FORME DU DISQUE LUNAIRE
A l’époque de la pleine Lune, le disque, entièrement éclairé par les rayons solaires, a l’apparence d’un cercle parfait. Tout le monde en peut juger à la vue simple; mais les astronomes, plus difficiles que le public en ces matières, se sont attachés à vérifier la forme circulaire de la Lune par des mesures précises de tous ses diamètres. La conséquence de ces mesures, c’est que l’impression première est exacte : le disque de la Lune, à l’époque de son plein, est rigoureusement un cercle.
Le fait était d’autant plus intéressant à constater que la plupart des corps célestes de notre monde solaire apparaissent dans les lunettes comme des disques aplatis, de forme légèrement elliptique ou ovale. Il en est ainsi des planètes Mars, Jupiter, Saturne; et la Terre même, ainsi que l’ont démontré les mesures directes de plusieurs arcs de méridien, est aplatie à ses pôles de rotation, ou, ce qui revient au même, renflée à son équateur. Pour d’autres planètes, telles qu’Uranus, Neptune, Vénus et Mercure, les mesures
micrométriques n’ont pas constaté d’aplatissement sensible ; le Soleil est dans le même cas. Mais on regarde ces exceptions comme purement apparentes et ne prouvant qu’une chose, c’est qiie l’aplatissement réel est trop faible pour être appréciable dans les instruments.
La forme circulaire du disque d’un astre indique ordinairement une forme réelle sphérique. En est-il ainsi de la Lune, et devons-nous considérer notre satellite comme ayant la forme, sinon rigoureuse du moins très-approchée, d’une sphère? L’observation des phases permet de répondre affirmativement.
Quelques jours avant ou après la Lune nouvelle, nous avons vu tout à l’heure que le croissant lumineux, plus ou moins aminci ou évidé, est toujours limité ex'érieurement par un demi-cercle, trèsnettement terminé. Quant au b-ird concave, la
Fig. 11. Forme géométrique Fig. 12- Forme géométrique du croissent lunaire. de la Lune apres la conjonction.
courbe qui le forme n’est plus un demi'cercle, mais bien une moitié d’ellipse, dont les extrémités viennent former avec le contour extérieur les
cornes du croissant, en se terminant aux deux bouts d’un diamètre commun.
Peu à peu la ligne de séparation de la lumière et de l’ombre s’allonge et, au premier quartier, elle devient une ligne droite. Alors l’ellipse, reprenant en sens inverse les mêmes formes, de concave qu’elle était devient convexe, et s’agrandissant peu à peu, se transforme enfin en demi-cercle à l’époque de la pleine Lune, pour reprendre pendant le décours et jusqu’au dernier quartier les mêmes formes et les mêmes dimensions apparentes.
En résumé, les choses se passent comme si la Lune avait la forme d’une véritable sphère, dont les diverses parties seraient successivement illuminées, puis plongées dans l’ombre : l’étude des mouvements de la Lune et de ses positions par rapport au Soleil et à la Terre ne laissent aucun doute sur la réalité de cette apparence.
Ainsi, de même que la Terre, la Lune est un globe sphéroïdal, mais dont l’aplatissement, s’il existe, est à peu près inappréciable, du moins sur la circonférence entière qui limite sa moitié visible. - Plus loin, nous donnerons plus de détails sur sa forme réelle, et nous verrons qu’on la suppose légèrement allongée dans la direction de la Terre.
Maintenant que nous sommes édifiés, ou à peu près, sur la forme de la Lune, parlons de sa grosseur. Pour préciser, commençons par distinguer la grosseur apparente d’un objet de sa grosseur réelle. C’est de la première que nous voulons parler pour le moment.
Or, il y a sur ce point, dans une partie du public,
des idées si confuses, des erreurs si généralement répandues, qu’on me pardonnera d’entrer dans quelques développements.
J’ai entendu cent fois — et je ne doute pas que le lecteur, quel qu’il soit, de ce passage, ne puisse me servir de témoin, — j’ai entendu, dis-je, maint observateur d’un phénomène, s’exprimer ainsi pour . donner une idée des dimensions apparentes de l’objet qu’il avait vu, disque de la Lune ou du Soleil, météore, queue de comète, etc. : Sa longueur était d'un décimètre , d’un pied; il paraissait gros comme une assiette.... J’ai même lu de telles expressions dans les journaux, voire dans les recueils de science.
