SCENE II
THÉRÈSE, PROSPEB.
PROSPER, d^un ç^rand sang-froid.
Eh ! bien, Mam'zelle, qu'est-ce que vous avez, (uTest-ce qui vous dérange ?
THÉRÈSE, embarrassée.
Moi, rien.. . c'est que. . . c'est que. . . je ne vous altendais pas sitôt. . • et l'étonnement. . . la joie. . . PROSPER , avec anierlunie.
Oui, la joie.. . elle ne vous étouffe pas toujours.
THÉRÈSE, à part.
Ah ! mon dieu, quel embarras! ... et comment faire pour qu'il ne se doute de rien . . •
PROSPER, croisant les bras.
V'ià donc comme vous me recevez, quand je reviens à l'improviste poiu- vous seule. . . au risque que mou bourgeois me casse sa demi-aune sur les bras.. • mais çà ne me surprend pas. . • il y a long-temps que je soupçonne la vérité. THÉRÈSE, alarmée.
Comment?
PROSPEi".
Oui , Mademoiselle, il est inutile de dissimuler. . . je sais tout et je ne sais rien. . • j'entends par là que j'ignore absolument ce que vous faites.. . mais que je devine ce qui m'at* tend. . .
THÉRÈSE
Et que savez-vous , Monsieur?
La Demoiselle. 5
PhOSrtu , vi\-cineiil.
Que \o\is inc préparez une trahison !
THÉnÈSl.
Moi !
PKOSPEP.
Pendant mon absence... vous n'avez fait que courir les sjicctacles, les promenades , avec qui? je n'en sais rien... niais vous n'y alliez pas seule. . . car vous vous cachiez de vos conijXJgues , j'en ai les preuves. . .
THÉRÈSE
Vous m'avez dune fait espionner. . .
PROSPER 5 fièrement.
Du tout , Mam'zeîle, je vous ai fait suivre.
Fi , l'horreur! . . .
PBOSPER.
Tout est permis au commis-voyageur, foicé de quitter ce qu'il aime, pour trimballer du quinze-seize dans les départemens.. . Pauvre bonhomme! je m'en allais tranquillement sur ma grise ^ je me disais : elle me sera fidèle , parce que les lingères c'est une classe modeste et sage, même dans la rue Vivienne. . . elles n'ont pas généralement parlant le décousu des marchandes de modes. . . ni le laisse-aller des couturières, et j'en ai appris de belles ! . . • j'ai tout quitté pour venir vous confondre, et maintenant que c'est fait , je m'en vas. ( il s asseoit et s'és'ante avec son chapeau.) Ouf! THÉRÈSE, à part'
J'étais sûre qu'il y aurait une scène , mais je ne peux pas lui avouer.. . ( haut.) Ecoutez-moi, Prosper, et ne vous faites pas de mal comme çà . . •
PROSPKI".
Je me fais du mal , si çà me fait plaisir , çà ne regarde personne.
THÉRÈSE
Causons tianquillement, et surtout ne me regardez pas avec vos gros ycjx , vous me troublez, vous me feriez pleurer, cl çà ne me Aaut rien aujourd'hui.
PROSPEK.
Je crois bien , çà vous empêcherait d'être aussi jolie aux yeux
de mon rival; eh! bien, tant mjeux, tant mieux, et tant ,,,; . I
C îQ ) lJ.n 1 ival !
Ain : Haïr est une folie .
Oui, Mam'zeir, tout me l'assure , Votre cœur m'aura trahi Pour quelque jeune Dandy A gants jaune, ;\ tilbury. . ^
THÉr.tSE.
JNon , Prosper, je vous le jure,
Je suis forcée au secret ; Mais vous saurez ce que cVst...
pnoSTER, ditn ton impérieux.
Parlez!...
THÉRÈSE
\ Ce serait bien pire !
Non , cela vous fâcherait ,
Je n'oserai vous le dire ,
Que lorsque çà sera fait !
Pr.OSPFR.
Encore une sévère !
THÉRÈSE
Ain.si , je vous en prie , Prosper , calmez-vous , je vais sortir pour toute la journée, vous ne pouvez pas me .suivre, mais plus lard. . . quand vous saurez ce que c'est. . . vous m'en remercierez. . .
PROSPER, ëtoiijfant.
Il ne manquerait plus que ça. . . dieux ! quels principes ! . . . ma parole d'honneur, çà fait mal.
THÉRÈSE, vivement.
Prosper , si vous aviez un peu de confiance. . .
PROSPER
Oui, la confiance! je sais bien, c'est comme «lins mon magasin , il y a écrit ; Magasin de confiance , comptez là-dessus!. . . .
THÉRÈSE
Quoi! Monsieur, Li vertu. . .
( 20 ) PROSPER
La vertu. . . la vertu.. . autre mot. . . je sais ce qu'en vaut i'aune. . . tout ça c'est des bêtises. . .
THÈKKSE, le cœur gros.
Des bêtises ! . . . ?llez , Monsieur , c'est affreux î
PROSPER
Elle pleure!. . . El> bien ! j'ai eu tort. . . {la prenant par le bras. ) Thérèse. • . Thérèse .... je vous répète que j'ai eu tort, je ne peux pas mieux dire; mais si vous m'aimez, renoncez à ces idées d'ambition , de coquetterie, qui nous sépareraient pour toujours. . .
THÉnrSE, à par'.
Pauvre sarcon ! . . . ii me désole. . .
prOsper, avec feu.
Qn"as-lu besoin de ees beaux équi|)ages, de ces belles toilettes?.. . en seras-tu plus heureuse?... trouveras-tu jamais
personne qui t'aime mieux que Prosper qu'un lionnête
ijarcon qui passerait sa vie a prévenir tes désirs, à t'obéir en tout, qui ne serait heureux qu auprès de sa petite femme, dans son petit ménage. . . Tu souris. . . tu parais combattue ! Thérèse!. . . (Il tombe à ses genoux. )
THÉRÈSE, entraînée.
Je n'y tiens plus. . . Eh bien! puisque eà te fait tant de peine. . . je te promets. . . ( On frappe fort. )
PROSPER , écoutant du côté de la porte et se leimnt. Hein ! qui frappe là?. . .
THÉRÈSE , répondant au bruit.
Entrez ! . . .