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CHAPITRE PREMIER

Tout le monde sait ce que les astronomes entendent par les phases' de la Lune : ce sontles apparences variées que présente le disque dans un intervalle d’environ vingt-neuf jours et demi, et qui se reproduisent périodiquement dans le même ordre. La période ellemême se nomme lunaison ou mois huiaire ; elle commence et finit au moment de la nouvelle Lune, à l’épo-

1. Le mot phase vient du grec qui a lui-même pour étymologie le verbe ça ivw, je parais, je brille.

que où notre satellite, en conjonction avec le Soleil a disparu dans ses rayons.

Chez les anciens, le cours de la Lune a fourni la première division naturelle du temps, la durée de l’année n’étant pas connue avec une suffisante exactitude. Aussi retrouve-t-on dans l’histoire de tous les peuples la coutume de célébrer la nouvelle Lune ou Néoménie par des sacrifices et des prières. Comme la Néoménie 1 2 servait de point de départ pour régler les assemblées, les solennités, les exercices publics, et que l’on comptait la Lunaison du jour où l’astre redevenait visible, « pour le découvrir aisément, on s’assemblait le soir sur les hauteurs; quand le croissant avait été vu, on célébrait la Néoménie ou le sacrifice du nouveau mois, qui était suivi de fêtes ou de repas. Les nouvelles Lunes qui concouraient avec le renouvellement des quatre saisons étaient les plus solennelles. » (De Lalande.)

De nos jours, toute trace de ces cérémonies a disparu*, du moins chez les peuples civilisés; mais, comme nous le verrons plus loin, ies préjugés qui se l'attachent à l’influence prétendue des phases lunaires sont loin d’être dissipés.

Suivons la Lune dans le cours d’une de ses périodes, et notons les divers phénomènes qui accompagnent chacune de ses phases.

On dit qu’il y a nouvelle Lune , quand notre satellite

1. Les Latins donnaient à la Nouvelle Lune le nom de Luna silens ou sitiens.

2. Chez les mahométans, la fin du jeûne du Ram&zan est filée à la nouvelle Lune qui commence le beïram, ou plutôt à l’instant de la première apparition du croissant lunaire.

LA LUNE VÜE A L’ŒIL Nü. 13

' n’est visible, ni pendant le jour ni pendant La nuit. La raison de cette invisibilité, nous venons de le dire, est dans la situation de la Lune, très-voisine en apparence du lieu que le Soleil occupe lui-même dans le ciel : elle tourne donc alors vers la Terre son hémisphère obscur qui se trouve perdu dans les rayons éblouissants de l’astre. Cette disparition de la Lune dure deux ou trois jours J mais l’instant précis de la Lune nouvelle, dont l’indication est donnée par les annuaires astronomiques, a lieu quand la Lune et le Soleil ont précisément môme longitude. On dit alors que la Lune est en conjonction.

Le deuxième et le troisième jour après cet instant *,

et le soir un peu après le coucher du Soleil, on voit apparaître la Lune sous la forme d’un croissant très-délié, dont la convexité est tournée vers le point où se trouve le Soleil, au-dessous de l’horizon. On peut alors apercevoir très-distinctement toute la partie obscure du disque lunaire, recouverte d’une teinte très-légère et comme transparente ; cette lumière , beaucoup moins vive que

Kig. 1. Première phase de la Lune. Lumière cendrée.

1. Hévélius assure n’avoir jamais observé la Lune plus tôt que 40 heures apres la conjonction, et 27 heures avant, de sorte que la durée minimum de sa disparition est de 67 heures, un peu moins de trois jours. Cette durée varie suivant les climats, et suivant la latitude de la Lune.

celle de la partie éclairée provient, comme on le verra plus loin, de la réflexion des rayons du Soleil â la surface de la Terre.

Entraînée par le mouvement diurne, la Lune se couche bientôt à l’horizon occidental. Le lendemain, le môme phénomène se reproduit ; mais déjà le croissant est moins délié, la partie lumineuse plus large, et la Lune, plus éloignée du Soleil , se couche aussi un peu plus tard que la veille.

Le quatrième jour après la nouvelle. Lune,.

la forme et l’apparence de notre satellite, qui se couche seulement trois heures après le Soleil, est celle qu’on a représentée dans la figure 2. La lumière cendrée est encore -#

très-sensible, bien qu’elle diminue de plus en plus pour disparaître tout à fait à la phase suivante, à celle qu’on nomme le premier quartier. On dit alors que la Lune est ch'c/iotome(diviséeendeux

Fig. 3. La Lune à son premier l wties é & ales ) ( fi &- 3 )* quartier. C’est entre le septième et

le huitième jour de la Lune, qu’elle se montre à nous sous la forme d'un

de la Lune.

demi-cercle, en partie visible pendant le jour, et que le mouvement diurne n’amène au méridien que six heures environ après le passage du Soleil. Déjà, dans

la phase précédente, les taches dont le disque de la

Lpne est parsemé étaient visibles. En ce moment, pes taches se distinguent avec une grande netteté spr le demi-cercle lumineux.

