F. Vigouroux, Les Livres Saints
même de Moïse. Les attestations de Josèphe, de Philon, d’Esdras, de Néhémie à cet égard, sont des plus formelles, de même que l’enseigne-
ikment du Talmud, cet antique recueil de toutes
es traditions judaïques. Le livre de Josué, Æantérieur au règne de Saûl, cite “le livre de la @oi de Mcise” en plus d’un endroit. Cette afiirmation perpétuelle et unanime des Ju:fs, comme le sera plus tard celle des chrétiens pour l'Evangile,
4Blest le témoignage le plus manifeste, témoignage
Mque tous peuvent saisir et apprécier, de l’authen- Jticité et véracité de l’Ancien Testament. On ne peut pas plus séparer le judaïsme de Moïse qu’on peut expliquer le christianisme sans l'Evangile.
es Samaritains, que différents points de religion distinguaient entièrement des Juifs, n'avaient Mpss moins de respect que ceux-ci pour le Pentaeuque, le tenant pour l’œuvre de Moïse. Ce n’est ertainement pas après leur séparation qu'ils Mfauraient accepté ces livres des Juifs. Cette pos- Msession est de date bien antérieure, du temps de leur commune existence.
Nous lisons dans le Deutéronome que ‘Moïse écrivit cette loi et la remit aux prêtres, enfants de Lévi, qui portaient l'arche d'alliance de éhovah et à tous les anciens d'Israël.” Le Deuéronome est un abrégé des quatre premiers livres du Pentateuque, et il est probable que le mot “loi” ici signifie les cinq livres de Moïse.
De plus, le Pentateuque ne décrit pas seulement le culte du peuple juif, il contient encore
son code civil et pénal. Or, peut-on admettr
qu’un peuple puisse être trompé sur l’auteur d* sa législation et de son culte au point de lui faire accepter comme ancien et depuis longtemps eï usage un code qui aurait été de date récente et précédemment inconnu? Le faussaire qui aurai. été assez téméraire pour supposer un pareil livre A à une époque quelconque, après la mort de Moïse “ eût été facilement confondu et un cri universe* se serait élevé pour flétrir une semblable impos-* ture. La tradition du peuple est donc une preuve“ incontestable de l'authenticité du Pentateuque* et si l’on pouvait élever le moindre doute sur cel sujet, il ne resterait plus aucun livre dont on ne à 'ût contester l’auteur. ?
Au 18e siècle, Voltaire et les philosophes trou: vaient cocasse l’idée que Moïse eût pu écrire leh Pentateuque, pour la bonne raison que, de sonk temps, disaient ces savants critiques, les Hébreux! ne savaient ni lire ni écrire. C'était pour eu Ê une objection suprême. On ne savait pas alonk que les Egyptiens pratiquaient l'écriture et cekl de longs siècles avant Moïse. C’est ce que nouË ont appris depuis les égyptologues, grâce à leur merveilleuses découvertes archéologiques et au déchiffrement des hiéroglyphes. Or, personnek n'ignore que les Hébreux habitaient l'Egypte avant leur départ pour la Palestine, et que Mois né aussi en terre égyptienne, fut élevé à la cou & du Pharaon et “qu'il acquit la science de son temps”, une éducation littéraire, comme nous
æ dirions aujourd’hui, en commençant d’abord en ce temps-là comme de nos jours, à apprendre à lire et à écrire. Le pharaon de cette même époque était Ramsès II, et jamais peut-être 2 n'écrivit-on autant en Zgypte que sous le règne
de ce prince. Son nom et le souvenir de ses vic-
À toires se retrouvent sous presque toutes les ruines.
