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du genre humain fut créé à l’état parfait, non moins pour l’âme que pour le corps. Il devait posséder la science nécessaire à la direction non seulement de sa propre vie physique et morale, mais à celle des autres hommes dont il devait être le père et qui attendaient de lui la somme de connaissances requise dans la réalisation de leurs destinées providentielles. Cette science surnaturelle qui ornait l'intelligence de l’homme dès les premiers jours de son existence, nous est manifestée par le sens profond d’un texte de la Genèse. Dieu, y est-il dit, faisant passer devant Adam toute la création, les oiseaux du ciel, les bêtes de la terre et les plantes qui croissaient autour, Adam leur donna un nom, et le nom qu'il donna fut le nom de chacune, c'est-à-dire le nom qui convenait à leur essence. Mais, pour tomber si juste, pour donner ainsi à chaque oiseau, animal ou plante le nom qui l’exprimait au point de lui être comme naturel, il fallait qu’Adam eût une connaissance parfaite de la nature et de la propriété des êtres.
Que l’homme soit né dans un état de barbarie et se soit élevé pendant de longues séries de siècles de l’état sauvage à l’état de civilisation où nous le voyons aujourd’hui, n’est qu’une hypothèse, non seulement contraire à la tradition de tous les peuples, mais que les faits contredisent. Si les premiers hommes avaient, comme quelquesuns le supposent, débuté au sein des forêts, à la façon des animaux, ils y seraient encore, à
moins qu’ils ne se fussent entre-dévorés les uns les autres. Les voyageurs, les missionnaires, les Savants qui ont eu occasion d'étudier le problème de l’homme sauvage, concluent que s’il lui était donné de retracer son ascendance, il reconnattrit qu'il provient non d'individus plus dégradés et plus voisins des brutes, mais d’autres hommes plus civilisés que lui.
“L'état sauvage a-t-il été l'état primitif de notre espèce ?” Voici, relativement à cette question, le raisonnement de quelqu'un qui mérite d’être écouté :
“Les philosophes du dix-huitième siècle, dit Benjamin Constant, se sont décidés pour l’affirmative avec une grande légèreté.
“Tous leurs systèmes religieux et nolitiques partent de l'hypothèse :’une race réduite primitivement à la condition des brutes, errant dans les forêts, et s’y disputant le fruit des chênes et la chair des animaux ; mais si tel était l’état naturel de l’homme, par quels moyeas l’homme en serait-il sorti?
‘“ Les raisonnements qu'on lui prête pour lui faire adopter l’état social ne contiennent-ils pas une manifeste pétition de principe? Ne s’agitentils pas dans un cercle vicieux? Ces raisonnements supposent l’état social déjà existant. On ne peux connaître ses bienfaits qu'après en avoir joui. La société, dans ce système, serait le résultat du développement de l'intelligence, tandis que le développement de l'intelligence n’est luimême que le résultat de la société.
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‘“’Invoquer le hasard, c’est prendre pour une cause un mot vide desens. Le hasard ne triomphe point de la nature. Le hasard n’a point civilisé des espèces inférieures qui, dans l'hypothèse de nos philosophes, auraient dû rencontrer des chances heureuses.
“La civilisation per les étrangers laisse subsister le problème intact. Vous me montrez des maîtres instruisant des élèves, mais vous ne me dites pas qui a instruit les maîtres : c’est une chaîne suspendue en l'air... 1,”
L'expérience et l’histoire nous prouvent invariablement que le sauvage ne peut remonter, ne peut se civiliser qu’à l’aide d’un agent extérieur, de circonstances favorables, par le secours des civilisés ; laissé à lui-même, il ne tend qu’à disparaître.
“Pour qu'il se relève, dit encore l’auteur que nous venons de citer, il lui faut l’arrivée d’une race: supérieure ; et encore ne parvient-elle pas toujours à le relever. Ces hommes qui taillaient la pierre et le silex, ce n'étaient pas les hommes primitifs ; c’étaient des hommes dégénérés, des tribus suvages échappées au grand foyer de lumière, l'Orient. Elles sont restées là, jusqu’à ce que d’autres tribus se soient emparées de leurs terres et, en échange de leur servitude, leur aient apporté le fer, le bronze, tous les arts. Puis d’autres tribus, plus civilisées encore, devinrent maîtresses