Sap
primitif retrouvés, en même temps que ses ossements, sont des restes de l’homme déchu.
Le poète Lucrèce, résumant, dans une page | célèbre, les traditions de ses devanciers sur l’état L misérable de nos premiers ancêtres, les représente vivant dans les cavernes, ou au sein des forêts, ne connaissant l’usage ni de la charrue, ni des étoffes, ni des métaux. La déchéance de la nature humaine a, en effet, laissé un douloureux souvenir dans les traditions de tous les peuples, mais c’est la Genèse qui nous en donne l’explication la plus fidèle dans l’histoire du père du genre humain.
Cette croyance à un âge de bonheur et d’innocence de l’humanité primitive était commune aux Aryas et aux Sémites. Vouloir aujourd’hui nier la félicité originelle serait s'inscrire en faux contre ces anciennes traditions, qui toutes font allusion à l'arbre dont le fruit donne la mort, à la première femme en rapport avec un serpent, cause de la chute et des malheurs de l'humanité.
“L'homme a la conscience d’avoir été condamré. Jamais, nulle part, il n’a radicalement oublié le lieu de son bonheur. Jamais il n’a radicalement oublié les ombrages du paradis et le parfum de ses roses. Toujours et partout il a levé la tête, il a regardé, cherchant qui ouvrirait le livre fermé. Toujours et partout il a voulu rétablir, entre le ciel et la terre, le lien désiré. Toujours et partout il a eu faim et soif de la chair et du sang d’un médiateur. Toute l'antiquité est un cri, un cri qui
appelle. L'homme appelle du fond de ses entrailles, —et l’Inde, et la Grèce, et tout le paganisme, sous toutes les formes qu’il a revêtues, rendent témoignage à la vérité perdue, et à la vérité attendue. Ils lui rendent le triple témoignage du souvenir ; car jamais les traditions n’ont disparu, elles auraient emporté avec elles le cœur de l’homme ; du souvenir égaré, car les traditions, en dehors de la Judée, portent toujours le caractère de l’impuissance et de la terreur: du souvenir obstiné, car, malgré les délais, maigré les retards, malgré l’absence de Celui qui est le désiré des collines éternelles, le désir persiste au fond du souvenir, et l’homme ne peut pas y renoncer!” Ces regrets, ces vœux, ne viendraient pas naturelle. ment à l'esprit de l’homme s’il n’y avait pas eu effectivement une perte, un changement, un ancien état détruit.
C’est particulièrement chez les Babyloniens et les Chaldéens que se retrouve le souvenir le plus vif de la tragédie primitive. Voici, par exemple, comment un antique cylindre babylonien reproduit la scène dela tentation. On y voit un arbre dont les rameaux s'étendent horizontalement et d’où pendent deux gros fruits. Des personnages un homme et une femme, sont assis, face à face, de chaque côté de l'arbre, la main tendue vers les fruits ; le serpent, c’est-à-dire le démon sous la forme symbolique du serpent, est là, qui se tient