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SCÈNE DEUXIÈME

Ici, lui explique-t-elle, nous ne vivons que d’idéal. Toute notre vie est contenue là, elle montre sa tête, et là, et elle lui montre son cœur.

Le cœur, fait Pierrot! Enfin, voilà une chose sur laquelle nous "pourrons au moins nous entendre. Aime-t-on ici?

Oh! oui!

Parfait. Voudrais-tu m’aimer, toi ?

Mais très volontiers!

Alors viens! Moi je t’adore. Et la prenant par la main, il veut l’entraîner. — Mais elle s’y refuse. Où veut-il donc l’emmener?

Gomment? Mais là-bas, dans la plaine, sous les arbres.

Non, répond-elle en souriant.

Pierrot effaré la regarde. De quelle façon aimet-on ici alors?

Mais avec les yeux, lui explique-t-elle. Je t’ai déjà dit comment nous vivions ici. Si tu veux m’aimer, regarde-moi.

Pierrot à son tour comprend de moins en moins, et commence à regretter la terre; mais elle, d’un

signe, l’appelle : Et souriante, elle se met à danser autour de lui.

Valse lente. — Pierrot ne peut s’empêcher de l’admirer; elle est si gracieuse,* si jolie et ses pieds si mignons.

Il essaie encore de la convaincre, mais elle lui rit au nez. Puis quand il s’éloigne navré, furieux, provocante, elle le rappelle, l’invitant à danser avec elle.

Pierrot revient; il la saisit par la taille, il tâche de la prendre entre ses bras, mais chaque fois elle lui échappe. On dirait par instants qu’elle s’évanouit entre ses mains.

Parfois pourtant elle se laisse saisir. Pierrot alors veut l’embrasser; mais elle se dérobe. Et son baiser se perd dans le vide.

La valse reprend plus vive, plus animée. Au dernier accord, Pierrot n’y tenant plus, se précipite sur elle, la prend entre ses bras, et, fou d’amour, il dépose sur son épaule un long baiser.

Mais elle reste insensible, comme figée, ne sachant ce que veut dire ce baiser qu’il vient ainsi de lui donner, et qui, au lieu de réveiller son

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