‹ La lumière visibleChapitre 88 sur 89 · PaaxunelV · texte numérisé non relu

PaaxunelV

phète est celui qui a le mieux exposé par avance la vie et la paesion de Jésus-Christ, sa Résurrection et son Ascension. Aussi la plupart des vérités qui forment la base du Christianisme sont contenues dans les Psaumes. Ils reproduisent les mêmes traits de bonté, de douceur, d'humanité que ceux que nous lisons dans les pages du Nouveau Testament. C'est le même Père céleste qui, plein de tendresse pour ses créatures, compatit à leurs afflictions, qui se penche sur leurs infirmités pour les soulager et les guérir, d'où naissent la confiance, la vraie prière, l'entretien secret du cœur avec Dieu qui nous entend et nous répond, l'abandon entier dans la miséricorde du Seigneur. Si David n'a pas composé absolument tous le« psaumes qu'on lui attribue, la plus grande partie de ces chants sont de lui et ont trait à des circonstances particulières de sa vie. Poète et prophète, ses psaumes reflètent l'image vivante de son âme. Ce qui en fait le charme, c'est la foi, piété ardente, trndressp d'âme, confiance sans limites, troubles profonds et anxiétés de cœur, crises de conscience, acceiit.s de rept»ntir et de résignation, toutes les xpresHions du sentiment religieux, tel qu'il s dû .V. *' st^T dans une vie que marquèrent tant

d ' I lits «'t «l'épreuve.-?.

David conii i ^.ir<l<r. dans la campagne

(le Bethléem, [Maux do son père. I^' jeune

f)àtre ne revenait pas tous les soirs à la maison paternelle, ayant à veiller sur son troupeau et à le

mener au pâturage. Le ciel de la Palestine est d'une pureté exceptionnelle. La multitude des étoiles y apparaît avec un éclat et une splendeur incomparables. Les merveilles de la création, la solitude, le spectacle des astres, firent de David une âme méditative et un poète. Un soir, alors que le jeune berger a rassemblé son troupeau pour la nuit, que le ciel est brillamment étoile, que le silence le plus profond a envahi la campagne, que la présence du Seigneur semble envelopper toute la nature, David prend son instrument, son kinnor, qu'il s'est fait lui-même, sorte de harpe à plusieurs cordes, en bois de cèdre et d'olivier, d'une douceur extrême, et chante la grandeur de Dieu et sa bonté pour l'homme :

"O Dieu, notre souverain Maître, que ton nom est grand par toute la terre ! Ta gloire s'élève audessus des cieux. Tu tires ta louange de la bouche même des enfanta et de ceux qui sont à la mamelle, en dépit de tes ennemis, pour confondre l'adversaire le plus acharné. Quand je contemple ce firmament, ouvrage de tes doigts, cette lune et ctes étoiles que tu as créées : Qu'est-«e que l'homme, m'éorié-je, pour que tu te souviennes de lui ? et le fils de l'homme pour que tu le visites ? Tu l'as fait un peu inférieur à Dieu ; tu l'as couronné de gloire et d'honneur. Tu lui as donné l'empire sur les œuvres de tes mains ; tu a mis à ses pieds la création tout entière, les brebis et les bœufs, les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, les poissons de l'abîme et tout ce qui parcourt les

sentiers des mers. . . O Dieu, notre souverain Maître, que ton nom est grand par toute la terre !" Ce chant est le psaume VIII, d'un sentiment religieux si profond, d'une beauté littéraire si remarquable.

Un autre jour, alors que le soleil dans tout son éclat anime, vivifie, colore et embellit la nature, David chante les bienfaits de Dieu :

"Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie l'œuvre de ses mains. Le jour transmet au jour ce message, la nuit l'annonce à la nuit. Cette parole, ce langage, tous l'entendent, tous la comprennent. L'éclat en retentit par toute la terre, et jusqu'aux extrémités du monde Là, il a dressé une tente pour le soleil, et le soleil, comme l'époux qui sort de la chambre nuptiale, s'élance triomphant dans sa carrière. Il se lève à une extrémité du ciel ; il achève sa course à l'autre extrémité ; rien ne se dérobe à sa chaleur . . . (Ps XIX).

Sa confiance en Dieu ne connaît point de bornes :

"Jéhovah est mon pasteur, rien ne me manquera. Il ino fait reposer dans de gras pâturages ; il me conduit le long de paisibles ruisseaux. Il ranime mon âme, il me guide en faveur de son noiri, dans le sentier de la justice. Dussé-je marcher dans la vallée des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu eè avec moi. Ta ' et ton bôton me consolent. Tu as dressé

yeux une table, à la vue de mes ennemis ; tu as répandu sur ma t^te une huile précieuse, et

ma coupe déborde. Ta bonté et ta miséricorde me poursuivent tous les jours de ma vie ; et j'habiterai éternellement dans la maison du Seigneur." (Ps XXII).

