QUATUOR
Fragment du final de la Dame Blanche : Je n'y puis rie Comprendre.
LK COMTE , h Frédéric.
Voyez mademoiselle.
FRÉDÉRIC , regardant Zanetta. Elle est gentille el belle; Mais dites-moi qaelle est elle , Car je ne la connais pas.
/ ZANETTA
Quel est donc ce jeune homm« T Dites-moi comme il se nomme ; Car je ne le connais pas.
Quel est donc ce mystère , Celle qui sut lui plaire , Lui semble une e'trangère , Il ne la reconnaît pas.
SAINT-JEAN
Cette reconnaissance Finira mal, je pense :
Comment sortir d'embarras ?
LE COMTE, h Frédéric.
Eh ! quoi l'aspect de cette belle N'a pas sur vous des droits?
FRÉDÉRIC
Je vois, ici, mademoiselle Pour la première fois.
Llî COMTE.
Et toi , Saint-Jean , qui nous écoute , Que penses-tu de tout ceci ?
SAINT-JEAN
Qu'il a bien ses raisons sans doute , Pour vouloir en agir ainsi.
LE COMTE, à Frédéric.
Vous vous croyez forcé , peut-^tre , De méconnaître ses attraits ; Mais cet amour que ses yeux ont fait naitre T
ENSEMBLE
FRÉDÉRIC
Moi !. . . jamais. . . je ne l'aimai jamais.
! ZANETTA
Quel est donc ce jeune homme , Dites-moi comme il se nomme ; Car je ne le connais pas.
FRÉDÉRIC
Quelle est donc cette belle , Dites-moi quelle est elle ; Car je ne la connais pas.
Oui.. , le trait est original.
' SAINT-JE.AN
Pour nous cela finira mal.
Vous êtes donc bien sûr de ne pas aîmer mademoiselle?
FRÉDÉRIC
Faut-il, monsieur, vous faire de nouveaux sermens ?
Non, monsieur.... mais j'en voudrais une preuve.
FRÉDÉRIC
Et laquelle?
Me promettez-vous?...
Mais, monsieur...
Taisez- vous ! (à Frédéric) me promettez-vous de renoncer à mademoiselle ?
FRÉDÉRIC
Sans hésiter.
SAINT- JEAN , à pari.
JjC maladroit !...
4a L'AMBASSADEUR,
Vous consentiriez à la quitter ?
FRÉDÉRIC
Eh ! mais sans doute.
C'est tout ce que je demande... je suis conleut de vous....
FRÉDÉRIC
Vous me rendez votre amitié ?
Oui, jeune homme... mon amitié... mon estime... dans une demi-heure vous ne serez pUis ici.
FRÉDÉRIC
Comment ! monsieur , qu'est-ce que cela veut dire ? LE COMTE.
Que maintenant vous êtes digne d^emhrasser votre père ', qu'il vous attend avec impatience... la chaise de poste, les chevaux , fargent nécessaire pour votre départ, tout sera prêt dans la minute.
FRÉDÉRIC
O ciel î
LE CO.AITE, â Zanetta.
Quant à vous, mademoiselle , restez ici... il faudra bien m'expliquer ce mystère , {regardant Saint-Jean) et si Ton ma trompé...
SAINT-JEAN
Oui , monsieur... c'est ce que je vais lâcher de savoir ; car je suis comme vous : je m'y perds...
Eh bien ! par exemple... allons , allons... n'importe, il partira, c'est tout ce que je désire... attendez-moi là... je reviens dans l'instanl .
Il sort par lejond.
COMÉDIE-VAUDEVll-LE. 45
ÎSCENE XVII.
FRÉDÉRIC , SAllST-JEA?^ , ZANETTA.
FRÉDÉrxIC.
Me renvoyer dans une demi-heure... et pour quelle raison ? pour quel inollf 7
ZANETTA
Oui, sans doute j maintenant qu'on peut parler , qu'est-ce que ça signifie?
Que nous sommes perdus, ruines... et par votre faute... à tous deux.
FRÉDÉRIC et ZANETTA.
Par la mienne?..
SAINT-JEAN
Depuis une heure, je vous fais des signes, et vous ne comprenez rien... j'avais tout prévu , tout arrangé... l'ambassadeur voulait garder chez lui le fi!s du marquis d'Aveiro pour le guérir d'une inclination roturière... le fils du marquis de... c'était vous... l'inclination, c'était mademoiselle.
ZANETTA
Comment... c'est j'aime Frédéric ; il fallait donc le dire?
SAINT-JEAN
Et vous avez la maladresse de ne pas vous reconnaître...
ZANETTA
Quand on ne s'est jamais vu.
FRÉDÉRIC
Et surtout quand on n'est pas prévenu.
SAINT-JEAN
Impossible depuis ce malin de vous voir ou de vous parler... que faire maintenant?
ZANETTA
Tout avouer à vSon Exceiience.
SAIXT-JEAN.
Non pas... c'est moi qui paierais tous les frais...
FRÉDÉRIC
Ecrire à ce marquis d'Aveiro dont tu m'as donné le nom. .' c'est l'ami de Tambassadeur . mais c'est aussi celui de ma famille; et jai vu de lui une lettre, où 11 promettait de parler en ma faveur.
SAINT-JEAN
Il est à Madrid , et ne vous servira pas de si loin.... en attendant vous perdez votre maîtresse . moi mes deux mille piastres.
ZANETTA
Et moi , mes quatre mille.
SAINT- JEAN
Il n'y a donc qu'un moyen qui peut tout réparer... monsieur ie comte va revenir... tenez-vous à demeurer chez lui, à rester près de sa fille 7
FRÉDÉRIC
Tu me le demandes ?
SAINT -JEAN, montrant Zanetta.
Eh bien l alors redevenez amoureux de madentoiselle .
FRÉDÉRIC
Et Juliette . que dira-' -elle ?
SAINT-JEAN
Quand vous serez de la maison, ne trouverez-vous pas vingt occasions de lui parler , de lui avouer la vérité ?
FRÉDÉRIC
Il a raison... eh bien! soit.., si mademoiselle veut me le permettre, je ralme, je l'adore, j'en suis fou... ah! sou nom ?
s AI XT- JEAN.
Zanetta... (à Zanettà), Vous, ma petite, vous connaissez «os conventions , notre premier plan.
Air du Piège.
Vous dévouant pour le salut public, Que de nouveau l'un pour l'autre soupire.
ZANETTA
Je le veux bien. . . je r'aime Fre'dc'ric ,
Mais permettez-moi de le dire :
A cbaïue instant, changer ainsi soudain.
J'eri conçois de l'inquie'lu.le.
Ce n'est qu'un jeu, |e le sais. . . mais enfin ,
Ça peut eu donner l'habitude ;
On peut en prendre l'habitude.
SAINT- JEAN
Et les principes qui sont là , et dont vous ne parlez pas... on vient... allons, allons , du feu , du désordre, du p;ithétique... c'est le jière... {à Frédéric, montrant Zanetta^) Tombez à ses pieds... [tirant son mouchoir) Dieu ! quel tableau ! (^Frédéric se, jette aux pieds de Zanetta.^