‹ La luneChapitre 11 sur 19 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

et elle va prendre dans le creux de l’arbre une rose et un lis, qu’elle apporte en souriant à Pierrot, pendant que celui-ci l’attend, en se frottant les mains, tirant la langue, à la pensée du bon repas qu’il va faire. Le manger dans la Lune, doit être si exquis et si différent de celui de là-haut.

Et elle lui tend la rose du bout des doigts.

Pierrot la regarde, sans comprendre. Qu’est cela? Une fleur! Pourquoi faire? Pour mettre à sa boutonnière ! Ce n’est pas ça du tout qu’il a demandé.

Mais au contraire, explique-t elle. Ne lui a-t-il pas demandé à manger?

Parfaitement, affirme Pierrot, qui commence à être très inquiet.

Eh bien alors ! Manger, ici, ce n’est pas autre chose ! Pour se nourrir, on a le parfum des fleurs; rien n’est plus doux et rien n’est meilleur. Et cela leur suffit ici I

Pierrot se gratte la tête. Cette nourriture lui paraît bien maigre, il s’y fera très difficilement. Et boire? demande-t-il. Peut- on boire au moins?

Rien n’est plus facile ! Et prenant d’une main

la rose, de l’autre le lis, se servant du second comme d’une coupe, elle y verse doucement les gouttes de rosée que le calice de la première fleur contient; et elle boit.

Pierrot ahuri la regarde! Décidément cela commence à manquer de charmes! Et la prenant par la main, la ramenant près de lui, haussant les épaules, pris de pitié devant son ignorance, il lui explique en quoi consistent, chez eux, là-haut, sur la terre, le manger et le boire. Manger, c’est une table sur laquelle fumentde grandsplats remplis de mets exquis et solides, qui sentent aussi bon que les fleurs, mais qu’on avale. Boire, c’est verser du vin dans les verres, les prendre en main, et avaler encore leur contenu qui chauffe en même temps l’estomac, la tête et le cœur. Voilà, conclut-il, ce que c’est que boire, voilà ce que c’est que manger!

Elle n’y comprend rien du tout.

Mais alors de quoi vivez-vous ici? interroge Pierrot, de plus en plus inquiet. Si cela continue, pense-t-il, il sera bientôt maigre comme un chalumeau.

Page 1