Voici un hymne, le psaume CIV, qu'on a appelé "le cantique des miséricordes du Seigneur", petit poème de toute beauté, et dans lequel David exalte, avec un sentiment profond de la nature, les œuvres de la puissance créatrice, et chante les attentions de la divine Providence à l'égard de tous les êtres sortis de ses mains. Ce psaume est un écho poétique du récit de la Genèse touchant la création :

"O mon ^me, bénis le Seigneur !

"Seigneur, mon Dieu, que tu es grand ! Tu e« revêtu de gloire et de majesté.

"Dieu se couvre de la lumière comme d'un manteau ; il déploie les cieux comme une tente, il entoure d'eau ses appartements secrets, il fait son char des nues ; il est porté sur les ailes du vent. Les autans sont ses messagers et les flammes brûlantes ses ministres.

"Il affermit la terre sur ses bases : elle ne sera jamais ébranlée. . . L'abîme l'enveloppait comme un vêtement et les eaux se balançaient sur la cime des montagnes. A ta menace. Seigneur, elles ont fui ; au bruit de ton tonnerre, elles se sont écoulées rapidement. Les monts se sont élevés et les vallées sont descendues aux lieux que tu leur as fixés. Tu as posé des bornes que ces eaux ne franchiront pas : elles ne reviendront plus inonder la terre.

"Dieu a converti les sources en torrents qui se précipitent à travers les montagnes ; elles désaltèrent toutes les bêtes des champs, et l'onagre étanche sa soif. L'oiseau du ciel habite sur leurs bords et chante sous le feuillage.

"Du haut de son séjour, Dieu arrose les monts ; la terre se rassasie du fruit de ses œuvres. Il fait germer la verdure pour les animaux et l'herbe pour les serviteurs de l'homme, afin qu'il tire son pain de la terre. Le vin réjouit le cœur de l'homme et fait briller son visage plus que l'huile ; le pain soutient ses forces. Les arbres sauvages, les cèdres du Liban que lui-même a plantés trouvent aussi leur subsistance. Les petits oiseaux bâtissent là leurs nids ; la cigogne établit sa demeure dans les sapins. Les hautes montagnes recèlent le chamois et les rochers sont la retraite du lièvre. La lune est faite pour marquer les saisons, et le soleil connaît le lieu de son coucher. Viennent les ténèbres, et la nuit se forme, durant son cours, toutes les bêtes des forêts se répandent et les lionceaux rugissent après leur proie, demandant à Dieu leur pâture ; au lever du soleil, ils rentrent, ils se couchent dans leurs tanières. Alors l'homme sort pour ^on labeur et travaille jusqu'au soir.

"Que tes œuvres sont grandes, ô Dieu ! Tu as tout fait avec sagesse ; la terre est pleine de tfs dons. Cette mer immense qui étend au loin ses bras nourrit des poiseomi sans nombre, petits et grands. Là voguent lee vaiaseaux ; là est la baleine que tu as créée pour se jouer dans son sein.

Tous ces êtres se tournent vers toi, afin que tu les nourrisses au temps marqué. Tu leur donnes, ils recueillent ; tu ouvres ta main, ils se rassasient de tes dons. Caches-tu ton visage, ils se troublent ; leur retires-tu le souffle, ils expirent et rentrent dans leur poussière. Tu envoies ton esprit, ils renaissent, et tu renouvelles la face de la terre. "Que Dieu soit à jamais glorifié ! que Jéhovah se réjouisse dans ses œuvres ! Il regarde la terre, elle tremble ; il touche les montagnes, elles fument. Je chanterai Jéhovah tant que je vivrai ; jusqu'à mon dernier soupir, je célébrerai mon Dieu. Sa louange me plaît, je me réjouis en lui. Que les pervers disparaissent de dessus la terre ; que les impies ne soient plus.

"O mon âme, bénis le Seigneur." Plus tard, après bien des siècles, par une autre nuit et un firmament rayonnant d'étoiles, ces mêmes prairies de Bethléem répétèrent les échos d'un autre cantique, chanté cette fois par toute une troupe céleste sur des harpes du ciel. C'était à l'occasion de la naissance de Celui qui venait réaliser en sa personne tout ce qui avait été prédit de lui, suivant l'annonce qu'en firent les anges aux bergers.

C'est pendant l'époque de sa vie pastorale que David fut sacré roi de Juda par Samuel à la place de Saûl.

