SCÈNE XV
Les mêmes, excepté JULIETTE.
SAINT-JEAN, à part.
Diable !.. ça se complique.
ZANETTA
Ortainemenl , mademoiselle est bien injuste.... Si ou perdait toutes ses pratiques parce que l'on a une inclination, il n'y a que les prudes qui feraient fortune.
LE COMTE, à part.
Décidément... je n'ai que ce moyen de sauver le fils de ç>on ami. . . ( « Saint-Jean') Des sièges. . . je suis sûr que le marquis ne me désavouera pas... [àZaneita) asâeyezvous , mademoiselle...
Saint-Jean a placé un fauteuil pour Zanetta , et rapproché celui de V ambassade ur .
ZANETTA, hésitant.
Monsieur le comte...
Asseyez- vous et écoutez-moi... (^ à Saint-Jean) et toi reste là . . .
SAINT-JEAN
Que va-t-il taire ?
Le comte s'assied. Zanetta^ assise., est à sa gauche. Saint- Jean se tient debout derrière le Jauteuii du comte . de manière qu'if peut Jaire des signes à Zanetta., sans que le comte s'en aperçoive .
C'est une négociation toute nouvelle pour moi et je
ne sais pas trop comment m'v prendre... ma foi. allons au fait, et sans préambule : {à Zanettd) Mademoiselle, vous aimez Frédéric ?
ZANETTA , voulant se lecer.
Oh ! oui, monsieur, j'aime...
LE COMTE, la faisant rasseoir .
Je le sais, vous me l'avez déjà dit, mais il a aussi une famille qui l'aime, qui le chérit... une famille puissante qui est décidée à employer contre vous des moyens de rigueur.
ZANETTA
Des rigueurs... qu'est-ce que c'est que ca ?
Saint-Jean lui J ait signe de se tranquilliser.
Je vois que vous n'êtes point pour les rigueurs ni moi,
non plus... je les desavoue... et comme vous me parliez ce matin du désir que vous aviez de vous établir en France , je me disais : Si mademoiselle Zanetta dont j'honore et dont
i ''estime !e talent, veut transplanter à Paris les modes et es grâces napolitaines.... je me fais fort de subvenir aux. frais de voyage et d'établissement.
58 L'AMBASSAUEUK ,
ZA>'ETTA.
Quoi, monsieur, \ous auriez la bonté?...
J' jicnsais que mille piastres pourraient peut-être suf- IJrc
ZANETTA
Mille piastres! [St.-Jean lui fait signe de refuser) mille piastres pour quitter ces lieux," pour quitter Frédéric ! ...
Deux mille....
ZA^IETTA.
Comment, monsieur, vous pouvez supposer.... qu'une passion comme celle-là.... aussi pure.... aussi délicate.... non certainement, non jamais....
Trois mille!
ZAXETTA 0-eut se /c't'er, et St. -Jean lui J'ait toujours signe de refuser.
Trois mille! ah! ]'ai besoin de me répéter que j'aime
Frédéric... laissez-moi, monsieur, laissez-moi, craignez de m'outrager.... craignez d'insister....
Quatre mille....
ZAÏIETTA.
Quatre mille! '^mpiiie signe de St.-Jean^ {^Apart, en se leraut) Ma foi, monsieur Saint-Jean dira tout ce qu'il voudra... {Jiaui) certainement monsieur le comte j'aime
Frédéric et je l'aimerai toujours, d'abord.... ce pauvre
Frédéric! mais l'intérêt d'une famille... ledevoir... quatre mille piastres... et puis, ce qu'il y a de plus précieux pour une demoiselle, c'est la perspective d'un établissement... car enfin Frédéric ne pouvait pas m'épouser,...
Non... sans se brouiller avec sa famille : et vous ne voudriez pas faire son malheur.
— ^ COMÉDIE-VAUDEVILLE. dq
ZANETTA
Dieu! que me dites-vous là... le malheur de Frédéric!., plutôt me sacrifier!...
LE coaiTE.
Air de Céline.
Ainsi , quelle est voire réponse?
SAINT- JE.\N
Ah ! je tremble de la prévoir !
ZANETTA
11 le faut , à lui je retionce ; J'iinaiole l'amour au devoir.
Quand c'est le devoir qu'on écoute , Il lînit toujours, mon enfant , Par rapporter plus qu'il ne coûte.
ZANETTA
Ah ! je le vois en ce moment.
Il rapporte plus qu'il ne coûte.
ZANETTA
Ah! je le vois en ce moment.
SAINT-JEAN , frappant du pied,
(à part^ La petite sotie! qui s'avise dépenser à sa fortune....