‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 183 sur 270 · SCÈNE lî · texte numérisé non relu

SCÈNE lî

LES, MÊMES , MARIANNE , mise très - simple , tablier

noir.

MARIANNE

Pardon , maman. . . . c'est que. . , .

GENEVIÈVE

C'est que. . . c'est que. . . vous n'avez jamais la tête à ce que vous devez, faire , mamzelle , vous vojez que votre père attend sou café. . .

MARIANNE

Tout de suite, maman. (Elle va chercher les tas- 'ses, etc.)

RAiMBAUT, bas à Geneviève.

Allons , femme , un peu de douceur.

GENEVIÈVE

Ahî te voilà déjà , loi, pour la soutenir.

RAIMBAUT

Du tout. . . . mais c'est que quand tu t'y mets aussi. . . tu la grondes trop.

GENEVIÈVE, brusquement.

Et toi , pas assez.

RAIMBAUT

Eh bien ! ça se compense . . .

JOLIVET

Air : Vaudeville de l'Anonyme.

Avec un' fill' j'sais bien dans l'fond de l'ame Qu'on trouve h, r'prendre à toute heure du jour;

Arrangcons-nouS tous les deux , ma bonn' femme, Pour la gronder chacun à notre tour.

Conti'e un enfant dont Psourir' nous désai-me Tous deux ensembl' nous n'devons pas crier... Et, lorsque Fuu a fait couler un' larme , Wfaut-il pas quTautr' soit là pour Tessuyer?

JOLlVET.

C'est comme moi, quand mon père me donnait Jea soufflets, ma mère me donnait des confi tuiles. Pauvre mère! il me semble que je vois encore ses tartines ! Ali ! il n'y a que le cœur d'une mère qui puisse faire des tartines aussi longues!

jVîarianke, posant la cafetière.

Voilà votre café , mon papa. {Prenant la main de sa mère.) Tu ne m'en veux plus, maman?

GEMEviÈVE, ai^ec tendresse.

Est-ce que ça peut durer! . . . Embrasse-moi.

Elle l'emLiasse.

RAiMBAt'T , à sa fille.

Et bien I . . . et moi. . . est-ce que je n'aurai rien ?.....

Marianne lui saute au cou et s'assied entre eux deux,

JOLIVET, à par t.

Est-elle gentille.'^. . . et dire que je l'aime depuis qu'elle est revenue de nourrice, sans avoir jamais osé m déclarer. . . ça m' dessèche . . . quoi . . .

GEiTEViÈVE , à Jolivet.

Et toi. . . tu ne déjeûnes pas ?. . .

JOLIVET , prenant un morceau de pain.

Si , mame Raimbaut. ( A part. ) Faut que j' les mette un peu sur la voie. . . pour voir si ses parens y mordraient.. . ÇJl mord dans son pain et parle la bouche pleine, ) Dites donc , monsieur Raimbaut , vous rappelez - vous . . . un soir. . .

RAiMBAUTà

Quel soir?

JOLIVET

Un soir , il y a seize ans , quand vous étiez menuisier à

Paris.. . qnr ce monsieur qui so disait mon cousin. . . est venu vous demander a souper, et à le sauver. ...

RAIMBAtT.

Ah ! ce pauvre émigré. . .

JOLIVET

Que mamzelle Marianne était dans son berceau. . . je la vois encore. . .

KAIMBATJT.

Si je m'en souviens, .. Une minute plus tard il était perdu ! . . ".

JOLIVET

Et maintenant. . . C'est une demoiselle , il faudra bientôt

la marier

RAiMBALT , sa/is Técouter.

Pourvu que le pauvre homme ait pu regagner la frontière.. .

JOLIVET , à part et jetant son pain.

Allons j ça ne prend pas. . . ça m'ôte Tappétit. . . MARIANNE , se levant de table.

N'est-ce pas lui qui m'a laissé cet anneau que je porte toujours à mon cou ?. . .

RAiMBAUT , de même.

Nous l'avons pensé dans le temps.

GENEVIÈVE , avec humeur et se levant aussi. Joli cadeau , pour tout ce que nous avons fait pour lui.

RAIMBAUT

Eh bien I ma bonne Geneviève , est-ce que le malheur a changé ton caractère.^ on dirait que tu n'as agi que par intérêt.

GENEVIEVE

Le ciel m'en préserve ! Mais enfin n'est-ce pas lui qui est cause que nous avons été en prison pendant dix-huit mois, que ton atelier a été fermé et que nous avons été obligés de venir nous réfugier à Montaigis , où j'avais un cousin qui nous a cédé ce magasin de toiles

JOLI VET

Et moi donc î . . . est-ce que je n'en ai pas eu ma part, rapport à Témigré ? Obligé de rejoindre l'armée de Samber- Meuse. . . forcé de me battre. . . Mais pour ça. . . j'ai une grande consolation. . • je peux dire que je n'ai pas un coup de fusil sur la conscience. . . j' tirais toujours les yeux fermés et le canon en l'air. . . Par ainsi , si j'ai tué quelqu'un , ça n'est pas ma faute. . .

