SCENE IV
THÉRÈSE, DUROSIER, mise éléganie de vieux garçon , cheveux à la Titus bien poudrés , lorgnon^ etc.
DUr.osiER , parlant au magasin.
C'est bon. . . c'est bon , ne vous dérangez pas; Mam'zclJe Thérèse va me choisir mes cravates. {Il referme la porte.)
THÉUÈSJÎ.
C'est vous, Monsieur Durosier ! ah! que je suis contente de vous voir ! . . .
DUROSIER , le doigt sur la bouche.
Chut. . . mon petit ange, on peut nous entendre. . . .
THÉRÈSE
Que c'est donc ennuyeux de ne pas pouvoir causer à son aise !
nUROSIEK.
C'est ce que je vous dis tous les jours. . . une foisau théâlre, au moins vous serez libre, et je pourrai vous donner mes conseils. . . à toute heure. . . dans l'intérêt de l'art, car je ne coniiais que cela, moi , l'intérêt de l'art , . . Les jolis yeux ! . . . . La Demoiselle. o
AH '. iqu<î Rc siîis-je déjà engagre ! car ici vrai ,
Monsieur Durosicr, jfi ne respire plus, je rrcxistc plus.
DUnOSIEK.
Eh bien ! ma belle petite, j'ai une occasion unique et qu'il faut saisir aux ciieveux ...
THlinÈSK.
Ocoi donc?
DUROSIETw
Une jeune débutarile- . . qui donnait les plus grandes espérances et qui devait paraître ce soir, elle vient d'être enlevée ....
THÉRÈSE
par un directeur de province?
nrnosiEH .
Kon. . . par un jeune seigneur du Daneinarck- • • Ce n'est pas tout-à-rait dans l'intérêt de l'art. . . mais ces Danois, çà va si YÎte.... quand c'est lancé'..... Vous sentez, cher bijou, qu lin pareil événement a mis 1p théâtre en combustion ....
THt'.d.SE.
Klie était aniionnf'e. . . .
DUKOS[F.R.
Pour aujourd'hui , et il n"v avait d'autre ressource que la bande fatale sur l'affiche. . . ma foi, je me suis aviséd'un coup de tète; vous savez combien ils ont tous de considéra/ion pour moi.
AIR : Gn]j a (juc Paris.
Ces Messieurs vantent mon bon goût, Us dînent souvent à ma table ; Et les dames nraimenl beaucoup.
Je sai> leur âge véritable !. . .
Et je suis leur adorateur En amateur.
Mf'me Air.
Sans elTarouclier les maris , Je coîfl'e Euterpe et Polymnie ; Aux plus vieilles pailles de riz.
Aux jeunes pailles d'Italie; ISnfin je suis leur bienfaiteur. . .
En .iniâftrur.
Elï bien !
Dt'ROSlliR.
H-h bien ! je it:c suis présenté hardiment, j'ai déclaré uiiô, j avais une peisonr.c charmante qui était prôte à jouer à la, place de la débutante. • . et cet+e personne c'est vous. . . THÉriÈSE, troublée.
Moi ! ah ! mon Dieu! y pensez-vous? ce soir !
DUKOSIER.
C'est ï'^ le joli. ... si je venais vous dire que a ous débutez dans quinze jours, ce seraient quinze jouis de laiines et de lourinens , nous aurions les yeux rouges, la voix latiguée. . . il faut prendre la Italie au bond. . . . d'aatanl que çà ne se représente pas sou\ent. . . . on n'enlève plus les acliit.cs, le bon temps est passé. . . .
THÉniSF.
INi 'importe, je ne pourrai jamais. . . .
DUROSIEH .
Soyez donc sans inquiétude , je vous dis que vous aurez le plus beau talent..... et puis mes débutantes ont toujours
réussi L'autre semaine, cette soubrette à l'Odéon , ceîîe
petite danseuse à l'Opéra , c'étaient de moi. ... Et hier encore , un premier sujet chez Franconi. ... je sais bien que ce
n'est pas c'est seulement pour vous dire comme j'ai la
main heureuse. . . •
TULI'.LSK.
Et c'est aux Boule^arts que je débuterais!
DUr.GSlER.
Du tout. . . je vous gardais cela pour la bonne bouche. . , c est . . . ( // lui parle à V oreille.)
THÉRÈSE, se récriant.
Ah ! dieux î . . , c'est impossible ... un théâtre conmie celui-là . . .
DUROSIER.
Mais, petit monstre, c'est ce rôle que vous sa\cz si bien . que vous m'avez répété avant-hier.
THÉRÈSE
Et Prosper , quest-ce qu'il dirait à son retour . . .