Entre le premier quartier etla pleine Lune, sept jours s’écoulent de nou-

Fig. 4. Entre le premier quarûer V*"' pendant lesquels la et la pleine Lune. .forme de la partie éclairée approche de plus en plus d’être celle d’un cercle complet (fig. 4) ; la Lune se lève et se couche de plus en plus tard pendant

:et intervalle, mais en

tournant toujours vers Occident la partie circulaire de son disque.

Enfin, elle nous mon-

il ' ‘ •

rq entièrement sa partie éclairée quinze jours environ après la nouvelle -.une (fig. 5); alors l’heure de son lever est à peu près celle du coucher du Soleil, qui à son tour se lève quand la Lune se couche. Il est minuit, quand elle parvient au plus haut de sa course , en langage astronomique, quand elle

Fig. 5. La pleine Lune.

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passe au méridien: alors le Soleil lui-même passe sous l’horizon, au méridien inférieur, de sorte que, relativement à la Terre, la Lune est précisément à

l’opposé du Soleil.

Depuis l’époque de la pleine Lune, jusqu’à la nouvelle Lune suivante,

(cette seconde moitié de la lunaison se nomme le dccours ), la forme circulaire de la partie éclairée du disque décroît progressivement et finit par se présenter, comme au début de sa marche, sous la forme d’un croissant fort délié. Mais alors c’est vers l’Orient que la convexité sera désormais tournée, de

sorte que c’est toujours vers le Soleil que regarde le demi-cercle terminant la portion éclairée.

Au milieu de l’intervalle qui sépare la pleine Lune de la période sui-' vante, le dernier quartier donne une phase semblable au premier quartier , mais inversement située.

Dans celte seconde partie de la période lunaire ou de la Lunaison — c’est ’.e mot propre — la position apparente de la Lune dans le ciel se rapproche de plus

Fig. 7. Décours de la Lune.

Dernier quartier.

' n plus de celle du Soleil. Vers les derniers jours, elle piécède de très-peu son lever, jusqu’à ce qu’elle se

confonde de nouveau dans ses rayons pour disparaître et ramener une Lune nouvelle, origine d’une nouvelle lunaison.

La lumière cendrée réparait après le dernier comme avant le premier quartier, au furet à mesure de la diminution de

Fig. 8. Décours de la Lune. Entra la portion éclairée du

le dernier quartier et la Lune nouvelle. Lumière cendrée. "

Cette succession des

phases de la Lune, qui se reproduit indéfiniment et toujours de la môme manière, est la conséquence évidente du mouvement de l’astre autour de la Terre. On s’en rendra compte aisément, en examinant la figure 10, et l’on comprendra alors pourquoi les phases des lunaisons successives sont précisément les mêmes, quand le Soleil, la Terre et la Lune occupent les mêmes positions relatives ; tandis que si l’on rapportait aux étoiles la situation de la Lune, dans deux ou

plusieurs phases consécutives identiques, on verrait qu’elle n’occupe pas le mêmepointdu ciel, qu’elle ne parcourt pas les mêmes constellations : ce qui tient à

Afouviite ’’ /tlr/rt

\ Dernier

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Quartier

Quartier

Fig. 10. Orbite de la Lune. Explication des phases.

la fois et au mouvement de la Terre dans son orbite,

et aux variations du mouvement de la Lune dans la

sien ne.

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Nous avons dit plus haut que la durée du mois lunaire est d’environ vingt-neuf jours et demi : en réalité, cette durée dépasse le nombre précédent de quarante-quatre minutes trois secondes. Il s’en faut donc de peu qu’on ait ainsi la durée moyenne du mois, qui lire évidemment son origine de la période d’une lunaison, comme la semaine correspond elle-même à la durée de chacune des quatre phases principales *.

1 . Les jours de la semaine tirent, comme on sait, leurs dénominations des noms des sept planètes connues des anciens : le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne. L’ordre des jours a été, paraît-il, déterminé par la coutume qu’avaient les anciens de consacrer aux sept planètes les vingt-quatre heures du jour. Chaque jour prit alors le nom de la planète à laquelle était consacré la première heure. On explique ainsi comment il se fait que l’ordre des jours successifs de la semaine n’est pas l’ordre naturel des planètes, tel du moins qu’il était conçu par les anciens astronomes. Cet ordre était : le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune, Saturne, Jupiter et Mars. La première heure du premier jour étant consacrée au Soleil, la seconde à Vénus, etc., il arrive que la première heure du second jour l’est à la Lune, la première du troisième jour à Mars, et ainsi de suite.

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