CONSTITUTION VOLCANIQUE DU SOL LUNAINE
Origine ignée des montagnes de la Lune. — Périodes de formation.
Les montagnes de la Lune sont d’origine volcanique.
C’est là un fait capital qui ressort directement de la forme arrondie, annulaire des grandes vallées, des cirques et de toutes les cavités plus petites, auxquelles on a donné, nous l’avons vu, le nom de cratères.
Depuis longtemps, tous les astronomes s’accordent à considérer les formations du sol lunaire comme dues à une réaction des forces internes contre l’écorce extérieure du globe. Robert Hooke « attribua ces phénomènes à l’effet de feux souterrains, à l’irruption de vapeurs élastiques, ou même à un bouil-
lonnement dégageant des bulles qui viennent crever à la surface. Des expériences faites avec des boues calcaires en ébullition lui parurent confirmer ses vues; et dès lors on compara les circonvallations et leurs montagnes centrales aux formes de l’Etna, du pic de Ténériffe, de l’Héelaetdes volcans de Mexico. » (Humboldt.)
Sir John Herschel n’est pas moins affirmatif à cet égard : « Les montagnes lunaires, dit-il, offrent au plus haut degré le vrai caractère volcanique, tel que le présentent le cratère du Vésuve et les districts volcaniques des Champs phlégréens ou du Puy-de- Dôme. » ( Outlifies oj Astronomy.)
Mais, si l’origine ignée paraît la seule vraisemblable pour toutes les aspérités montagneuses et cratériformes, ce n’est pas à dire qu’elles soient uniquement le produit d’éruptions volcaniques dans le sens restreint du mot. La Lune a été primitivement, comme la Terre, un globe fluide, à la surface duquel le refroidissement, dû au rayonnement calorifique, a déterminé la formation d'une écorce solide. C’est cette écorce qui a été le siège des phénomènes subséquents dont les traces subsistent aujourd’hui sous la forme d’aspérités de dimensions très-différentes; et les causes de cette série de productions sont, sans aucun doute, les forces expansives des gaz et des vapeurs que la haute température du noyau développait incessamment.
A l’origine, l’écorce solide de la Lune, moins épaisse, était, par cela même, moins résistante; et comme elle n’avait point encore été bouleversée par des secousses antérieures, elle devait présenter en
Kig. 27. Vue intérieure d’un cirque, d’après un dessin de M. Nasmyth.
tous ses points à peu près la même homogénéité et la même épaisseur. La force expansive des gaz agissant alors perpendiculairement aux couches superficielles et suivant les lignes de moindre résistance, dut briser l’enveloppe et produire des soulèvements de forme circulaire. C’est sans doute à cette période qu’il faut rapporter la formation des immenses circonvallations dont l’intérieur est aujourd’hui occupé par les plaines appelées mers. Nous avons déjà fait ressortir la forme circulaire de la Mer des Crises et de celles de la Sérénité, des Pluies et des Humeurs. Leurs enceintes, à demi ruinées pur des révolutions postérieures, forment encore aujourd’hui les plus longues suites d’aspérités du sol lunaire, les chaînes de montagnes des Karpathes, des Apennins, du Caucase et des Alpes, les monts Hémus et Taurus.
Puis vinrent de nouveaux soulèvements, mais qui, survenus à une époque où la croûte du globe lunaire avait acquis une plus grande épaisseur, ou encore provenant de forces élastiques moins considérables, donnèrent lieu aux plus grands cirques, déjà bien inférieurs en dimensions aux formations primitives. Tels paraissent être les cirques de Shickardt, de Grimaldi, de Clavius.
Apparurent ensuite une foule de cirques de dimensions moyennes, dont les enceintes couvrirent le sol tout entier de la Lune, et qui apparurent au sein même des circonvallations primitives. On compreud aisément la raison de la diminution successive des dimensions des montagnes annulaires, cratères et cirques. Chaque cirque est dû, comme nous l’avons dit, à un soulèveront en bulle, en vessie, dont l’nffni«*e-
ment a produit à l’intérieur une cavité de forme elliptique et sur les bords une ou plusieurs enceintes sous forme de remparts. Or, les dimensions de ces boursouflements durent être en rapport et avec l'intensité de la force interne qui les produisait, et avec la résistance delà croûte solide, ou plutôt pâteuse, du globe lunaire. Il est probable que ces deux causes ont concouru pour produire les effets signalés plus haut, de sorte qu’en général ce sont les plus grandes circonvallations, les plus grands cirques ou cratères qui furent formés les premiers.
Mais c’est le moment de faire une distinction entre les deux natures de sol qui caractérisent la surface de notre satellite. Le premier constitue ce qu’on a nommé dès le début le soi continental ; c’est celui des régions montagneuses qui recouvrent presque toute la partie australe de l’hémisphère visible. « Sa structure poreuse, dit un observateur bien familiarisé avec les études sélénologiques, M. Chacornac*, son grand pouvoir réflecteur et surtout son élévation au-dessus des plaines, l’ont fait distinguer nettement du sol nivelé, dont la couleur sombre, la surface lisse, lui donnent toutes les apparences des plaines d’alluvion, suivant l’expression de sir J. Herschel. »
Les Mers de la Lune sont-elles, en effet, des plaines d’alluvion ? Non, pas précisément dans le sens terrestre de ce mot. L’astronome que nous venons de citer récuse en effet cette expression comme impropre. Mais il s’appuie sur de nombreux et très-intéressants phénomènes pour admettre qu’à la période primitive