et des fidèles de son temps. Parmi les douze, il en choisit un, écrit saint Jérôme, qu'il établit chef suprême pour empocher tout schisme. "J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; toi donc, une fois converti, confirme tes frères", les fidèles et les apôtres. On ne peut douter de l'efficacité de la prière de Jésus en faveur de Pierre sans douter de Jésus lui-même. "Je te donnerai les clefs du royaume

des cieux, dit encore Jésus-Christ à Pierre, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel", c'est-à-dire tout ce que tu auras fait sera ratifié ; ce que tu auras défendu ou ordonné subsistera. Pierre devient le fondement de l'Eglise tout entière ; la plénitude de l'autorité lui est ainsi immédiatement et directement conférée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. "La primauté a été donnée à Pierre, dit saint Cyprien, et quiconque abandonne la chaire de Pierre n'est point dans l'Eglise." S'il y a des schismes et des hérésies, dit ailleurs le grand évêque de Carthage, "c'est parce que les yeux ne sont pas tournés vers le Pontife qui juge l'Eglise à la place de Jésus-Christ." — "Si ce qui doit être cru n'est pas défini par le Concile, il faut le faire définir par le Pontife romain", dit saint Basile. Et c'est afin que la vérité soit victorieuse de l'erreur que Jésus-Christ donne ce privilège de l'infaillibilité pour le Pape et pour les évêques unis au Pape. Me voilà donc, en vertu de ce don, placé dans la sécurité doctrinale. J'ai la certitude qu'on ne me trompe pas, qu'on ne peut pas me tromper, la certitude d'être dans la lumière.

Cette primauté, dont parle saint Cyprien, Pierre l'exerce dès les premiers jours. A l'assemblée du Cénacle, après l'Ascension, il fait élire un successeur à Judas. Il est le premier

à prêcher l'Evangile après la Pentecôte, et c'est même en ce jour qu'il fait publiquement office de Chef de l'Eglise ; il opère le premier miracle comme preuve de la divinité de la religion nouvelle. Lorsque les apôtres sont arrêtés et comparaissent devant le Sanhédrin, c'est Pierre qui parle au nom de tous : il est le chef de la nouvelle Eglise. Il préside le premier concile de Jérusalem. Paul, après sa conversion, va trouver Pierre, en la compagnie duquel il passe quinze jours, pour lui demander conseil et se mettre en communion d'idées et de sentiments avec lui avant d'entreprendre son apostolat. Il est visible que les autres apôtres, bien qu'exerçant le même ministère, gardent un rang inférieur. Du vivant même du Christ, Pierre a été interpellé nommément, et à plusieurs reprises a été l'objet d'une distinction spéciale. Il le fut encore après la résurrection, de la part de l'ange, qui dit aux saintes femmes : Annoncez la now^eUe aux discij)les et à Pierre, et il fut le premier à voir Jésus ressuscité.

I>e Pape, successeur de Pierre, hérite de cette primauté non seulement comme évêque de Rome, mais comme chef suprême de toute l'Eglise, laquelle, suivant la promesse de son fondateur, doit subsister jusqu'à la fin des temps. "Comme il serait trop long de donner la liste de tous les évêques qui se sont succédé dans toutes les églises, dit saint Irénée dans un écnt publié vers 180 contre les hérétiques, je me borne à l'Eglise de

Rome, la plus grande, la plus ancienne, la plus illustre, fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul, instruite par eux de la doctrine qu'elle a prêchée à tous les hommes et qui, par la succession de ses évêques, est parvenue jusqu'à nous. Cela suffit à confondre tous ceux qui, par amourpropre ou par vaine gloire ou par aveuglement ou par mauvais desseins, s'éloignent de la vérité. A cette Eglise, en effet, à cause de son autorité supérieure, doivent recourir toutes les Eglises, c'est-à-dire les fidèles de tous les pays, parce que c'est en elle que les fidèles de tous pays trouvent conservée la tradition qui vient des apôtres. Les apôtres, en effet, l'ayant fondée et instruite, en confièrent l'administration à Lin. A Lin succéda Anaclet, et en troisième lieu Clément. A Clément succéda Evariste ; à celui-ci Alexandre, puis Sixte, qui fut suivi de Télesphore, Hygin, Pie et Anicet. Mais Soter ayant succédé à Anicet, Eleuthère, le douzième depuis les apôtres, gouverne maintenant l'Eglise." Dès cette époque l'Eglise compte déjà douze papes qui se sont succédé sans interruption dans la chaire de Pierre.

"C'est cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté, comme à l'envi, la principauté de la chaire apostolique, la principauté principale, la source de l'unité, et, dans la place de Pierre, l'éminent degré de la chaire sacerdotale ; l'Eglise-mère, qui tient en la main la conduite de toutes les autres Eghses ; le chef de l'épia-

copat, d'où part le rayon du gouvernement ; la chaire unique en laquelle toutes gardent l'unité. Vous entendez, dans ces mots, saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Pro»per, saint Avite, saint Théodoret, le concile de Chalcédoine et les autres, l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensemble." Cette citation est de Bossuet dans son Sermon sur VUniU. Ailleurs, (Médit. 72) il dit : "Il devait toujours y avoir un Pierre pour confirmer ses frères dans la foi. C'était le moyen le plus propre pour établir l'unité des sentiments que le Sauveur désirait, et cette autorité était d'autant plus nécessaire aux successeurs des apôtres, que leur foi était moins affermie que celle de leurs auteurs."