+ Voilà donc disparue, grâce au progrès, une objec- 3 tion que Voltaire considérait comme invincible, et c’est ainsi que la science, en se développant, fait voir que toutes les difficultés soulevées contre la Bible n'ont pas plus de fondement ni de solidité
a dit excellemment Buffon, ne devaient paraître qu'avec le temps, et le souverain Etre se les réservait comme le plus sûr moyen
1. Aujourd’hui nous savons que l’on écrivait même du temps de Chéops, et les statues des sphinx vont maintenant nous apprendre que ces temps si voisins du déluge, accusés d'ignorance, ont Connu un art avancé.” (Revue archéologique, juillet 1860, p. 19.
de rappeler l’homme à Lui lorsque la foi, déclinant 1 dans la suite des siècles, serait devenue chance- ; lante.”’ 4 Un autre qui n’aurait pas connu l'Egypte pour K l'avoir habitée, n'aurait jamais pu en décrire # d’une manière aussi exacte et avec une telle * fraîcheur d’expressions, les mœurs, les usages et M les coutumes. En lisant l’Exode, par exemple, À on reste absolument convaincu que l’auteur a été À mêlé aux scènes qu'il décrit. Moïse parle-t-il de À la fertilité de la Terre promise, il la compare à À l'Egypte, que les Israélites connaissaient bien et E non à la Palestine qu'ils n'avaient jamais vue. Li Lorsque le peuple se plaint des privations, du À manque de nourriture, des misères diverses auxquelles il est en proie dans le désert, ses regrets À
le reportent toujours à l'Egypte qu'il vient de À quitter. “Que ne sommes-nous morts en Egypte, À quand nous étions assis devant des marmites À remplies de viande.” “Pourquoi nous as-tu À fait sortir de l'Egypte pour nous faire mourir de soif, nous,
ir les Egyptiens qu’aller mourir dans le désert ?” etc. Ses lamentations au souvenir de ce pays remplissent une partie de l’Exode.
Enfin, on chercherait en vain dans tout le Pentateuque une seule expression qui laisserait entendre que les Hébreux aient jamais connu et habité la Palestine depuis la date mémorable de leur émigration en Egypte sous Jacob. |
t À Les rationalistes allèguent contre l'inspiration - Met l'authenticité du Pentateuque des objections 4 philologiques et historiques, lesquelles porte- M raient à croire que la Genèse et les livres suivants #4 ont été rédigés après coup à l’aide d’écrits prove- 2 nant d’autres sources.
#4 Une de ces objections s'appuie surtout sur le | Ë fait que, dans la Genèse, Dieu est désigné tantôt : sous le nom de Elohim, tantôt sous celui de 2 Jéhovah ; de là deux sources de documents, l'élohiste et le jéhoviste, dont Moïse se serait servi. Les faits que rapportent ces documents sont antéà rieurs à l’exode, et ont une ressemblance frappante avec ceux des premiers chapitres de la Genèse. Nous savons aujourd’hui, grâce aux découvertes assyriologues, que Moïse a pu avoir entre les mains des sources écrites, puisque l’histoire de la création, de la chute, du déluge, etc., est racontée dans des récits cunéiformes de date antérieure à Abraham. De fait, on écrivait beaucoup en Chaldée et en Assyrie dès la plus haute antiquité, comme le témoignent les bibliothèques que l’on a découvertes sous les ruines de ces deux vieilles régions. Ces objections ne semblent pas toutefois provoquer l’importance que certains rationalistes y attachent, sinon leur embarras de trouver des dificultés qui offrent plus de fondement. Du reste, la manière dont Moïse a pu apprendre la connaissance matérielle des faits contenus dans le Pentateuque importe peu au point de vue de la doctrine ; la solution de ce problème ne pourrait
que satisfaire la curiosité de l'esprit. L'inspira. 1e tion divine n'exclut pas les traditions orales et r écrites relatives aux premiers âges dont l'écrivain 4 sacré a pu faire usage. Quand Dieu, dans 51% 4 bonté et sa puissance infinies, juge bon de faire 5 d connaître certaines vérités aux hommes, il n’est D L pas tenu à employer une formule déterminée ni# I astreint à aucune méthode particulière. 11 com. HE d munique ces vérités dans la forme, dans l’ordre Æ 4 et de la manière qui lui plaît et qui répond aux PS à: vues de sa sagesse. :
