‹ La lumière visibleChapitre 87 sur 89 · J.-B. Sdcu««. De ta tUttrmturt dm HébMu · texte numérisé non relu

J.-B. Sdcu««. De ta tUttrmturt dm HébMu

que. Nul recueil ne peut être comparé sous ce rapport à celui des Psaumes pour l'élévation des sentiments, la profondeur de la piété, l'éclat du IjTisme, l'intime union du poète avec Dieu. On sait que David eut le glorieux privilège d'être l'un des ancêtres du Messie.

On admire les beautés littéraires et surtout le sublime du style hébreu de l'Ancien Testament, particulièrement dans les psaumes et les prophètes. En effet, les plus belles odes de Pindare n'en supportent pas la comparaison. Chateaubriand, de Maistre, de Bonald, lord Byron, Lamartine, Mgr Dupanloup, Mgr Plantier, Louis Veuillot, nous ont laissé des pages émues sur le style des écrivains bibliques, qui emprunte à la grandeur des sujets traités et aux scènes de la nature un éclat extraordinaire, et pourtant ils n'avaient lu de la Bible que des traductions, et l'on sait tout ce que perd un texte rendu dans un idiome étranger. Je ne reproduirai ici cependant sur la poésie des Livres saints que les témoignages de quelques auteurs que signale M. l'abbé Verniolles dans ses Récits bibliques et leurs beautés littéraires .

"Le jeune Bossuet, raconte Maury, était déjà en rhétorique et connaissait tous les historiens et les poètes de la Grèce et de Rome, quand le hasard offrit la Bible à ses yeux dans le cabinet de son père. Il en lut avidement quelques pages, et, en parcourant ce livre divin, son ême fut saisie d'un enthousiasme qu'il n'avait pas connu

jusqu'alors. Toutes les splendeurs de la littérature profane pâlirent à ses yeux devant ces grandes images et ces hautes conceptions."

On sait avec quels accents d'admiration l'évéque de Meaux a parlé de la poésie, de l'éloquence et de la suavité des psaumes. On peut appliquer aux autres parties de l'Ecriture presque tout ce qu'il a dit des psaumes : "Je n'aime point les fables, écrivait-il à Santeuil ; nourri dès longtemps de la sainte Ecriture, qui est le trésor de la vérité, je trouve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain."

"Dans les temps, dit-il ailleurs, où les histoires profanes n'ont à nous conter que des fables, l'Ecriture, qui est sans contestation le plus ancien livre qui soit au monde, nous ramène, par des événements précis, et par la suite même des choses, à leur véritable principe, c*e3t-A-dire à Dieu qui s tout fait, et elle nous marque distinctement la création de l'univers et celle de l'homme en particulier."

Ecoutez inaijiteuant Fénelon, qui pourtant goûtait beaucoup les auteurs profanes :

"Pour sentir l'éloquence de l'Ecriture, dit-il dans ses Dialogues, rien n'est plus utile que d'avoir le goût de la simplicité antique : la lecture des auteurs grecs sert beaucoup à y réussir. Mais l'Ecriture les surpasse tous infiniment en naïveté, en vivacité, en grandeur. Jamais Homère même n'a approché de la sublimité de Moïse dans ses CatUiqueê. Jamais nulle ode grecque ou latine

n'a pu atteindre à la hauteur des psaumes. Jamais Homère ni aucun poète n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu, aux yeux duquel les royaumes ne sont rien et l'univers n'est qu'une tente qu'on dresse aujourd'hui et qu'on repliera demain . . . Qu'il a-t-il dans l'antiquité profane de comparable au tendre Jérémie déplorant les malheurs do son peuple, ou à Nahum voyant de loin tomber la superbe Ninive sous les efforts d'une armée innombrable ? Lisez encore Daniel dénonçant à Balthasar la vengeance de Dieu toute prête à fondre sur lui, et cherchez quelque chose de comparable dans les sublimes originaux de l'antiquité."

On se rappelle l'enthousiasme de La Fontaine, qui fut comme ravi hors de lui-même après avoir lu le prophète Baruch : Dans la Bible, a-t-il écrit quelque part, vous trouvez plus d'élévation, de majesté, de force, que n'en ont eu jamais les Homère et les Virgile.

