‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 32 sur 270 · LE COMTE, JULIETTE · texte numérisé non relu

LE COMTE, JULIETTE

Eh bien , ma cîière Juliette , tu ne])arais pas enchantée de notre nouvelle habitation ?

JULIETTE

IN'on , mon père... et je vous avoue que je nepuism'einpcoher de regretter ce joli hôtel de la rue de Tolède , si élégant, si commode... C'était là un logement digne du comte d'Arauza , de reuvové d'Espagne.

LE coaiTE.

Il était trop petit , et puis un quartier bruyant. . .un air épais, Ce malsain.

.TULIETTE.

Qîi'esl-ce que vous dites donc, mon père?. . . le plus beau quartier de Naples , iirèsde tous les spectacles , et des magasins de modes. . . un air excellent.

LE COMTE , souriant..

Il ne peut valoir celui que Ton respire ici. . . dans un faubourg écarté , aux portes de la ville... ce beau jardin..

6 i;ambassadeur ,

\c Vésuve en face de nous... c'est bien meilleur pour tn

saule.

JULÎK'JTE.

Est-ce aussi pour ma sauté... que vous n'allez plus dans le monde?., que vous refusez toutes les invitations de bals, et de conceris... et (;ue vous me condamnez à une retraite absolue.... moi qui voulais écrire mon voyagea Naplt-s.

Air de l'Artiste.

Comment puis-je connaître , Ce séjour se'cluisanl ?

Lorsque de raa fenêtre Je lu vois seulement. . .

C'est conforme aux usages.

'^ue d'e'crivains fameux.

ui font tous leurs voyages , bans sortir de chez eux !

Oui, oui 5 voilà comme vous êtes toujours... Vous plaisantez quand vous ne voulex pas répoudre... je vous dirai , mon jière, que c'est là de la diplomatie.

Tu veux, que jeté parle sérieusement... Eli bien , ma chère Juliette , lorsqu'une Msission temporaire me força de partir poixr Naples , je ne pus me résoudre à me séparer de ma fille unique , je le relirai du couvent ; et en arrivant ici. je cédai à un î.etit mouvement d'orgueil paternel bien excusable... je te menai partout; j'étais heureux de tes triomphes , des éloges que Ton te prodiguait — peu à peu le cercle des admirateurs s'est augmenté au point d'alarmer ma prudence... nous avions vraiment à nous deux, trop de succès... j j'ai remarqué que Ion nous suivait à la sortie des promenades, que l'on épiait nos déniarches....

.JULIETTE, un peu embarrassée.

Quoi... mon père... vous croyez! ..

Oui et c'était je Ciois pour toi seule, car, ([uelque

agréable que soit la vue d'uu ambassadeur, ils ne sontpag iissez rares pour produire sensation... or, tu connais mes jutcutions à ton égard.

Air de la Robe et les Bottes.

Si jainais je choisis un gendre, Je veux qu'il vive en Espagne . . avec moi ;

D'après cela tu dois comprendre Qu'un étranger n'aura jamais la Coi.

A ma patrie est mon pr • icr hommage, Mon pays doit avant lout l'emporter; Et des tri'Sors . (jue |e (rois mon ouvrage. Je veux au moins qu'il puisse profiler.

Voilà pourquoi je ne reçois chez moi que des compatriotes... Voilà pourquoi j'ai supprimé les spectacles et les promenades... Il v a dans ce moment , à Naples , beaucoup de français fort aimables, fort séduisans... de jeunes milllaires.,, de jeunes poètes qui viennent sous [e ciel napolitain cherclier des inspirations... tu aurais pu te préparer des chagrins... làire un choix

JULIETTE, troublée.

Ah ! mon père !...

Eh .' bien, chère enfanl te voilà toute énme ! qu'as -tu

donc ?. . Juliette, est-ce que mes précautions auraient été prises trop tard ?. .

JULIETTE, baissant les jeux.

J'en ai peur!

LE COMTE, ejfrayé.

Ah .' mon dieu , tn as distingué quelqu'un?

JULIETTE , hésitant.

Je le crois... un jeune homme qui nous suivait partout , vous l'avez sans doute renaarqué?...

Ma foi, non... pour un père tous ces messieurs-là se ressemblent. . . .

JULIETTE , vivement.

Oh ! celui-ci a une physionomie si douce, si modeste... Je suis tentée de croire que c'est un compatriote

Un Espagnol? impossible... il se serait fait présenter cîieznioi.... et quel est son nom?

JULIETTE

Je n'ai point ose le demander... quoique Saint-Jean le connaisse et en dise le plus grand bien...

Saint-Jean î ce valet de chambre Français, que j'ai pris en arrivant à Naples... Je me doutais que le coquin était mêlé dans tout ceci...

JULIETTE

Mon père...,

Un drôle qui a ml'le fois abusé de mes bontés.,, qui se donne effrontéinent pour tout savoir; qui ne m'est utde à rien : et qui s'avise dlntriguer dans ma maison.... Je suis charme d'avoir enfin trouvé l'occasion de le mettre à la porte.

JULIETTE

Je serais cause que ce pauvre garçon. .. Ah ! je vous en conjure...

Il suffit, mon enfant... calme-toi , et surtout prends courayé., ce n'est qu'une impression légère. . n'est-il pas vrai ?. . tu n"v penses pas souvent ?...

JULIETTE

Oh ! non, mon père... de teras en teais... le matin... le soir...

LE COMTE, à part.

Oui., toute la journée... (à Juliette) ma\s chut, chut... •in vient, calme-toi, et n'en parlons plus.

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