Or, il est facile de comprendre que cette manière d’entendre les dimensions, non pas réelles, mais simplement apparentes des objets, dont on ignore d'ailleurs ordinairement la distance , est parfaitement inintelligible. En effet, le même objet — un décimètre s’il s’agit de longueur, une assiette s’il s’agit d’un disque circulaire — n’a pas parlui-même une dimension apparente déterminée. Cette dimension est essentiellement variable, selon la distance de l’œil à laquelle l’observateur suppose placé l’objet qui sert de terme de comparaison. Pour que les expressions dont nous avons parlé eussent un sens, il faudrait donc ajouter à la dimension indiquée la distance précise qu’on lui suppose. Une assiette placée trèsprès^de l’œil couvrira une immense portion du champ de vue, ou si l’on veut, du ciel entier; placée à quelques mètres, la surface qu’elle couvrira se trouvera par là même considérablement diminuée. Reculée encore, elle pourra devenir imperceptible. Pour
qu’elle recouvrît précisément le disque de la Lune, sans que l’un des cercles débordât l’autre en aucune façon, il faudrait qu'elle fût. placée à une distance que peut donner à volonté, soit l’observation, soit le calcul. C’est seulement à celte distance qu’on peut assimiler les grandeurs apparentes de l’astre et de l’objet qu'on lui compare.
Aussi qu’arrive-t-il dans les circonstances que je viens de mentionner? C’est que si le phénomène a eu plusieurs observateurs simultanés, l’un donnera à l’objet une dimension apparente d’un mètre, tel autre d’un pied, un troisième d’un décimètre,’ chacun ayant eu au moment où l’objet l’a frappé une idée d’ailleurs très-vague de la distance supposée du mètre, du décimètre, du pied qui leur ont servi de termes de comparaison.
Les astronomés, et en général tous ceux qui ont une notion un peu précise de la géométrie, échappent à cette difficulté. Us ne comparent pas les dimensions apparentes à des objets d’une dimension déterminée. Ils indiquent tout simplement la portion du champ de vue que recouvre le diamètre de l’objet. Ils disent par exemple que le diamètre apparent de la Lune est environ d’un demi-degré, entendant par un degré la ' 360" partie de la circonférence entière de l’horizon. C’est précisément l’angle que forment entre eux les deux rayons visuels qui, de l’œil, aboutissent aux extrémités d’un diamètre de la Lune. «,
Ainsi, en moyenne, il faudrait 360 lunes se touchant bout à bout pour parfaire une demi-circonférence de cercle qui, partant d’un point de l’horizon, irait aboutir au point diamétralement opposé, en
suivant d’ailleurs dans le ciel une route quelconque.
Parlons un langage plus précis. Le degré divisé en 60 parties égales donne des minutes; chaque 60* de minute donne une seconde. Eh bien, on trouve par des mesures précises, que le diamètre du disque lunaire mesure en moyenne 31 minutes et 24 secondes ; ou, comme on voit, un peu plus du demi-degré. C’est à peu près le diamètre apparent du Soleil. Mais il n’en faudrait pas conclure que la grosseur réelle de la Lune est à peu près égale à celle du Soleil : il reste à tenir compte des distances, et nous verrons plus tard que notre satellite est environ quatre cents fois moins éloigné que le foyer commun où les planètes puisent la chaleur et la lumière. '
Passons à une autre question. Les dimensions apparentes de la Lune sont-elles toujours les mêmes? S’il en était ainsi, c’est que sa distance à la Terre serait invariable. Ou bien, ces dimensions varient-elles? auquel cas, cette distance changerait d’une époque à l’autre. C’est la seconde hypothèse qui est la vraie. Dans le cours d’une lunaison — c’est-à-dire entre deux nouvelles lunes consécutives, le diamètre de la Lune varie constamment entre deux limites : cette variation est assez sensible, puisqu’elle atteint la 8* partie du diamètre total; toutefois il serait difficile de la constater à l’œil nu, et les instruments de mesure rigoureuse peuvent seuls en témoigner.
J’ajouterai même que dans le cours des lunaisons successives, les variations du diamètre apparent ne se reproduisent point avec les mêmes valeurs. Ainsi, la Lune ne reste pas toujours à une distance constante
de la Terre : elle s’en éloigne et s’en approche, suivant des lois très-compliquées que l’astronomie est parvenue à débrouiller, mais que je n’essayerai pas même d’indiquer ici.