"Le Cantique de Moïse, dit RoUin, surpasse tout ce que les profanes ont de plus beau dans le genre. Virgile et Horace, les plus be^ux modèles d'éloquence poétique, n'ont rien qui en approche. Virgile me paraît tout de glace. Moïse tout de feu." On sait que Laharpe, emprisonné sous la Terreur, fut converti par la lecture de la Bible : Quand même, dit-il, les poèmes de Moïse, de David et d'Isaïe, nous auraient été transmis que comme des productions purement humaines, ils seraient encore, par leur antiquité et leur originalité, dignes de toute l'attention des hommes qui pensent, et

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par les beautés uniques dont ils brillent, dignes de l'admiration de tous ceux qui ont le sentiment du beau. . . On a vu les plus déterminés ennemis de la religion révérer comme poètes ceux qu'ils rejetaient comme prophètes, et Diderot laissait à la Bible une place d'honneur à côté d'Homère."

"Dans les Livres saints, dit Maury, on trouve des pensées si sublimes, des sentences si profondes, des faits si extraordinaires et si frappants, des expressions si énergiques et si hardies, des images si éclatantes et si variées, des tableaux si pittoresques, des élans si pathétiques, qu'il faudrait se les approprier par intérêt et par goût, si l'on était assez malheureux pour ne point les rechercher par principe et par devoir."

Je citerai encore l'auteur de VEtsai sur l' indifférence, Lamennais, dont la chute si déplorable attrista l'Eglise tout entière :

"En lisant les écrivains sacrés, dit-il, on voit que le doigt de Dieu a touché leurs lèvres . . Quelle force ! quelle profondeur ! quelle richesse d'images ! quels regards jetés jusqu'au fond de la nature humaine ! Qui a mieux senti nos misères ? qui a mieux connu sa grandeur ? On entend des j>lainte8 déchirantes sur le sort des enfants d'A- <lam, je ne sais quoi de funèbre enveloppe leurs destinées. . . Et tout à coup une voix d'espérance s'élève et (Jomine cette voix de douleur. L'œil du prophète a découvert le salut dans l'avenir. Sion tressaille d'allégresse ; elle relève sa tète couverte de cendres, et salue, par ses chajl^ de

joie que l'univers redira, le Libérateur qui s'avance.

"Tout ce qu'il y a de doux et de tendre, de terrible, de sublime, ne le cherchez point ailleurs que dans l'Ecriture. Ravis au-dessus du temps, les écrivains sacrés semblent le discerner à peine dans l'éternité que leur pensée habite. Si les cieux ressemblent à un pavillon qu'on dresse le matin et qu'on enlève le soir ; si le vent de la colère divine emporte toute la milice du ciel comme une feuille desséchée, qu'est-ce donc que l'homme ? "Un esprit qui s'en va et ne revient point ; ses " jours sont comme l'herbe, sa fleur est comme " celle des champs : un souffle passe, et il n'est "plus."

"Des chants pleins de douceur, des hymnes d'une beauté sublime, reposent l'âme effrayée par les sombres tableaux des Prophètes. Quelquefois on entend comme une voix du ciel, comme le son ravissant du concert des anges ; quelquefois l'oreille est soudain frappée d'un bruit sinistre ; elle a entendu dans la nuit comme les soupirs de l'abîme."

Ecoutons maintenant Mgr Plantier, qui a écrit tant d'éloquentes pages sur les beautés poétiques des Livres saints :

"Les incrédules eux-mêmes, dit-il, avouent qu'ils aiment avec délices ces récits primitifs de la Genèse, inimitables de merveilleux et de fraîcheur, ces patriarches à la tête neuf fois séculaire, promenant de ça et de là leurs tentes et leurs familles vagabondes, traitant avec les monarques, con-

versant et luttant avec les anges, s'entretenant avec la Divinité même, qui tour à tour leur apparaît au désert sous la forme d'un voyageur, ou se révèle à leurs regards dans l'éclat de sa majesté. Ils avouent que nul n'a jamais chanté comme David ; que, sur la lyre de ce poète, toutes les vibrations du cœur trouvent des notes qui leur répondent ; que si, dans quelques-uns de ses accords, on croit surprendre un suave écho des mélodies éternelles, il en est d'autres où vous semblez entendre la voix des grandes eaux et le roulement du tonnerre grondant au loin sur le vague des solitudes."