“Nous admettons volontiers que Moïse, en composant son livre, s’est servi de documents Æ si écrits avant lui et conservés dans les familles À patriarcales. Les différences de style qui se M l/ remarquent dans les premiers “hapitres nous À pa offrent des indices ‘rappants qui nous permettent ét: de regarder ces chapitres comme des compositions 80) de diverses époques et de, divers auteurs. Ces M va premiers chapitres de la Genèse peuvent être co: même regardés comme des monuments antérieurs av à Moïse. Le style et les archaïsmes qui s'y ré trouvent nous montrent suffisamment que ce ! pa sont des fragments réunis dans le Pentateuque M sac par le législateur des Hébreux Cette théorie &; Pa ne nous empêche pas toutefois de regarder Moïse | les comme l’auteur des premiers chapitres de la Æ mé Genèse. Il les a choisis, comme il a écrit les À sou autres, sous l'inspiration divine. Moïse est le À de garant de leur canonicité. Il reconnut dans ces ém documents une origine sacrée ; il les recueillit —
et les mit en tête de son livre. Nous pouvons donc toujours répéter, à l'égard de ces pages inspirées, ce mot de saint Irénée: “Les écrits de Moïse ont été dictés par le Christ.” Le récit
} de la Genèse fait foi pour nous, quelle que soit
la source où Moïse ait puisé ses renseignements. La signature de Moïse authentique, pour ainsi dire, tous les documents anciens qu’il a intercalés dans son œuvre. Il s’est servi de ces documents avec choix, suivant l'inspiration de l'esprit de Dieu.” Ce n’étaient pas les documents originaux qui avaient besoin d’être inspirés, mais les versions que Moïse a pu nous en donner.
Voilà donc pourquoi la Bible tout entière,
: l'Ancien comme le Nouveau Testament, écrite
par des auteurs de différents tempéraments, étrangers pour la plupart à la science et à la philosophie, séparés dans le temps par de longs intervalles, contient un corps de doctrines qui ne se contredisent jamais : le Christianisme, commencé avec la révélation primitive, développé par la révélation mosaïque, perfectionné et complété par la révélation chrétienne. Tous les écrivains sacrés sont d'accord entre eux et avec eux-mêmes.
{ Partout ailleurs, on ne rencontre, même dans
les plus grands génies, que des parcelles de vérités
j mélées à bien des erreurs, et encore on les prend
souvent à se contredire les uns les autres. Rien
de tel chez les auteurs inspirés, et c’est là un fait éminemment divin.
1. L'abbé Favre d'Envieu, Les Origines de la Terre et de l'Homme
“Je trouve des caractères plus manifestes d’au-
thenticité dans la Bible que dans quelque livre
que ce soit d’histoire profane ”, dit Newton !.”’ C'est ce que reconnattront tous ceux qui liront les Livres Saints, l'Evangile surtout, avec cette droiture de conscience et simplicité de cœur qui ne cherchent que la vérité, cette nourriture spirituelle de l’âme. Ah! combien Silvio Pellico.
revenu chrétien après quelques années d'indiffé. M
rence, avait raison d'écrire : ‘“La Bible, —grâce au ciel, je savais (maintenant) la lire, —nous raconte-t-il dans ses Prisons, la Bible ne m'était
plus connue comme au temps où je la jugeais avec ! l’étroite critique de Voltaire, tournant en dérision |
des expressions qui ne sont ridicules ou fausses qu'aux yeux de l'ignorance ou de la mauvaise foi incapable d’en pénétrer le sens. Je voyais claire-
ment à combien de titres elle est le code véritable ! de la sainteté, et partant de la vérité ; combien !
cette délicatesse qui s’offense de certaines imperfections de style, est chose peu philosophique et ressemble à l’orgueil de ceux qui méprisent tout ce qui n’a pas des formes élégantes. ”’
Qu'il me soit permis de répéter ici, pour l’édification de tous, le conseil que le pape saint Grégoire le Grand donnait de son temps au médecin Théodore : “Etudiez, je vous prie, méditez tous les jours les paroles de votre créateur. Apprenez à connaître le cœur de Dieu, afin que vous soupiries vers les choses éternelles. ”’ ne