SCÈNE XV
St.-BRICE, HENRIETTE.
HENRIETTE
Qu'est-ce que cela signifie, Monsieur, est-ce que nous aurions quelque cousine incognito... de ces cousines de coin-
Tiande?
St.-BRICE.
Je ne sais ce qu^il vent dire, et à moins que le pauvre diable ne soit fou... Mais donne - moi vite la lettre de ma cousine, il y a un siècle que je l'attends.
HENRIETTE
Attendez... Qu'est-ce que j'en ai donc fait?
St.-BRICE.
Tu l'as perdue !
HENRIETTE
Il me semble... Ah! mon dieu je l'aurai laisse'e chez la couturière où je me suis commandé une robe.
Air : A.dieUiJe vous fuis dois charmant.
Sur le comptuir sans doute elle est , Oui , maintenant j'en suis bien sure.
St.-BRICE.
Ciel ! de ma cousine un billet , Mêlé parmi oiainte facture-' Je ne veux pas que tour-à-tour , Aujourd'hui chacun puisse lire, Une preuve de son ainouf , Avec le prix d'un cachemire.
Tu n'en fais jamais d'autres... cours vite la chercher.
HENRIETTE
Aussi c'est la faute de madame, qui me donne trente-six commissions à la fois ! mais du reste la lettre est inutile puisque je viens vous chercher , madame vous attend. St.-BRICE.
Me chercher ! elle m'attend. ( à part. ) Quatre heures et demie déjà, et mon rendez- vous.
HENRIETTE
Eh! sans doute, madame vous attend à cinq heures, elle m'a donné le cabriolet pour vous conduire, et si elle ne vous voyait pas arriver, elle serait furieuse, croyez-moi, monsieur, allons nous-en , vous ne direz pas que j'ai perdu la lettre... Vous devinez bien ce qu'il y avait dedans, des billets doux, ça dit toujours la même chose (i).
AIR : Vaudeville de V homme vert.
« A jamais pour vous je veux vivre,
» Jamais je n'aimerai que yous,
» Puis des grands mots comm' dans un livre,
» Voilà messieurs vos billets doux !
» Ces lettres-là par leur langage
/) Ressemblent ii tous vos sermens ,
)> Ce n'est qu'après le mariage
» Que vous y f'ait's des changemens.
St.-BRICE , agité.
Non , non, ma chère Henriette, je ne puis partir eu ce moment.
HENRIETTE
Vous ne pouvez partir... Voilà du nouveau par exemple... qu'avez-vous donc à faire? Je le dirai à madame.
(O Ce couplet ou le précédent peut être supprimé , si l'acteur jouant Placide est habillé promptcir.cnt.
St.-BRÎCE.
Ne plaisante pas, il faut que je mctrouvccliez le colonel, il y a un ordre du général.
Monsieur, monsieur , il y a du louche la dedans , le régiment est parti, elle colonel aussi.
St.-BRICE.
C'est juste, mais c'est le préfet qui m'a fait dire... enfin tu sais bien que si je le pouvais je volerais près de ma cousine...
HENRIETTE
Enfin, ça ne me regarde pas, ce n'est pas moi que vous ■devez épouser. '
St.-BRICE.
Nous partirons dans une heure... mais ma lettre , je l'en con j ure !
Air : A la hussarde.
Rends-moi je t'en prie,
Sa lettre chérie ,
Finis mon tourment.
Quand vers sa belle' il ne peut être , Qui vient consoler un amant?
C'est une lettre.
Semblable à ces divins auteurs , Qui toujours charment leurs lecteurs, Quand femme daigne nous écrire, Ses lettres font croire au bonheur , Et même en les sachant par cœur On aime encore à les lire.
Rends-moi , je t'en prie , etc.
HENRIETTE
Ah! quelle folie!
Ensemble, l Calmez, ie vous prie,
Ce transport brûlant.
De retour bientôt je vais être, Mon dieu quel bruit fait un amant , Pour une lettre.
( Elle sort- )