A propos de ses variations de distance et par conséquent de diamètre, je serais bien étonné, si parmi mes lecteurs, il ne s’en trouvait pas quelqu’un qui eût sur les lèvres la question suivante : Ne dites-vous
Fig. 13. Variations de grandeur du disque de la Lune.
rien du changement qu’on remarque dans le diamètre apparent de la Lune, depuis son lever à l’horizon, jusqu’à sa plus grande élévation dans le ciel? Là, le témoignage des sens suffit, et il n’est pas besoin d’élre astronome pour en juger.
Voyons le fait.
Quand la Lune se lève, à l’époque de son plein par exemple, et que le ciel est bien pur à l’horizon oriental, son disque empourpré apparaît énorme. Mais à mesure qu’il s’élève, ou pour laisser le langage des apparences, à mesure que notre horizon, par le fait de la rotation diurne de la Terre, s’abaisse devant
lui, ses dimensions diminuent, l’éclat de sa lumière augmente et il semble reprendre peu à peu sa grosseur normale. Au plus haut point de sa course, quand l’astre passe au méridien, le disque paraît sous sa plus petite surface. Ce contraste entre les grosseurs de la Lune à l’horizon et au plus haut point du ciel, est d’ailleurs d’autant plus marqué, que, par l’effet des circonstances de son mouvement ou bien de la position du lieu de l’observateur , elle s’approche plus du zénith.
Tout le monde du reste est frappé du phénomène. Mais quelle en est la cause? C’est là que les opinions diffèrent, j’entends les opinions de ceux qui se sont posé la question; car beaucoup voient» s’étonnent et en restent là, sûrs, au moins, de ne pas se tromper. Les uns considèrent le fait comme une illusion d'optique, et s’imaginent que les brumes de l’atmosphère jouent, dans cette circonstance, le rôle de verre grossissant; d’autres croient peut-être que la Lune, à mesure qu’elle monte s’éloigne de nous. Les uns et les autres ont tort évidemment, car ils font une supposition commune, à savoir que le diamètre apparent est plus grand à l’horizon qu’au zénith, supposition erronée que démentent les mesures micrométriques.
Imaginez au foyer optique d’une lunette deux fils parallèles fixés de telle sorte que la Lune, telle qu’on la voit à l’horizon, soit précisément comprise entre eux, et les touche sans les déborder. Laissez-les dans leur position actuelle et attendez que l’astre ait atteint sa plus haute position dans le ciel.
Braquez de nouveau l’instrument sur son disque. Si les dimensions apparentes de ce dernier ont réel-
lement diminué, qu’arrivera-t-il? Qu’il apparaîtra contenu entièrement entre les fils, sans les toucher. Eh bien, c’est justement le contraire qui arrive; le disque déborde les fils. De sorte qu’il faut dire, contrairement à toutes les apparences, et à toutes les illusions de nos sens : la Lune parait moins grosse à l’horizon qu’au zénith. Il est donc bien clair que les
Fig. 14. Mesure microtnétrique Fig. 15. Diamètre de la Lune
du disque de la Lune. Diaraè- au plus haut point de sa tre de la Lune à l’horizon. course.
opinions plus haut mentionnées pèchent par la base.
Les astronomes, qui le savent bien, n’en ont pas moins cherché à se rendre compte de l’illusion, qui est certes incontestable. Les uns pensent qu’il y. a là une erreur d’appréciation, tenant au voisinage du disque lunaire et des objets terrestres situés à l’horizon. Au zénith, l’absence de ces objets nous fait croire l’astre plus rapproché de nous; nous regardons comme plus petit, ce qui, en conservant les mêmes dimensions apparentes, nous semble moins éloigné.
Euler assigne pour cause, à la même illusion, la forme surbaissée de la voûte céleste, qui nous fait juger les parties du ciel situées à l’horizon plus éloi-
gnées que les parties surplombant nos têtes. Suivant ce géomètre, la comparaison des objets terrestres situés dans le voisinage de la Lune n’aide en rien à l’illusion.
Que l’une ou l’autre des explications soit la vraie, il n’importe. Ce qu’il faut retenir, c’est ce fait que les disques de la Lune vus à l’horizon et au zénith, ne diffèrent pas de grosseur apparente, comme on est porté à le croire, ou, s’il y a une différence, elle est précisément en sens inverse de l’illusion.
J’ai supposé la Lune dans son plein et à son lever mais le phénomène est vrai pour toutes les époques, que la Lune soit en forme de croissant ou de cercle incomplet, et il s’observe pareillement à son coucher.
La lumière de la Lune provient de la réflexion de la lumière solaire. — Son intensité. — Quantité de lumière donnée parles différentes phases. — Couleur de la Lune pendant le jour et pendant la nuit. — Influences calorifique et chimique des rayons lunaires.