Jésus-Chriat a donc fondé une société nouvelle appelée l'Eglise pour y continuer son apostolat d'enseignement divin et assurer le salut parmi les hommes. Cette Eglise, au temps même des apôtres, se compose d'enseignants et d'enseignés, de gouvernés et de gouvernants ; de fidèles, de prêtres, d'évêques, avec un chef suprême. EUle devient ainsi l'interprète des préceptes divins, la gardienne fidèle et constante de la révélation, avec mission de la répandre, de l'expliquer, et, au besoin, de la défendre contre ceux qui, victimes de leur orgueil ou de leurs passions, cherchent à la détruire.

Il appartenait au Père commun des hommes de prendre le moyen nécessaire pour conserver dans

leur plénitude les vérités qu'il leur avait fait connaître ; ce moyen, c'est l'Eglise, avec la promesse d'indéfectibilité dans la diffusion de ses enseignements. Cette infaillibilité réside passivement dans l'Eglise, activement dans le corps des pasteurs légitimes unis au Pape, ou dans le Souverain Pontife lui-même comme chef de l'Eglise, successeur de Pierre, et chargé comme lui de confirmer ses frères dans la foi. Pierre est le seul apôtre à qui Jésus a dit : "J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. . . Confirme tes frères dans la foi." Assurément, ni vous ni moi croyons qu'aucun homme est infaillible. Pierre et ses successeurs peuvent défaillir dans leur conduite ; mais que le Pape, agissant en sa qualité de Pasteur et Docteur de l'Eglise universelle, soit infaillible, c'est autre chose. Il n'est plus question ici de l'homme, de sa conduite privée, mais de sa fonction, et il jouit, en vertu de sa charge et de son magistère, de privilèges que l'homme ne peut connaître, une assistance extrinsèque, surnaturelle et spéciale, dont l'effet est l'exclusion de l'erreur pour l'Eglise en matière de foi et de mœurs, et en tout ce qui s'y rattache. Il ne jouit nullement de l'infaillibilité quand il parle comme docteur privé, comme simple évêque de Rome, ou qu'il s'adresse à un nombre plus ou moins considérable de fidèles, de diocèses ou de nations.

En résumé, "il ne suffisait pas aux fidèles d'avoir une règle muette et de posséder dans l'Ecriture la source même de la vérité qu'ib doivent croire.

Il ne suffisait pas non plus que la Tradition nous l'eût fidèlement transmise, et que, sur plusieurs points, elle eût suppléé au silence des Livres saints. Combien d'enfants seraient morts sans pouvoir se nourrir du pain de la parole de Dieu, si le Sauveur, en établissant son Eglise et en instituant des pasteurs, n'eût ménagé aux chrétiens des mains charitables qui pussent le leur dispenser et le mettre à la portée de tous. Combien qui, embarrassés par la difficulté des Ecritures et se perdant dans leur profondeur, se seraient trouvés accablés sous le poids même de la lumière ! Combien qui, dans les endroits difficiles à entendre, auraient été détournés du vrai sens par leur légèreté ou leur ignorance, et auraient trouvé leur ruine où ils ne devaient rencontrer que des moyens de sanctification, s'il n'eût été donné à l'Eglise de nous en procurer l'intelligence ! Combien qui, incapables de discerner les traditions, se fussent trouvés hors d'état d'en suivre le fil, et auraient couru le risque de prendre des opinions erronées pour dos traditions apostoliques, s'il n'eût été donné à l'Eglise d'en faire le discernement ! Quel aurait été pour les chrétiens le moyen de se garantir (l'une imprudente crédulité ou d'une présomption téméraire, si l'Eglise, en les fixant, ne Iw eût également éloignés de ces deux extrémités dangereuses, toutes deux également contraires à la foi, l'une de refuser de croire ce qui est constant, et l'autre de présumer sans preuves de ce qui est incertain ou obscur. Qu'aurions-nous donc été

sans le secours de l'Eglise et sans l'autorité qui lui a été donnée pour dissiper nos doutes ? Saint Paul nous l'apprend : nous aurions été des enfants flottants et indécis qui se laissent emporter à tous les vents des opinions humaines. En faut-il d'autres preuves que le triste état où sont réduits ceux qui ont abandonné l'antique foi de l'Eglise ? Ils ont secoué le joug de toute autorité en matière de foi, donnant pour raison qu'ils n'en voulaient suivre d'autre que celle de l'Ecriture, interprétée par les fausses lumières de leur esprit particulier '."

Un tribunal infaillible était d'absolue nécessité, non seulement pour la conservation de la vérité parmi les hommes, mais, comme nous venons de le voir, pour déterminer le sens des Livres divins, fixer notre foi. Si l'Eglise pouvait se tromper, elle n'aurait ni le droit, ni l'autorité nécessaire d'instruire les hommes, et la religion elle-même ou toute doctrine religieuse deviendrait illusoire, puisque Dieu s'en serait montré indifférent au point de n'avoir pris aucun soin d'en assurer une vraie.

Dieu pouvait bien livrer le monde aux disputes des hommes, mais non la foi.

"Il faut se borner, dit ici Fénélon à la religion naturelle fondée sur l'idée de Dieu et renoncer à toute loi surnaturelle et révélée, ou, si l'on en admet une, il faut reconnaître quelque autorité suprême qui parle à tout moment pour l'inter-

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