‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 117 sur 270 · MINETTE , GUIDO · texte numérisé non relu

MINETTE , GUIDO

GUIDO , se croyant seul.

Au diable les voyages... J'ai voulu mettre le pied sur le toit; mais les diemiiis sont si mauvais... je me suis trouvé au confluent de deux gouttières... heureusement que je n'ai pas cédé au torrent... sans cela... votre serviteur... (^11 se

Jette sur une chaise. ) Mais cette pauvre Minette je ne

l'ai pas aperçue... où est -elle maintenant?

MINETTE , venant doucement et se mettant à genoux auprès (le lui.

Me voici.

GUIDO

C'est elle... la voilà de retour... Pauvre petite Minette... Pauvre petite chatte!... N'a-t-elle pas bien froid?...

MINETTE

Un peu...

GUIDO, lui prenant les mains ei les récliau^ant.

Cela vous apprendra à me quitter , mamzelle , à alltr courir le monde... Ei! que c'est vilain !

MINETTE , grommelant comme les chats qu'on caresse.

Tu ne m'en veux donc plus?

GUIDO , se levant.

Peut-être... on verra... Qui vous ramène?

MINETTE

J'ai voulu te faire mes adieux avant de te quitter pour toujours.

GUIDO

Me quitter !... tu voudrais encore me quitter?

3IINETTE.

Pour ton bonheur... car je sens bien que je te rendrais malheureux,.. IN os caractères sont si dift'crensi

(ÎUIDO.

Il est sûr qu'il n'y a pas encore conipalibilllé d'Immeurs. . . mais ça viendra.

MINETTE

Jamais... On ne cliange pas le naturel... Songez donc, monsieur, que j'ai ctécliatle... que je suis femme, cl que ces deux natures-l;i combinées ensemble... c'est terrible î

Aux : Oui , nuir, mais pas si diable.

Mon premier caractère, F,t surtout mon second , Me rendant fort légère ^ Mou esprit vagabond Ne peut rester à la maison.

Après une maîtresse On court avec ivresse ; Mais, pourriez-vous , sans cesse, Quand j'aurais votre foi Passer vos jours à courir après moi, A courir {f>is) après moi.

L'instinct, ma loi suprême Ne peut perdre ses droits ; Près de vous , la nuit même , Au moindre bruit... vingt fois Crac , on me verrait sur les toits.

Et rien (ju'à ce nuage.

Qui couvre son visage , Monsieur, dans son menaigc , INe voudrait pas , je voi , {Souriant) Passer son tems à courir après moi A courir {bis) après moi.

GUIDO , indigné.

C'est qu'elle a encore l'air de se moquer de moi Et

dire que Je ne peux pas vivre sans elle !

MINETTE

Il faudra cependant vous y faire... maintenant surtout que j'ai un nouveau maître.

GUIDO

Comment , un nouveau mailrc \

METAMORPHOSEE EN FEMME. 07

MINETTE

Oui, le fils du gouverneur... ce jeune seigneur avec le- «jucl Marianne avait fait marché, ce malin, pour tiois florins.

GUIDO

Qu'est-ce que j'apprends là?... El où l'avez-vous vu?

MINETTE

Ici même... tout-à-l'heure ; il venait pour chercher Minette... et alors je lui ai tout raconté.

GUIDO

O ciel ! quelle indiscrétion !

MINETTE

Et il dit qu'il va me réclamer.

GUIDO , vivement.

Peu m'importe.

Air : Sans mentir.

J'ai le bon droit , je m'en flatlc , Et je saurai l'emporter ; Car, enfin , c'est une chatte Qu'il pre'tendit acheter.

Lui donner femme jolie, Serait le tromper...

MINETTE , finement.

Oui dà.

Malgré cette tromperie , 'Je croîs que ce 3cigneur-là

L'aimera {bis.) Tout autant comme cela.

D'ailleurs, il n'est pas mal, ce jeune homme;.... un air ingénu, la naïveté allemande... et avec un pareil maître, je serai la maîtresse... tandis qu'avec vous, ce n'est pas facile... Vous avez de l'esprit...

GUIDO

Moi !... si on peut dire çà !

MINETTE

Et puis , il est bien plus riche que vous... Il me donnera un beau palais, de belles robes, de magnifK|ues parures.

38 LA. CIIATÏE

GUiDo , (wc.c jalousie.

Est-il possible! Et la reconnaissance que vous devez à mon amour, à mes bienfaits?

MINETTE, ni>ec malice.

Je suis désolée d'être ingrate; maisce n'est pas ma faute... c'est le naturel ; et nous sommes convenus qu'on ne pouvait le changer.

GUIDO

Oui... mais sans me prévenir!

MINETTE

C'est le naturel.

GUIDO

Se montrer aussi perfide!

ÏNIINETTE.

Le naturel.

GUIDO

Aussi girouette î

MINETTE

Ça , c'est le mauvais exemple ; parce que les bommes....

GUIDO , hors de lui.

Allez , j'apprends enfin h vous connaître. . et votre csj èce ne vaut pas mieux que l'espèce humaine.

MINETTE , avec joie.

Ah ! nous y voilà enfin... Comment ! je ne te semble donc plus jolie , à présent ?

GUIDO

Au contraire... et c'est ce dont j'enrage... mais en voyant ces jolis traits... je penserai toujours qu'il y a du ch;it iù dessous... et je vois bien qu'à moins d'un miracle , je serai malheui'cux toute ma vie.... Mais toi aussi... c'est en vain que tu espères rejoindre ce rival... tu resteras ici... maigre toi.

MINETTE , regardant lafenclre.

Vous savez bien que quand je le veux. . .

GUIDO

Oui... mais celte fois, j'y mettrai bon ordre. {^Allant h(i

METAMORPHOSEE EN FEMME. Sq

prendre la main. — JpercevavA Marianne qui paraît avec le coffre sous le bras. ) Marianne ! Marianne .'.. .

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