La lumière douce et argentée que répand le disque lunaire sur les paysages de nos nuits terrestres, a inspiré plus d’un poêle et plus d’un artiste. Il n’est pas besoin, d’ailleurs, de faire profession d’art ni de littérature, pour goûter le charme d’une belle soirée que la Lune éclaire de ses rayons, pour admirer les jeux de lumière qui se produisent quand le vent chasse les nuages devant son disque et que les masses vaporeuses, tantôt sombres, tantôt brillantes, tour à lourl’éclipsentet ledémasquent. La nature du paysage est, d’ailleurs, pour beaucoup dans ce genre d’impressions, gaies ou mélancoliques, gracieuses ou sévères, que la disposition d’esprit particulière au spectateur rend plus variées encore.
En présence des phénomènes naturels, la science a
de tout autres préoccupations que l’art ou la poésie : bien loin d’y chercher des harmonies ou des contrastes avec nos émotions personnelles, elle s’efforce de les dégager de ce genre d’influence, dont elle ne saurait d’ailleurs méconnaître la portée. Ce qu’elle veut avant tout, c’est étudier ces phénomènes en euxmêmes, en noter les particularités, en découvrir les lois. Aussi, tandis que les poètes ou les peintres ont épuisé de longtemps, dans leurs tableaux, tous les' genres de beauté que peut offrir le paysage éclairé par la lumière delà Lune, la science n’a point encore résolu toutes les questions qu’on peut poser sur cette lumière; on va voir qu’elles sont à peine effleurées.
Ce qu’on sait de certain, c'est que la lumière lunaire n’est autre que celle du Soleil réfléchie dans l’espace et vers la Terre par le sol de notre satellite. Les preuves de ce fait sont des plus concluantes. En effet, les situations relatives du Soleil, de la Lune et de la Terre sont toujours exactement concordantes avec la forme de la partie lumineuse du disque ou avec les dimensions des phases; toujours il arrive que les parties éclairées et obscures sont entre elles dans le rapport géométrique qu’exigent ces situations. Ce lait si simple, tout le monde peut l’observer à l’œil nu avec la plus grande facilité. Comment donc expliquer l’idée bizarre de l’astronome chaldéen Béroze, qu: considérait la Lune comme un globe demi-obscur, demi-lumineux, tournant successivement vers la Terre toutes ses faces ? ïl y a gros à parier qu’il n’avait pas pris la peine d’examiner les positions qu'occupent les principales taches dans le cours d’une lunaison entière; il aurait vu que ces taches restent
toujours sensiblement aux mêmes points du disque, et que son hypothèse n’avait rien de fondé.
Au télescope, il est encore aisé de se convaincre que la lumière de la Lune a sa source dans le Soleil ; les innombrables aspérités dont la surface de l’astre est couverte, sont toutes éclairées du côté des rayons solaires, et les ombres qu’elles projettent sur le sol se raccourcissent et s’allongent dans les proportions qu’indique l’obliquité plus ou moins forte de ces rayons.
Ainsi, la portion de la Lune qui brille vers nous, c’est celle qui jouit de la lumière du jour; la partie obscure invisible ou que nous distinguons à peine, c’est la région plongée dans la nuit. Telle nous verrions la Terre, si, transportés au loin dans l’espace, à la distance de la Lune par exemple, nous jetions les regards sur notre globe, devenu corps céleste et lumineux.
Voilà donc une première question dont la solution ne peut laisser aucun doute. Passons à quelques autres.
Quelle est l’intensité de la lumière du disque lunaire, soit considérée d’une façon intrinsèque, soit mesurée par le degré d’illumination que produisent ses différentes phases? Sur une quantité donnée de lumière solaire que reçoit le sol de la Lune, combien nous en est renvoyée? Quelle proportion a été absorbée par la surface de notre satellite? La lumière de la Lune est-elle blanche ou colorée; exerce-t-elle une action chimique appréciable sur les substances terrestres?
Disons ce que l’on sait ou ce qu’on croit savoir sur tous ces points de physique lunaire.
Comparée à la lumière du Soleil, la lumière de la pleine Lune n’en est que la 801072 e partie : c’est du moins le nombre qui résulte des expériences du physicien Wollaston * . 11 faudrait donc 800 000 pleines Lu nés environ pour produire la lumière du joui*, quand le ciel est complètement serein. A la vérité, la Lune n’est pas toujours à la même distance de la Terre, mais il s’agit ici de l’intensité de sa lumière à la distance moyenne. L’intensité maximum surpasse l’intensité minimum de près d’un quart, si l’on calcule l’excès de la surface du disque lunaire à l’époque du périgée sur la même surface apparente à l’apogée*.
