CONSTITUTION VOLCANIQUE DU SOL LUNAIRE
Les volcans lunaires comparés aux volcans terrestres.
Il y a, comme on le voit, entre les volcans de la Lune et les volcans terrestres, en môme temps que certaines analogies, des différences faciles à saisir.
Le côté commun, ou de ressemblance, consiste principalement dans l’origine ignée ou plutonienne, comme disent les géologues. Mais il est probable que les phénomènes qui ont été, sur le globe lunaire, la conséquence des actions intérieures, ne se sont pas, en général, passés de la même façon que les phénomènes éruptifs terrestres. Ou peut assigner à cette différence des raisons de plusieurs ordres. D’abord, les substances composant la masse de notre satellite sont sans doute tout autres que celles qui forment le noyau de la Terre : tout au moins, comme on le sait avec certitude, leurs densités moyennes diffèrent beaucoup. La pesanteur, à la surface, étant, sur la Lune, six fois moindre que la pesanteur à la surface de notre globe, on comprend combien ce seul élé-
ment est susceptible de modifier les effets dus aux actions souterraines. Enfin l’absence, ou du moins i l’extrême rareté de l’atmosphère lunaire, comparée à l’enveloppe considérable qui entourait la Terre à • l’origine s’ajoute encore aux causes que nous venons d’énumérer pour rendre compte des différences es-
Fig.32.Le piô de Ténériffe et ses environs; détails topographiques, d’après Piazzi Smyth.
sentielles que présentent les phénomènes éruptifs des deux globes.
Les cônes d’éruption des volcans terrestres s’élèvent le plus souvent à une grande hauteur au-dessus du sol des plaines ambiantes, tandis que le cratère proprement dit offre une profondeur beaucoup moindre.
Ce cratère doit être plutôt considéré comme l'orifice évasé d’une cheminée étroite qui communique profondément avec les couches internes du globe. Sur la Lune, il en est tout autrement : c’est la cavité intérieure qui est la plus profonde, et les flancs de l’enceinte sont moins élevés par rapport au niveau du sol extérieur, de sorte que la montagne parait plutôt formée par l’affaissement d’une bulle primitive que par une éruption volcanique proprement dite.
Peut-être, parmi les cratères de petites dimensions, dont la profondeur ne permet pas de voir le niveau interne, en est-il qui sont tout à fait analogues aux cratères des volcans terrestres. On a vu que ce sont en général ceux dont l'origine paraît la plus récente.
Ënfin, il est possible aussi que la différence de structure que l’on remarque entre le sol lunaire et le sol continental de notre globe, tienne à ce qu’aucune formation véritablement sédimen taire n’est venue détruire, effacer les traces des formations plutoniennes. C’est l’opinion de Humboldt : « On peut se figurer notre satellite, dit-il, à peu près tel que dut être la Terre dans son état primitif, avant d’être couverte de couches sédimentaires riches en coquilles, de graviers et de terrains de transport, dus à l’action continue des marées ou des courants. A peine peut-on admettre qu’il existe dans la Lune quelques couches légères de conglomérats et de détritus formés par le frottement. Dans nos chaînes de montagnes, soulevées au-dessus des crevasses dont le sol terrestre est sillonné, on commence à reconnaître, çà et là, des groupes partiels d’éminences qui représentent des espèces de bassins ovales. Combien la Terre ne nous
Fig. 33. Relief topographique de l’lie Bourbon (La Réunion) , d’après L. Maillard.
forme moins régulière, il est vrai, que les grands cirques de la Lune, les rappelle néanmoins, et par forme et par les dimensions.
Nous avons vu qu’un assez grand nombre des cirques et des cavités des cratères lunaires renfer-
paraîtrait-elle pas différente d’elle-même, si nous la voyions dépouillée des formations tertiaires et sédimentaires, ainsi que des terrains de transport I » L’enceinte montagneuse de la Bohême, d’une
ment à leur intérieur des montagnes isolées en forme de pics ou de pyramides. Il en est même où l’on observe plusieurs sommets de ce genre : ainsi, l’enceinte de Copernic présente six montagnes centrales. Circonstance singulière, aucune de ces aspérités n’atteint en hauteur les bords de l’enceinte; la plupart même sont à un niveau inférieur à celui de la surface lunaire d’où le cratère est sorti. D’après Mædler et Jules Schmidt, un grand nombre de montagnes centrales ont une altitude inférieure de 2000 mètres au bord moyen du rempart circulaire, et qui est encore de 200 mètres au-dessous du niveau moyen du sol dans cette partie de la Lune. Humboldt, en citant ces faits, rapporte l’opinion de Léopold de Buch, qui ne regarde pas ces masses comme produites par l’éruption volcanique, et les assimile «aux grands dômes trachytiques, fermés au sommet, qui sont répandus en si grand nombre à la surface de la Terre, tels que ceux du Puy-de-Dôme et du Chimborazo. »
Une disposition très-fréquente des montagnes lunaires consiste dans l’existence de cratères parasites formés postérieurement aux cirques et cratères principaux, le plus souvent sur les bords de leurs enceintes. On peut en voir un grand nombre dans le dessin que nous donnons des environs de Tycho, d’après la photographie de M. Warren de la Rue. Le grand cirque de forme elliptique, Maginus, situé au sud-est de Tycho est remarquable sous ce rapport. Les bords de ces cratères secondaires empiètent même souvent les uns sur les autres; et il en résulte des séries de déformations qui permettent aisément de les ranger par ordre d’ancienneté. Or, en opérant
Tycho
WARREN LE LA RUE. Phot'