‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 135 sur 270 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

St.-BRICE, PLACIDE, sous le nom de madame Bataille , et portant un carton sous son bras,.

PLACIDE

Ah! ouf, ah! dieux, il fait une chaleur invraisemblable.

St.-BRICE.

Allons., qui donc m'arrive encore ?

PLACIDE

Monsieur , je voudrais avoir l'avantai^e de parler à M. le capitaine St,-Brice, français et militaire, il ne peut refuser

audience à mon sexe.

St.-BRICE,

C'est moi, madame, bon dieu, quelle tournure, qui êtes-vous je vous prie?

Autrefois, j'étais la farouche "Hortense , aujourd'hui je ne suis plus que madame Bataille, monsieur... on pourrait croire que c'est un nom de guerre... mais c'est celui de mon époux, feu M. Bataille , parlant par respect : il fût un temps où sans être connue, je nie prcseulais chez tous les officiers généraux, ma figure me servait de recommandation. Telle que vous me voyez, je puis dire que j'ai été jolie femme... Jolie femme !...

( 32 } St.-BRICE, Cela se voit aisément.

PLACIDE

Air : Quand faisais quinze ans.

Je ne puis nier Que madame Bataille,

N'eût jamais la taille,

D'un carabinier.

Mais en garnison , De Bayonne A Péronne,

J'avais le surnom ,

DUortense Pompon.

Tout le régiment Subjugué par mes grâces ,

Dans le sentiment.

Marchait tambour battant.

Les ris , les amours Manœuvraient sur mes traces,

Mais rhonneur toujours.

Contre eux fut mon recours.

Le sixième corps De notre belle armée,

Dirait sans eflbrts, Toute ma renommée.

Tous les bataillons ,

Vantaient mes façons ,

Mes perfections, (bis.)

Je ne puis nier, etc.

St.-BRICE, riant.

A VOUS entendre, inaJame , on dirai^ que vous avez servi.

PLACIDE

Si i'ai servi , certainement, monsieur , clans la cavalerie, l'arlilleric, et le corps des tambours, dans la personne de mes trois maris.

St.-BRICE.

Faites moi l'honneur de me dire en quoi je puis vous être agréable j mais dépêchons.

PLACIDE

Agréable? ah ! oui , monsieur , et beaucoup ! on peut

Joujours obliger les dames, quand on est français et

militaire.

Sr.-BRICE.

Au fait je vous en prie, j'ai un^ffaire pressée.

PLACIDE , s'asseyaiit.

Je n'ai absolument que deux mots à vous dire.

Veuillez- vous Iiâtcr.

PLACIDE

Ah! soufflez que je vous regarde... Ah! dieu, de profil surtout... pardonnez, mon attendrissement, j'ai cru voir mon Lolo... c'est mon fils, monsieur, c'est pour lui que j'ai pris la liberté' de venir.

St,-BRICE.

Ah! c'est pour lui!

PLACIDE

Oui , monsieur, cet enfant là, c'est mon adoration, c'est le dernier gage d'amour que m'a laissé feu M. Balaille , mon troisième époux; aussi que de soins ce cher petit ne m'a-l-il pas coûté! ah! je puis dire que j'ai été sa mère depuis \lpha, jusfju'à Bcta , monsieur, je me relevais moimême toutes les nuits pour lui donner le fouet. Je ne voulais m'en rapporter qu'à moi, pour tout ce qui touchait ce pauvre petit ange.

Sr.-BRlCE.

Il parait en effet que vous l'aimiez.

PLACIDE , sossuyant les yeux.

Comme une mère est capable d'aimer, c'est tout dire, eh! bien , mon cher monsieur, Lolo n'a pas eu la moindre reconnaissance de tout ce que j'ai fait pour lui... Ah! les monstres d'enfans, on ne sait comment les prendre, heureusement que je ncn. ai eu que treize, car ils ont tous si mal tournés ,. coiriez-vous que ce Lolo, ce dénaturé depuis deux mois , il est soldat dans votre re'giment , et je pe le sais que d'hier.

St.-BRICE.

Dans notre réaniment?

Oui, Monsieur, soldat , simple soldat, le fils d'nn tambour

Cinq heures. 5

major, quelle lioncui! . Ah! Monsieur, je n'ai d'espoir qn'di vous j vous preiulrcz pitic d'iirn' veiivc désolée d'une mère infortunée.

St-BRICE,

Eli bien ] Madame , vSSs Vi)udricz que votre fils eût son congé'?

PLACIDE

Ali! mon clier Monsieur, au contraire, je voudrais qu'on l'envoyât li' plus loin possible, afin de ne plus en cntendie parler.

St.-BRICE Ah', ah !

PLACFDE.

D'abord ça lui ferait faire son chemin.