DUROSxF.R.
Prosper ! . . . hein 7 qu'est-ce que c'est cjue rà . . . Pros- P'^r ? . , . ,
( '2 ) THÉRÈSE
C'est ... ce jeune coininis tle la rue du Bouloy . . . dont je vous ai parlé , que je dois épouser .... Ah ! vous viendrez Rous voir dans notre petit ménage, n est-ce pas. Monsieur?... nous vous recevrons comme un père ....
dukosier, à pari.
Comme un père... est-elle naïve... \\\im.{HaulÀireYii\ei\ei^ clier amour . . . M. Prosper ... les petits jeunes gens ....
il faut vous défaire de ces idées-là Dans la carrière que
Aous allez embrasser .... les maris . . . . çà nuit à 1 avancement ....
THÉRÈSE
Comment, Monsieur?
DUROSIER.
Sans doute, les soins du ménage sont incompatibles avec nos études . . . La preuve , c'est que tous les jours vous voyez des artistes obligées de quitter leurs maris . . . dans Tinterêt de l'art . . . Plus tard je ne dis pas, mais ne pensons maintenant qu'à notre grande affaire, il faut se décider . . .
Ain ; de la Pénélope ou du voisin.
Allons, mon enfaat , Qu'ici rien ne vous inquitce, Mon pressentiment M'apprend Qu'un succès nous attend.
J'ai fait En secret Préparer pour votre toilette L'attirail charmant Qui rend Le talent Plus brillant.
Primo Le chapeau, Le grand schal et la robe anglaise , Dùt-on l'emprunter, Il faut cela pour débuter.
Quittez ce bonnet
]'our le b(irct A J'é, ossaise ; Ce fichu mesquin Pour le cachemire arlequio.
Mon cocher l'Eclair Attendra dans la rue obscure,
On a si bon air Lorsque l'on peut dire , mon cher
Le temps n'est pas beau , Menez-moi jusqu'à n^a voiture.
On voit le landiw, . .
L'cagagement est bien plus beau;
Pour avoir enfin Une dame qui vous présente,
Dans son magasin Je prendrai madame Gazin ;
Il laut par pudeur Une mère ou bien une tante ,
Par un grand bonheur Le père n'est pas de rigueur.
N'hésitez donc pas! . . .
Dans c^-fle carrière brillante ,
Quel est l'embarras?
C'est de faire les premiers pas;
Mais quand ils sont faits, On voit plus d'ime débutante
Qui passe aux Français , Les autres passent aux Anglais.
Mais quant à l'écart On met une jeune première ,
A Rochechouart Elle va cultiver son art ;
Et là , chef d'emploi , Elle a des succès hors barrière j
Sans peur , sans effroi , Et pour les plaisirs de l'oclro .
Vous au premier rang, J'en suis garant Tout vous appelle ; Ne balancez plus ,
( '4 ) IfTOHs aurez a tu- «Itbut»
Des bravos, dfs cris ; Une foule toujours nouvelle,
Argent, gloire, amis, Vous ferez courir tout Paris.
( On entend appeler en dehors ) : Tliérèse ! Thorise î THÉRÈSE, efl'rajée.
Ces demoiselles! ah! mon Dieu! qu'on ne nous voye j);isensemble.
DUROSIEK.
Je me sauve . . . voire dernier mol .... vous consentez ,n'est-ce pas?
THÉRÈSE
IS^on , non, je suis si émue . . . laissez-moi réfléchir.
DUROSiER . à part.
Elle veut réfléchir, c'est qu'elle est décidée . . .
THÉRÈSE, se rappelant.
El vos cravates . . .
DL'r.OSIER.
Vous m'envei'rez la première douzaine venue, . . . Adieu ,. ma petite Mars, ma petite Gavaudan. . . il laut que je baise celle jolie inain. • . dans l'inlérèl de l'art. . . Reprise de V air précédent.
DL'r.osiEr-, Allons , mon enlant , Qu'ici rien ne vous inquiète , ÎMon pressentiment
M'apprend Qu'un succès nous attend.
Dans mon zèle ardent [Je coui's commander la toilette Qui, chez nous souvent.
Double encor le talent ]Nais>ant.
Je n'ose vraiment , J'éprouve une rralnte secrète
Le pressentiment
Trahit souvent
L'espoir naissant.
Oui , dans ce moment , Tout bas la prudence répète ,
C'est en débutant Qu'il arrive maint accident.
( 11^ sortent . chacun d un coté , elle par la çauche.)
flK DU J'KEMIEK. T.\Bl-EAr.
ENSEMULE.