L’intensité lumineuse de la pleine Lune étant appréciée, il est facile d’en déduire celles du disque à ses différentes phases. Au premier et au dernier quartier, elle est tout naturellement moitié moindre. Aux deux octants, dont l’un précède et l’autre suit la nouvelle Lune, la lumière de notre satellite est réduite au septième de son éclat; aux deux octants, au contraire, dont l’un précède et dont l’autre suit la pleine Lune, elle n’est inférieure que d’un septième à l’illumination totale du disque.
Ces évaluations sont toutes géométriques, et supposent que toutes les régions de la Lune, à l’est, à
1. Bouguer, au siècle dernier, avait trouvé un nombre bien différent de celui du physicien anglais : l’éclat de la pleine Lune était suivant lui la 300 000”° partie de celui du Soleil, plus du double de celui que nous venons de citer d’après Wollaston. Mais la photométrie n’a pas dit son dernier mot ; ces deux nombres si différents ont besoin d’ëtre vérifiés.
2. Périgée, plus courte distance, Apogée, plus grande distance d’un astre à la Terre ; des mots grecs mç>\, près de, àjtà, loin de, et rn. terre.
l’ouest et au centre du disque, sont également lumineuses. Or, il n’en est pas ainsi. Arago a trouvé que la lumière du bord de la Lune est près de trois fois aussi forte que la lumière émise par les grandes taches. Gomme les taches sombres ne sont pas uniformément réparties dans les différentes régions en vue, il y aurait lieu de mesurer directement l’éclat du disque dans tout le cours d’une lunaison.
La lumière de la Lune est-elle colorée?
D’après Humboldt, elle est légèrement jaunâtre, ou du moins paraît telle, lorsqu’on l’observe en pleine nuit. Pendant le jour elle est blanche, et présente la même couleur que les nuages légers éclairés par le Soleil. Humboldt explique cette différence, en remarquant que la couleur naturellement jaune de la Lune est modifiée, le jour, par l’interposition de la couleur bleue de l’atmosphère : on sait que le bleu et le jaune sont deux couleurs complémentaires, c’est-àdire que leur mélange produit la lumière blanche. Pendant la nuit, le ciel est d’un ton beaucoup plus foncé, un peu grisâtre, de sorte que la couleur de la lumière lunaire en est moins altérée.
A l’horizon, le disque lunaire est souvent d’un rouge prononcé, ce qui s’explique par la forte réfraction qu’éprouvent les rayons lumineux en traversant dans leur plus grande épaisseur les couches les plus denses de l’atmosphère terrestre. Enfin, quand on observe la Lune dans les rues des villes éclairées par la lumière rouge-jaune des becs de gaz, elle paraît d’un blanc bleuâtre; mais ce n’est évidemment là qu’un effet de contraste.
Nous parlerons plus loin des teintes diverses que
présentent telles ou telles régions de la Lune, ainsi que de l’éclat particulier de quelques-unes de ses taches.
On a dit et l’on répète tous les jours tant de choses sur l’influence qu’exerce la Lune sur notre Terre, et ce qu’on dit est si vague, qu’il est bon d’étudier d’une manière plus précise et plus scientifique ce qu’il peut y avoir de fondé dans ces assertions toutes gratuites. Voyous donc si la lumière lunaire est pour quelque chose dans celte influence.
Et d’abord, les rayons lumineux que la Lune réfléchit vers la Terre, venant indirectement du Soleil, sont sans doute accompagnés des rayons de chaleur dont notre étoile inonde tout l’espace. Il est probable qu’une partie de la chaleur reçue par l’hémisphère lunaire tourné vers le Soleil est absorbée par le sol. C’est ce qui arrive pour la Terre même, et pour tous les autres corps célestes de notre monde. Mais une autre partie est renvoyée par réflexion dans l’espace, et c’est celle-là qu’il s’agit de reconnaître et d’évaluer. Les travaux modernes sur la radiation solaire établissent comme un fait démontré, que la présence d’une atmosphère, et surtout de la vapeur d’eau dont elle est plus ou moins pénétrée, sert à diminuer dans une grande proportion le rayonnement dans l’espace, et par conséquent la déperdition de la chaleur que le Soleil nous envoie *. La couche gazeuse est un écran qui laisse, à l’aller, passer les rayons, et au retour les arrête.