Une dernière citation, de Donoso Cortès, qui, en 1848, avait pris la Bible pour sujet de son discours de réception à l'Académie de Madrid :

"... La Bible renferme les modèles de toutes les tragédies, de toutes les élégies et de toutes les lamentations ; elle renferme aussi le modèle inimitable de tous les chants de victoire. Aucune voix n'égalera jamais celle de Moïse, ou celle de Débora, célébrant les triomphes du Dieu d'Israël. Si nous cherchons des modèles de poésie lyrique, il n'y a point de lyre comparable à la harpe de David, l'ami de Dieu, qui entendait les concerts des harpes angéliqucs. Si nous cherchons des modèles de la poésie bucolique, nous n'en trouvons point d'aussi frais et d'aussi purs qu'à l'époque des patriarches. . . Aussi tous ceux qui ont senti dans leur poitrine la flamme inspiratrice d'en-haut, tous sont allée apaiser leur soif aux

sources bibliques,80urces inépuisables, qui forment tantôt des torrents impétueux, tantôt des fleuves larges et profonds, tantôt des cascades retentissantes, et tantôt des lacs transparents et limpides." Je pourrais continuer ces témoignages, mais les auteurs que je viens de citer suffisent pour faire voir en quelle estime est tenue la Bible par ceux qui s'y entendent en fait de beautés littéraires. Il ne me reste qu'à avouer que cette partie de mon travail ne m'a pas coûté beaucoup de peine ni beaucoup d'invention. Quand les autres parlent si bien, comme dit lui-même M. l'abbé Verniolles, pourquoi ne pas se taire et leur laisser la parole jusqu'au bout ?

David n'est pas seulement le roi-prophète, mais le roi-poète de la Bible. Il est l'auteur des Psaumes ; la tradition juive lui en a toujours attribué l'origine, du moins pour la plupart d'entre eux.

Une des parties essentielles des cérémonies religieuses, du temps de David, consistait dans le chant des hymnes sacrées, accompagné du jeu des instruments. Le service musical organisé sous son règne était confié aux lévites. Le peuple prenait part au chant en répondant par le refrain ou en poussant des acclamations.

"La Bible, dit le comte de Maistre, renferme une foule de prières ; mais elle renferme, dans ce genre, le livre des livres, le livre par excellence et

qui n'a point de rival, celui des Psaumes. Le premier caractère de ces hymnes, c'est qu'elles prient toujours. Lors même que le sujet d'un psaume paraît accidentel, toutes les pensées et tous les sentiments du Roi-F*rophète se tournent en prières, il n'y a pas une ligne qui n'appartienne à tous les temps et à tous les hommes. . . Quelquefois on l'entend deviner en quelques mots tout le Christianisme. "Apprends-moi, dit-il au Seigneur, à faire ta volonté, parce que tu es mon Dieu." Quel sage de l'antiquité a jamais su que la vertu n'est que l'obéissance à Dieu ?

"Que ces pages, dit ailleurs le Prophète, soient écrites pour les "générations futures." — David a été exaucé, parce qu'il n'a chanté que l'Etemel ; ses chants participent de l'Eternité ; les accents enflammés, confiés aux cordes de sa l)rre divine, retentissent encore, après trente siècles, dans toutes les parties de l'univers. La synagogue conserva les Psaumes, l'Eglise se hâta de les adopter, la poésie de toutes les nations chrétiennes s'en est emparée, et depuis plus de trois siècles le soleil ne cesse d'éclairer quelques temples dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrées."

"Les Psaumes, en effet, ajoute le cardinal Mathieu, forment l'aliment quotidien des Ames pieuses et l'inépuisable sujet de leur admiration. Les pensées sublimeN, les sentiments pathétiques, les images extraordinaires qui les remplissent, la religion profonde dont ils sont pénétrés, les grands éclairs qu'ils projettent sur l'infini de Dieu et la

misère de l'homme nous élèvent et nous attendrissent, et le temps a respecté la beauté de ses strophes immortelles que les lèvres des prêtres et celles des religieux murmurent nuit et jour avec une édification persévérante."

De quels élans, mon Dieu,s'écrie saint Augustin, m'emportaient vers vous ces Psaumes et de quelle flamme ils me consumaient pour vous ! Je brûlais de les chanter à toute la terre. Je vous ai invoqiié et vous m'avez entendu, Dieu de ma justice. J'étais dans la tribulation et vous m'avez dilaté. !

Les Psaumes ont donc un caractère religieux par leurs sujets, même lorsqu'ils s'adressent à Dieu lui-même ou qu'ils exaltent ses attributs, sa puissance, son action providentielle sur le monde. S'ils racontent l'histoire du peuple choisi, ils rendent grâce à la protection de Jéhovah ; chantent-ils les merveilles de la création et les phénomènes de la nature, c'est pour en rapporter la gloire au créateur et souverain seigneur de toutes choses.

La doctrine que ces chants sacrés exprime est celle du plus pur monothéisme. Le Dieu dont il s'agit ici est le même Dieu que celui d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, un Dieu personnel, un Dieu vivant, dont la providence veille sur le monde, et qui se met en communications étroites avec Thomme, qu'il a créé à son image. L'idée messianique, l'attente du Rédempteur se précise et le Roi-Pro-

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