SCENE PREMIEREo
THERESE, seule.
( Elle entre seule par la porte du fond et pose sur la table de la pâtisserie enveloppée danf un papier. )
C'est fini... j'ai donné ma parole... c est ce soir que je m'élève. [Respirant un peu.) Oui"! je n'en peux plus d'avoir monté mes six étages ! . • . le diJiicile était d'avoir congé pour toute la journée. , • mais mademoiselle Joséphine est si sensible... je n'ai eu qu'à dire : « Ah quelle migraine affreuse ^ j en ai la fièvre. — Vraiment .' allez 7)ous coucher ma chère , dépêchez-vous ., je ne me le suis pas fait dire deux fois.... oui , mais ne nous amusons pas.... mes fers sont au feu... 11 faut que je repasse ma collerette, ensuite je repasserai mon rôle. . . c'est à une heure que madame Gazin vient me prendre.... {elle repasse) le plus drôle, c'est de paraître
sous le nom d'une aulre. ... Je n'ai pas pu y tenir, j'ai été regarder l'afllclie, çà m'a fait un effet, de me voir au coin de la rue , en grosses lettres : Pour le premier début de viade- Tfioiselle Mirza.... Personne ne se doute que çà veut dire mademoiselle TJiérèse Guillot.. . Ali !. .. . et mon dîner, au milieu de toutes mes courses, je n'aurai pas le temps d'y penser... j'ai pris deux brioches au Perron, çà me suffu-a... un jour de début, la joie vous ôte l'appétit. . . . {elle repasse).
Air : Païens, viens viens. {fraise de la demoiselle à marier.)
Quel plaisir ! quel plaisir !
De paraître sur la scène !
Quel plaisir ! quel plaisir !
De s'entendre applaudir !
Oui, je nie vois en Aline ou Cbimëne , Mon seul aspect d'abord séduit, enchaîne; Pour ui 'écouter, chacun respire A peine... Timidement je baisse ainsi les yeux, Un doux murmure aussitôt m'encourage , Je parle enfin... et je déclame au mieux !... On m'applaudit... Ali! grands dieux ! quel tapage! Jamais débuts ne lurent plus heureux.
A chaque mot nouveau, Bravo !
Les vers pleuvent sur le théâtre.
Le lendemain.
Sur mon chemin , Une foule plus idolâtre Envahit encor le théâtre ,
Et c'est moi Qui met Paris en émoi.
Ah!... quel plaisir, etc.
( Elle 7.'a chercher le pot à Veau ei le verre , et mange tout eu continuant à repasser. )
Ce n'est pas un dîner de premiei sujet, niais dieu merci, c'est le dernier que je prendrai dans ma mansarde, quanti je serai dans mon bel appartement, recevant à ma table les artistes, les i^ens de lettres. ( se versant un verre d'eau. ) Je verserai du Champagne à mes auteurs , car j'ainai mes auteurs aussi - moi, je les soi«neiai pour qu'ils me fassent des rôles, parce
qu'on touche des feux . . . [jetant son fer. ) Oh ! L'i, là , je me brûle... Eh! bien, ce qui me fera phis de plaisir que tout cela. . . c'est mon pauvre oncle Bonnard, qui a tant de mal dans son commerce, au moins je pourrai l'aider, lui être utile ! je serais si heureuse! (on frappe à la porte,) C^ est madame Gazin qui vient me faire répéter. ( elle prend la irocliure ., et va ouvrir en fredonnante ) Venez , charmantes Bayadères. ( elle ouvre. ) O ciel! c'est Prospcr.