La Lune, n’ayant pas d’atmosphère vaporeuse ou
1. Voyez, sur cette question intéressante, le volume de cette collection qui traite du Soleil.
gazeuse — comme nous le verrons plus loin — le rayonnement calorifique doit s’y faire avec une grande intensité, et comme le môme point du sol reste exposé plus de 350 heures à l’ardeur des rayons solaires, il semble que la quantité de chaleur réfléchie vers la Terre puisse aisément être appréciée.
En est-il ainsi ? D’anciennes expériences ont donné un résultat négatif. La concentration, avec des miroirs ou des lentilles, de la lumière de la Lune au foyer de ces appareils, n’avait produit, surlesthermomètresles plus sensibles, aucun effet appréciable. Depuis, Melloni a constaté un échauffement très-faible, à la vérité, mais très-réel. M. Piazzi Smyth, dans l’expédition scientifique qu’il a entreprise en 1856, au pic de Ténériffe, a confirmé les expériences de Melloni. C’est ce que M. Babinet constate en ces termes dans le cinquième volume de ses Études et lectures sur les sciences d’observation :
« M. Smyth, dit-il, put observer facilement l’effet de la chaleur de la Lune, que Melloni avait eu tant de peine à rendre sensible dans les expériences faites aux environs de Naples. Quoique la Lune fût alors trèsbasse, l’effet de ses rayons était encore le tiers de celui des rayons calorifiques d’une bougie placée à 15 pieds anglais (4 m .57) de distance.»
Maintenant, pour apprécier convenablement ce résultat, il faut se rappeler ce que nous venons de dire sur la difficulté que les couches atmosphériques opposent au passage des rayons calorifiques qui n’émanent pas directement de la source, ou, si l’on veut, qui ont été une première fois réfléchis. Il est probable que ce sont les couches supérieures de notre atmo-
sphère qui absorbent la chaleur des rayons lunaires, et l’on expliquerait ainsi le dicton : la Lune mange les nuages. En effet, l’élévation de température dont il s’agit, ayant pour effet de raréfier les particules condensées de vapeur aqueuse dont les nuages sont formés, ceux-ci seraient en partie dissipés par l’action calorifique due à la présence de notre satellite dans le ciel.
Il y aurait un moyen de vérifier l’exactitude de celte explication, à la condition toutefois d’avoir constaté préalablement le phénomène météorologique luimême : ce serait d’établir, à des altitudes différentes des thermomètres très-sensibles, et d’y répéter les ex périences de Melloni, non-seulement à l’époque de la pleine Lune, mais pour chacune des phases d’une lunaison. On comprend d’avance qu’il faudra que les variations, si elles sont constatées, varient en proportion de la surface éclairée du disque. Les observations de M. P. Smyth, citées plus haut, et qui ont ôté effectuées à des altitudes de 2700 et de 3320 mètres, permettent d’espérer que les moyens de vérification que nous proposons seraient efficaces.
La lumière de la Lunç exerce encore une influence qui n’est plus douteuse : nous voulons parler de son action chimique sur certaines substances terrestres. C’est cette action qui rend possibles les photographies lunaires, qu’on obtient aujourd’hui avec une netteté et une perfection si remarquables ; mais la propriété qu’elle possède ainsi, elle la partage, sauf le degré, avec la lumière solaire, résultat qu’on pouvait prévoir, puisqu’elles ont la même origine.
Tout récemment, la lumière de la Lune a été sou-
mise aux procédés de l’analyse spectrale. MM. Huggins et Miller ont comparé le spectre obtenu en examinant des parties limitées de la surface de la Lune, avec le spectre solaire. Ils n’ont découvert aucune modification qui permette de conclure que la lumière du Soleil a changé de nature en se réfléchissant à la surface de notre satellite.
Concluons donc : si la Lane exerce sur les phénomènes météorologiques de notre Terre une certaine influence, cette influence parait resserrée entre de trèsétroites limites. La chaleur qu’elle rayonne est presque entièrement absorbée par les couches supérieures de notre atmosphère; l’action chimique de sa lumière, quelque faible qu’elle soit, n’est pas contestable. Il reste à savoir si elle est pour quelque chose dans le mouvement de la végétation.
Enfin, l’influence calorifique et l’influence lumineuse doivent avoir leur maximum d’intensité à la pleine Lune, leur minimum à la Lune nouvelle, résultat qui est en contradiction avec les croyances populaires.