St.-BRICE Comment l'appelez-vous? Je no connais personne dans la compagnie qni porte le nom de Bataille. Pt^ACIDE.

Son nom !.. il se nomme... il se nomme François Vous devez avoir nn François dans la compagnie. Sr..BRICE.

C'est vrai-, mais vous dites qu'il nie ressemble, et François est un grand diable. .

PLACIDE

Depuis que je ne l'ai vu il aura grandi... Ça grandit si vite le fils d'un tambour major.

St.-BRICE, allant à la nlle.

Je crois même que J'ai là son engagement. ( // iii.)

François...

PLACIDE

C'est ça.

St.-BRICE.

Dit j'Echalas.

PLACIDE

( ,'csl bien ça.

St.-BRICE

Sans père ni mère... [s'inlerrompanf.)

PLACIDE

(Vcsl bien ça.

Sr-BRICE.

C'>mnient ! s^nspère ni mère ! ali ! ça , qu'est-ce que vous yrtiez donc de me dire?

PLACIDE

Ah! l'hoircui! Il n'a plus de père, il est viai.,. puisque mes trois époux... uiais renier sa njèrc , l'indigne! faire croire qu'une liounètc lennne comme moi fail dos enfàns qui n'ont tii pèr'j ni môio. , ali! dieux ! aliîdicux ! ah! dieux!

Sr.-BRICE.

Pauvre femme ! elle étoufi'e.

PLAClDir; , se calinaat.

Air surplus, eapitainc, ce n'est pas là le i,eul objet qui

m'amène auprès de vous.

Sr.-BRICE.

Encore ! pardon,..

PLACIDE

Madame de l'réval est sur le point de convoler en .secondes noces.

Sr.-BRICE.

Gommcul ! cela court dans la vilit !

PLACIDE, liraaliinc tabatiete.

C'est du moins ce que niademoiscU'-. HenriellP a dit the- 1.1 lingèrc dop.t le mari tient lui débit de tabac , et elicz lequel j'étais entrée pour prendre ma demi-once. . cii itses-vous , capitaine?

Sf.-BRICE.

Celte petite sotte s'est permis...

PLACIDE

Je me suis dit, c'est un mariage,.: il y aura une corbeille ^ in;ec mystère. ) Nous sommes seuls, n'est-ce pas?

St.-BRICE.

Qu'est-ce qu'il y a donc?

PLACIDE

Je suis venu vous offrir un voile et du petit point d^*^nglcterre qui ne sont pas très... vous m'entendez, Sr.-BRICE.

Vous faites la contrebande?

PLACIDE

Il faut bien faire quelque chose quand on tôt veuve t t qu'on a l'idée de rester honnête... Si vous avez be3i>iii de

mousseline des Indes, de cigares de la Havannc, de dcntc-lles , de rasoirs anglais, tout ce que j'ai est de contrebande. J'ai passé tout ça, mais, dame , aussi j'ai eu de l'astuce. .St.-BRICE.

Eh! Madame^ nous verrons plus tard; mais il faut que je vous quitte... pardon...

( Il remonte la scène. ) PL.4CIDE , appuyant.

Mais au moins ce voile noir pour le deuil... c'est de rigueur.

St -BRICE , rarrêtant.

Porr le deuil ! que dites-vous?

PLACIDE

Comment! vous ne savez pas encore? le cher oncle de madame de Prcval...

St.-BRICE.

M. Champvilliers , de Londres, qu'elle chérit comme un père?..

PLACIDE

Précisément! [d'un air riant. ) Il est mort, le pauvre cher homme.

St.-BRICE.

Mort ! ah , mon dieu !

PLACIDE

Dans une traversée le paquebot à coulé bas. Je sors de chez le notaire de madame, qui me l'a assure. Dans noire état, nous allons partout, nous entendons tout... Il est même fort embarrassé pour apprend] e la nouvelle à la nièce ^ mais puisque vous ne m'achetez rien, je vais me rendre chez madame Préval, et, tout en lui montrant mes carions, je lui annoncerai tout doucement... St.-BRICE.

Pour lui causer une révolution!. Pauvre cousine!.. Restez, Madame, restez... j'achète tout... Voyo7is, voyons, sui*out n'allez point an château.

HE^'RIETTE , ei. .lel.ors.

Benoît ! Benoit !

PLACIDE, U part

Dieux ! la petite ft'nime de chambre ! moi qui ai pris- sou carton pour me servir de passeport.

( On entend encore Henriette. )

St. BRICE , toiiiaanl par sa gauche-

C'est la voix d'Hcnrictle.

PLACIDE , a paît.

Me voilà saisi à la douane... Eh! vile, eh ! vîlc.

( // se sauue dans le cabinet de ^avehe, )

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