SCÈNE II
Les mêmes, JOSÉPHINE.
TOUTES, ensemble.
Bonjour, Mademoiselle. . . . vous vous portez bien. Mademoiselle?
MIMI
Vous avez bien dormi , Madame ?
JOSÉPHINE, (Vwi air langoureux.
Non, très-peu; j'ai été voir hier ce Joueur delà Porte- Saint-Martin ; c'est gentil, mais çà fait mai. . . .
MIMI
Cà vous a fait mal ? . . . . ah ! que vous êtes heureuse ! ... » le mélodrame c'est ma passion.
HENRIETTE
Moi aussi, le mélodrame et des rubans roses. . . •
JOSÉPHINE
C'est lout au [)his si j'ai eu le courage de m habiller. • • .
HriVRIETTE.
Ah ! la jolie robe ! comme elle vous prend bien la
taille!
MIMI
Od dirait que vous êtes amincie. . . . est-ce que vous avez un col•^et neui ?
JOSÉPHINE
Non, mais je maigris beaucoup.
MIMI , à part.
Oui, elle recule tous les jours ses agrafes. . . .
JOSÉPHINE, ayec un soupir.
Ce n'est pas étonnant! quand on a autant de soucis.
HENRIETTE, buS à Mivii.
D'avoir vingt-huit ans.
MIMI, bas.
San.", avoir pu trouver un mari.
JOSÉPHI>"ï.
Eh Ibien ! Mesdemoiselles, notre trousseau avance-l-il?
MIMI
IVouS ne le quittons pas.
JOSÉPHINE 5 à Thi-rdse.
Comment , Thérèse, cette pèlerine n'est pas achevée?. . . depuis deux jo\us que vous la tenez?, . . .
THÉRÈSE
Daniel l'ouvrage ne peut pas se faire tout seul. . • . el puis c'est si ingrat. . • .
JOSÉPHINE
Je crois bien, pour monter trois ruches, vous faites des petits points quand il ne faut que bâtir. . . . Songez donc que pour un trousseau de mariée, ce n'est pas à la solidité que l'on tient. . . .
THÉRÈSE
Mais , Madame ....
JOSEPHINE
Mais, Mademoiselle, je suis fort luécoutente de vous. ..:.■'. A la sollicitation de votre oncle M. Bonnard , honnête marchand de bois de Joigny , j ai consenti à vous prendre chez moi.. . . parce qu'il m'a dit que vous étiez orpheline. . . que lui-même avait des affaires embarrassées ; enfin il a intéressé ma sensibilité .... et quand on me prend, pai' la sensibilfté ^
je ne sais plus ce que je f^is ; {en soupirant) ce n'est pas la preinicre lois que j'y suis prise.
Mais mon Dieu, Madame, qu'avez-vous donc à me reprocher?
JOSÉPHITVE.
Que vous ne faites rien , que lorsqu'on vous envoie en ville, vous ne revenez jamais; hier encore, pour aller chez Mani'zelle Julia , celte actrice qui se fournit chez nous , vous ave/ mis deux heures. On vous a rencontrée plus d'une fois causant
avec un jeune commis en soieries de la rue du Bouloy
cela sent la modiste. Mademoiselle .... et ce n'est pas ainsi que vous parviendrez à être à la tête d'un magasin.
AIR : Je loge au {juatrième étage.
Avec le travail , la conduite , On s'établit enfin pour soi ; Puis un bon époux vient ensuite. . .
C'est le seul moyen, croyei-moi.
THÉKtSH.
Pas toujours à ce que je voi !. . .
Si la méthode était si belle ,
Comment n'avez-vous point enfin D' mari... depuis le temps , Mam'zello,
Que vous êtes en magasin.
Depuis tout le temps, Mademoiselle,
Que vous êtes en magasin.
HEiNT.iETTE , bas à Miiiii 0!i 1 P'is mau\ais!
Miivn , de même.
. Je l'ejnbrusserais pour celui-là. ....
30&v:v\\\^^ s se pinçant leslèvres.
Je ne conçois plus cette petite fille, elle a un ton.. . {Aux autres.) Allons . Mesdemoiselles, le magasin est frolté, venez disposer l'étalage et garnir les comptoirs. {A Thérèse.) Thérèse, vous resterez ici jusqu à ce que votre pèlerine soit finie... Ah! Mam'zelle Mimi, ne mettez pas trop d'articles dans la inQntre de mon côté, voiis m'ôtez le jour et cela me gène pour travailler.
Mi^iifàpart. ,;
Et pour voir ceux tpii s'arrêtent devant Je rjiagasin.
TJVTES , en sortant.
Mi\ : Au plaisir , à V amour.
Pour former ces atours , l'mployons notre adresse, JDc'pêc .DUS. . . le temps presse ,
Et les j<«urs
Sont si court'*
( Elles sortent. )