P. M. Mir, ■. i. L' Accord dr la Scimrr et d* la Fox
306 LA LXTlflÈBE VISIBLE
hostilité entre la science et la foi ; que le respect de la vérité révélée ne nuit en rien aux spéculations scientifiques les plus profondes, que l'on ne voit nulle part que l'homme de talent en ait eu moins pour avoir été religieux.
C'est même un fait reconnu et indéniable que les croyants l'emportent sur leurs adversaires, non seulement par leur nombre, mais surtout par leur intelligence et leur valeur morale.
Un protestant allemand, le docteur Dennert, ayant résumé les opinions religieuses de trois cents savants choisis parmi les plus renommés de ceux qui se sont illustrés pendant les quatre derniers siècles dans les sciences naturelles, botanique, physique, astronomie, biologie, physiologie, géologie, anatomie, etc., il arrive que sur ces trois cents savants nous comptons deux cent quarante-deux croyants, spiritualistes convaincus, pour qui l'accord entre la science et la foi n'a jamais été mis en doute^ et qui n'ont jamais constaté que leurs travaux contredisaient aucune des vérités religieuses.
Nous avons quelque chose de plus précis, tant il est vrai que "la science ne tue pas la foi, et la foi encore moins la science", selon que l'affirmait M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, dans son Eloge de Faraday :
"Parmi les constellations scientifiques du XIXe siècle, quels sont, se demande le soleil de Paris du 8 janvier 1911, les noms qui brillent du plus vif éclat ? La mémoire populaire en retient quatre : Ampère, Cauchy, Le Verrier et Pasteur.
Par suite d'une singulière rencontre, il se trouve que ces quatre savants de premier ordre professent nos croyances religieuses. Les sectaires de la libre-pensée n'ont jamais pu se consoler de ce phénomène. Quel humiliant démenti Pasteur, Ampère, Caucbj', Le Verrier n'infligent-ils pas aux primaires qui traitent l'Eglise de "puissance obscurantiste."
"Nos ennemis, ajoute ce même journal, n'ont vraiment pas de chance. Au début du XXe siècle, quel est le plus grand nom scientifique de l'Europe ? C'est encore un savant catholique : le docteur Branly, l'inventeur du télégraphe sans fil."
On ne peut trop le proclamer : "La science catholique contemporaine trône aujourd'hui audeasus de toutes les tentatives avortées, au-dessus des sarcasmes du matérialisme et de la libre-pensée."
J'admets, dira un raisonneur à demi-convaincu, j'admets, après toutes vos preuves et vos citations, citations, je le reconnais, de savants authentiquée et non d'amateurs d'hypothèses, de systèmes hasardés, qu'il n'y a pas et qu'il ne peut y avoir de contradiction entre les vérités naturelles et les vérités surnaturelles, puisque les unes et les autres ont pour auteur le même Dieu, qui est aussi l'auteur de la raison et de la foi ; mais que ditesvous de l'Eglise ? N'est-ce pas une opinion reçue dans un certain monde qu'elle oHt opposée au
progrès de la science ; qu'elle voit avec méfiance tout ce qui peut contribuer au développement intellectuel de l'humanité ; que soumettre l'entendement à l'autorité de la foi, dit-on encore, c'est restreindre la liberté de la science, c'est mettre des entraves au génie ?
Oh ! oui, je le sais. Que d'accusations n'a-t-on pas portées contre l'Eglise touchant l'instruction. Pendant des siècles, elle aurait, paraît-il, laissé les peuples dans l'ignorance. Les ténèbres du Moyen âge, l'Inquisition, l'Index, le procès de Galilée S le Syllabus, encore tout récemment la condamnation du modernisme, voilà plus qu'il ne faut pour troubler la sérénité d'âme de ces contradicteurs, qui ne connaissent de l'histoire de l'Eglise que ce qu'ils en ont lu dans certaines gazettes ou entendu dans les clubs.
On voudrait sans doute, pour satisfaire les exigences de ces critiques, que l'Eglise, lors de l'effondrement de l'Empire Romain, eût fondé des universités organisées comme celle de nos jours, un système d'enseignement à tous les degrés, comme celui que l'on voit fonctionner aujourd'hui.
L'Eglise avait d'abord à s'occuper d'évangéliser les peuples, et en particulier nos ancêtres barbares qui habitaient ou envahissaient alors l'Europe. L'évangélisation du monde, qui a toujours été sa mission propre, prenait alors tout son temps