GENEVIÈVE

Et dire qu'il ne nous a pas donné une fois de ses nouvelles !

nAIMBAt'T.

Le pauvre liomme est peut-être mort. . .

GENEVIÈVE

Ou rentré dans sa fortune avec une bonne place ... et il est devenu ingrat I on ne voit que ça !

RAIMBATJT.

C'est possible , mais ça ne m'empêclierait pas de recommencer. . .

Âir : Dans ce castel Dame de haut lignage.

Oui , des ingrats qu'import' rindifférence !

A nos devoirs n'soyons pas moins soumis j

Un' bonne action porte sa récompense ,

Et tôt ou tard on en reçoit le prix. . .

Wnous plaignons pas de la gêne oii nous sommes ,

Si le peu d'bien qu'nous faisons ici-bas

Est trop souvent oublié parles hommes,

Regardant le ciel.

Il est quelqu'un qui ne l'oubliera pas. Si l'bien qu'on fait est oublié des hommes , 11 est quelqu'un qui ne l'oubliera pas.

MARIANNE , éiniie.

Oh oui ! . . . mon père a raison .

GENEVIÈVE, avec ironie.

Mon père a raison ! . . . Avec ce beau désintéressement , nous verrons comment il te mariera . . . Quand not' commerce va de mal en pis. . . qu' nos créanciers ont un jugement, et qu'aujovira liui même nous pouvons être saisis...

Marianne, effrayée.

Ociel!

JOLIVET

Comment ?

^AiTA^kvT , frappant du pied.

là ! maudite langue !. . . pourquoi parler de ça devant cet enfant , et l'effrayer. . .

MARIANNE

Il serait possible !... Vous seriez menacés et vous ne m'en disiez rien 1

RAIMBALT.

Rassure-toi , INIarianne , nous avons des ressources. . .

GENEVIÈVE

Aussi pourquoi signer des effets , des lettres de cliangc...

RAIMBAUT

Eh I morbleu ! . . . est-ce que c'est moi . . . Quand nous avons acheté le fonds de ton cousin , nous avons cru bien faire de nous charger des recouvrcmcns et de quelques dettes qui ne paraissaient pas inquiétantes. . . La maison était si bien achalandée- . . ,

GENEVIÈVE

Je crois bien.,, à la Toison d'or, iNIartin et compagnie... IN^ous en avons conservé l'enseigne et le nom.

HAIMBATJT.

Oui, mais nous n'avons conservé que cela. . . Les écus ont disparu. . . . Les efléts sont venus à échéance. . . . Les marchands de Paris qui les avaient souscrits ont manqué.., et comme il n'y avait plus que nous de bons ... ou retombe sur nous . . .

M A.RlA>':>fE.

Et vous n'avez aucun espoir?

BAIMBAL'T.

^i fait. . . si fait. . . ma chère enfant. . . nous en serons quittes pour la peur. . , J'ai pressé les reconvremeus, et aujourd'hui même... on m'annonce 10,000 francs, qu'un banquier de Paris doit m'envoyer.. .

GENEVIÈVE

Enfin on est heureux de voir tout en rose.

KAIMBAUT.

Ça vaut mieux que de voir tout en noir.

JOLIVET

Oui, c'est plus gai.

GENETIÈVE.

Il n'en est pas moins vrai

RAi:\îBAt7T, la poussant.

Ah. î tu vas recommencer ! Descends à ton magasin ;

et toi , Jolivet , va porter ces factures à leurs adresses

GENEVIÈVE

Est-ce que Marianne ne vient pas?

RAIMBATJT.

Je vais te l'envoyer , et surtout , femme, fais comme

moi , ne te tourmente pas.

Air : J'ai J'I'argent.

Ça va bien (his).

Quand l'honneur ne risque rien.

Ça va bien {bis), -,

La conscience est l'premier bien:

J'ai d'ia force pour veiller , J'ai des bras pour travailler^ Un ménage qui me plaît Et l'souv'nir du bien qu'j'ai fait.

Ça va bien , etc.

Tans que j'aurai d'ia gaîté, D'I'espérance et d'ia santé.

Bravant les coups du destin Je chant'rai soir et matin...

TOUS

Ça va bien , etc .

Conevicve sorlpar le fond el Jolivet par la porlc en faisant JlS sijiues à Maiianuc,

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