‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 10 sur 270 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

JExAN ensuite ALEXIS.

JEAN

Je le veux ! je le veux !.. je n'en ai jamais vu une plus lière que celle-I.i...

ALEXIS

Ah ! VOUS voilà , maître Jean... où est celte dame... dont a voiture a >ersé ?

JEAN

Cette d.ime , elle est là... tu l'as donc vue ?...

Oui... c'est pour cela que je me «ils sauvé.

JEAIV.

Tu la connais donc ?..

ALEXIS

Si je la connais !... apprenez, maître Jean , que c'est celte dame dont je vous parlais ce matin... celle dont fç Suis amoureux.

JEAN , effrayé.

Veux-tu le taire... aimer la comtesse de Woronskil... va-t-en d'ici... va-l-en , Taîr est mauvais pour loi et pour moi... ça sent le knout en diable.

ALEXIS

Peu importe... il faut que je me déclare...

JEAJf.

A elle?

ALEXIS

A elle-même.

JEAN

Eh bien! j'aime mieux que lu l'en ch.irges que moi... tu ne sais donc pas combien elle est méchante , impérieuse , hautaine.

ALEXIS

Je le sais, pour mon malheur!

JEAN

Et tu espères en obtenir quelque chose ?

Ce n'est poslàce qui m'inquiète... j'ai déjà obtenu...

JEAN

Toi ! un misérable vassal de monseigneur.

ha Lune de Miel, 2

ALEXIS

Oui , moi, Alexis... nn pauvre di;ible cVarlisafi,

JEAN

Obtenu?., eh 1 quoi encore ?

ALEXIS

Tout ce qu'un mari peut obtenir... elle est ma femme.

JEAN

Qu'est-ce que jentends-là ?

ALEXIS

Du silei.ce si:ilout... n'en parlez à personne... Je vous coniie-la le secret de ma vie : épris d'amour, ne sachant comment parvenir jusqu'à ell-,» , car elle avait déjà refusé plus de vin^^t partis , et pour lui plaire il faillit être duc ou baron... j'ai piis le nom d'im grand seigneur, du jeune comte de \\ oronski ^ qui était attendu à Bude. Un héritage que je venais de faire , mes économies de six an?, j'ai tout saciifié pour briller quelques jours... mais je ne puis aller plus iuin... il faut enfin tout lui avouer.

JEAN

Et comment le trouves-tu avf^c elle dans ce pays ?

ALEXL-.

Les feuilles publiques avaient annoncé que ce comte de Woronbki, duiil j ai piis le nom , \enait d'acheter sur les contins delà Pologne et de la ilussie, une terre magnifique... c'est celle-ci, f\. ma femme croyant, qu'elle m'appartenait, a voulu la visiter.

JEAN

Je comprends.

ALEXIS

J'étais trop heureux de l'éloigner de Bude et de toute sa famille , car puisqu'il faut en venir à nne explication , j'aime mieux que ce soit à deux ou trois cents lieues de son pays... voilà par quel hasard je suis revenu dans le mi^n... voilà comment , moi , qui ne suis qu'un esclave et un vassal (Je ce domaine, j'ai épousé une demoiselle sans fortune, il est vrai, mais d'une condition biensupérieure à

la mienne... m'intenavt il n'y a plus moyen de reculer.., il fa;it tout lui dire... et , je vous Tavonerai , mûtre Jean , quoique j'aie servi... quoique j'aie été soldai... j'ai peur.

JEAN

Air: Ce honFalber. (du (liailalau.) - Je le crois bien , c'est pis qu'une bataille , En pareil cas qui ne s'rait pas ému ? Au champ d'honneur on brave la mitraille; Mais au moins là , quand on s'est bien battu , Quand vient la nuit , se termine la guerre , Les combattans s'éloign't, tout est fini ; Mais en ménage , hélas ! on a beau faire , On est toujours auprès de l'ennemi.

D'.iLord tu es bien lieiu eux de ne pas être en IFoDgrie... parce qu'elle aurait commencé 1 explication par le faire pendre.

ALEXI5*

Vous croyez?

JEAN

Parbleu. .. rien qu'en arrivant ici , parce que les cliemins étaient mauvais, elle a destitué Koulikof l'intendant... Et si ce soir je ne lui laisse pas emmener ma fille au château, dieu sait ce qu'elle me réserve!... aussi je ne suis pas ingrat^, et je la délestais déjà d'une manière proportionnée à ses bienfaits.

ALEXIS

Il serait possible !

JEAN

Ainsi, juge de ce qui t'attend... ça va faire une fameuse scène... Je parie qu'cdie l'en dira, en mie demi-heure^ plus ^que je n'en ai entendu en quinze ans de ma défunte^ qui * pourtant n'était pas trop bonne.

ALEXIS

Voilà bien ce qui me fait trembler... ce que je redoute surtout j c'est le premier moment.

JEAN

Je comprends... la première explosion,

ALEXIS

Aussi, maître Jean, j'ai un servi(;e à votis demander..si vous pouviez .-.droitement . et sans trop lui faire de peine., la préparer d'abord... je paraîtrais eusiiiie...

JEAîf.

Volontiers, mon garçon ; volontiers... Tu dis, la préparer adroitement?

C'est cela.

JEAN

Et sans lui falie de peine.

ALEXIS

Oui.

jEAjf , Cl part et avec joie.

Avec plaisir... je m'en vais prendre ma revanclie.

Ail' : Venez , mon père , ah! vous serez ravi.

Je saurai bien la faire marcher droit , Je suis ravi de l'aventure.

ALEXIS

C'est une femme , et je vous en conjure , N'oubliez pas les égards qu'on lui doit.

JEAW.

A moi , mon cher , tu peux t'en rapporter ,

Va-t-en , le travail te réclame; t'ais des sabots.., il t'en faut pour ach'ter Des cachemires à ta femme.

SVSEMBtE.

Pour l'éclairer , soyez prudent , adroit ,

En dévoilant mon aventure ; C'est une femme , et je vous en conjure , N'oubliez pas les égards qu'on lui doit.

Je saurai bien la faire marcher dioit ;

Je suis ravi de l'aventure , Mais je saurai dans cette conjoncture, D'tous les maris maintenir le bon droit.

( Aleœis sort, )

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