1. Sentence portée par sept juges incompétents, non if ignée par le pape et que l'Eglise elle-même réforma plus tard.
et ses moyens d'action. Il fallait ensuite initier les esprits incultes de ce temps-là aux éléments de la civilisation avant de songer à orner leurs intelligences des avantages d'une science profane alors impossible, et qui le fut pendant nombre de siècles. L'Eglise aurait bien voulu aussi, transformation humainement impossible, supprimer l'esclavage d'un seul coup ; elle n'en a pas moins réussi à émanciper le monde sans le bouleverser. En tout cas, on ne peut nier que c'est à l'Eglise que l'on doit la conservation des lettres et des sciences pendant tout le Moyen-âge, dont certains parlent avec tant de mépris, la transcription des auteurs classiques et autres, qui formèrent alors le noyau de tant de bibliothèques dans les monastères de cette époque. Assurément, c'était déjà quelque chose, et même beaucoup pour le développement futur du progrès scientifique. De fait, si, lors de l'invasion des Barbares, l'élément intellectuel de civilisation laissé au monde par la civilisation latine ne périt point, ce fut grAce au Christianisme. "L'Eglise devint le port où furent sauvés les débris des lettres et des sciences." Les moinew n'ont pas seulement remis en culture les terres, autrefois fertiles, mais devenues incultes par les invasions et la misère des temps, mais ils copièrent les manuscrite, et par ce fait nous ont transmis les chefs-d'œuvre de l'antiquité, ont sauvé de l'oubli toute la tradition artistique des anciens. Les esprits les plus prévenus n'osent nier ce fait. "Dès le IV siècle, dit le protestant Guizot, Tétat intellectuel de la société
religieuse et celui de la société civile ne sauraient se comparer; d'une part, tout est décadence, langueur et inertie ; de l'autre, tout est mouvement, ardeur et progrès."
L'histoire de l'instruction publique à tous les degrés dans le haut Moyen-âge, lisons-nous dans un recueil soigneusement fait sur V Instruction publique en France avant la Révolution, est uniquement celle des efforts tentés par l'Eglise pour conserver les sciences et sauver la civilisation menacée.
Quel zèle, quelle ardeur apporte-t-on même, dans le siècle de Charlemagne, à la fondation d'écoles! Sans doute, on n'arrivait pas du coup à l'idéal ; mais on faisait ce qui était alors humainement possible*. On voit que les conciles, au milieu de ces temps troublés, où tout était à organiser, se préoccupaient de la question de l'enseignement et en recommandaient la diffusion à la sollicitude des pasteurs, et nombreux sont les centres d'instruction qui se fondèrent alors. Les prêtres, en instruisant les enfants, "ne devaient exiger aucun salaire et ne recevoir rien, excepté ce que les parents pourraient leur offrir volontairement et par reconnaissance." Longtemps avant la Réforme, le Catholicisme avait doté l'Allemagne d'écoles populaires, comme le reste de l'Europe ; il avait voulu que le clergé appelât à ces écoles les fils des
1. Le capitulaire d'un évèque de l'époque ordonne aux fidèle» "d'envoyer leurs enfante à l'école, et de les y laisser jusqu'à ce qu'ils soient sérieusement instruite." (Ernest La visse, Hxttc/ire d« France.)
serfs comme ceux des hommes libres ; que le clergé de chaque paroisse offrît aux pauvres l'enseignement gratuit ^"
Auguste Comte lui-même avoue que ''le catholicisme a été le promoteur le plus efficace du développement populaire de l'intelligence humaine."
Aux écoles primaires succèdent des collèges d'enseignement secondaire, où s'élève le niveau des études, toujours sous la direction du clergé. Avant 1789, la France comptait, pour une population de 25 millions, 562 collèges. L'organisation et la diffiusion de l'enseignement secondaire et primaire au Moyen-âge étaient simplement admirables. Le beau et savant ouvrage de M. Guiraud, professeur à la Faculté des lettres de l'Université , de Besançon : Histoire partiale et histoire vraie, nous fait voir ce qu'était ce merveilleux système d'enseignement.
De généreuses dotations rendent ces établissements florissants ; elles permettent de fonder des bourses et d'enrichir les bibliothèques publiques. Enfin, viennent en leur temps et dans le cours des choses possibles, les universités, si nombreuses et si florissantes, dès le Xle et le Xlle siècle, établissements tous fondés et maintenus par rp^glise. Les Papes les protègent et en encouragent la fondation, alléguant, entre autres motifs, "le devoir qui leur incombe de dissiper les ténèbres de l'ignorance et d'encourager l'en-
1. E. Rendu, inqwcteur séuérml d« TUoiveraitA. L' I lutruetion populaire don* fitfltwjm ém Nord.
seignement dans toutes les sciences," Dès le XIII siècle, on y enseignait les langues orientales ; et, en 1311, le Concile de Vienne rendit cet enseignement obligatoire pour les principales universités. La première collection formée pour l'histoire des sciences naturelles est due à un pape, saint Pie V, (1566-1572), et, déjà au XlIIe siècle, il existait au Vatican un jardin botanique et médical. Au XVIe siècle, l'Europe avait 64 Universités, dont 24 en France.
"Les professeurs avaient une réputation universelle. Les savants en tout genre que ces universités ont formés sont connus partout ; le nombre d'élèves était très considérable ; à Paris seulement, il atteignit le chiffre de 15,000\" Alcuin, Bède, Hincmar, Raban Maur et surtout Albert-le-Grand, Thomas d'Aquin, le moine anglais Roger Bacon, saint Bernard, n'étaient pas des esprits ordinaires. Que de découvertes et d'inspirations scientifiques la science moderne doit à ces éminents représentants du savoir à ce Moyen âge tant décrié par certains philosophes ! Que de noms illustres dans les arts protégés par les Papes, qui firent de l'Italie le musée universel de la peinture et de la sculpture !
Renan lui-même a écrit :
"Les écoles spéciales imaginées par la Révolution, les chétives facultées créées par l'Empire ne remplacèrent nullement le grand et beau sys-