On sait la suite de l'histoire de David, son séjour à la cour de Saûl, attaqué d'une maladie qui l'agi-

tait d'une manière extraordinaire et dont il calmait les sens par la mélodie de ses instruments ; la jalousie que sa victoire sur le géant Goliath et la faveur que lui témoignait le peuple, suscita dans l'âme de ce prince ; les persécutions qu'il eut à soufiFrir et où sa vie fut exposée plus d'une fois ; son exil, qui dura jusqu'à la mort de Satll, malheureux roi que l'esprit de Dieu avait abandonné ; la célèbre amitié qui l'unissait à Jonathas, le âls de Ron persécuteur. La mort de Saûl et celle de Jonathas, tués à la bataille de Gelboé, lui inspirèrent un chant funèbre le plus beau en ce genre que nous puissions lire dans tous les livres historiques de l'Ecriture. Devenu roi, il choisit Jérusalem pour capitale de son royaume, y fit amener l'Arche d'Alliance au milieu de transports d'allégresse, vainquit les Philistins, les Moabites, et mit une partie de la Syrie sous sa puissance. Plus tard, il eut à subir la plus cruelle épreuve qui puisse atteindre un père dans sa tendresse pour un fils, pourtant bien coupable. Aussi, pleura-t-il dans une inconsolable douleur la mort de son propre fils Absalon, qui avait poussé l'audace jusqu'à lever l'étendard de la révolte contre son père et à lui Uvrer bataille. Jouissant du calme et de la paix et confus d'habiter un riche palais pendant que l'arche du Seigneur était sous les tentée, il résolut de lui élever un temple magnifique pour l'y déposer, projet dont l'accomplissement fut réservé à son fils Salomon. On se rappelle encore le péché qui flétrit la gloire du grand roi, et dont le prophète Nathan alla lui

reprocher la gravité. La blessure fut profonde ; mais son repentir, ses pleurs, finirent par lui obtenir son pardon. Ses gémissements forment la matière du psaume 50, que répète encore l'humanité et qu'elle redira jusqu'à la fin des temps : "Aie pitié de moi, Seigneur, suivant ta bonté ; efface mes fautes, vselon la grandeur de tes miséricordes. Lave-moi de plus en plus de ma souillure, purifie-moi de mon crime, car je reconnais mes iniquités et mon offense est sans cesse devant moi."

"Quoique à plus de trois mille ans de date, on goûte encore un plaisir immense à lire ses cantiques sous le ciel qui les vit éclore . . . On ne sent tout le prix de ses images, toute la vérité de ses couleurs, toute la profondeur de ses allusions ; on ne comprend, en un mot, toutes ses beautés qu'au sein des accidents qui, jadis, ont environné l'intelligence de l'auteur. . .

"C'est ainsi qu'un pauvre Italien dépaysé nous intéresse peu, dans nos cités françaises, avec sa mandoline. Mais si vous le voyiez comme je l'ai vu moi-même sur l'un de ces beaux golfes de sa patrie, balancé dans une gondole légère aux molles ondulations d'une mer à peine soulevée par la brise, mêlant les accords de son instrument au vague et long murmure des ondes sur la grève, soupirant seul enfin sa lointaine mélodie dans le mystérieux silence des nuits ; c'en est fait : à vos yeux c'est un homme tout nouveau ; la scène sublime qui l'environne lui donne un caractère tout

à la fois poétique et plus solennel. Il fut pour vous autrefois un insignifiant étranger, et le voilà presque maintenant pour votre imagination le dieu dn l'harmonie ou lo pontife de la nature ^"

Voici, au sujet dos psaumes, la lettre qu'écrivait le P. Lacordairo :\ un jeune homme à qui il voulait du bien :

"Que votre psautier vous accompagne partout comme un ami fidèle, Eln quelque situation que la Providence vous jette, David vous y a précédé. Serez-vous pauvre ? David fut berger. Serezvous soldat ou capitaine ? David a vécu dans les camps et son heureuse épée a dicté la victoire dans la guerre civile et dans la guerre étrangère. Serezvous l'hôte d'un palais et l'ami des rois ? David a pratiqué les cours, il en a connu les ingratitudes. Serez-vous trahi, persécuté ? David le fut avant vous, il erra longtemps dans l'exil, incertain deson sort. Aurez-vous - le bonheur de rencontrer une âme qui se donne à la vôtre ? David aima Jonathas et fut aimé de lui. Serez-vous fidèle à Dieu ? David le fut. Serez-vous pécheur ? David le fut.

"Les revers vous précipiteront-ils du faîte de la fortune aux extrémités de la misère ? David s'enfuit devant la trahison d'un fils et la fortune ne lui revint que sur le cadavre de l'enfant qu'il voulait sauver. Il n'y a paa dans la vie de l'hom-

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