SCÈNE UNIQUE
Elle se redresse, ouvrant peu à peu les yeux, sortant d’un long rêve.
Et se retournant, elle aperçoit Pierrot à genoux, tête basse, s’excusant, n’osant encore la regarder.
Lui! Lui!
Oui, moi. Et Pierrot se frappe la poitrine.
D’où viens-tu?
De là-haut! De la Lune. Ah ! si tu savais ! — Et il soupire.
Eh bien, il faut qu’il y retourne!
Ah! non alors, fait Pierrot. Merci bien! J’étais fou, vois-tu. Oublie! pardonne! Je n’aime que toi.
Menteur! Regardez un peu dans quel état il me revient, continue Golombine : déchiré, maigri, pas à prendre avec des pincettes.
Et dédaigneuse, du bout des doigts, elle le relève.
Pierrot se frappe toujours la poitrine. Il sait bien qu’il n’a pas d’excuses à lui donner. Mais elle est si bonne, il sera désormais sj gentil, que sûrement elle lui pardonnera.
Golombine fait signe que non.
Si, reprend Pierrot plus pressant et les mains
SUR LA TERRE
jointes ; de nouveau il se jette'à ses pieds, jurant d’un grand geste qu’il y mourra, si elle ne veut lui tendre la main.
Golombine résiste encore.
Alors Pierrot sourit et se relève. Une idée lui est venue! Et d’ailleurs, à bien les regarder, les yeux de Golombine sont moins sévères que tout à l’heure.
Et s’approchant, câlin, doucement il lui montre la maison, et lui fait signe : Viens dormir, tous les deux, là-haut, dans notre petite chambrette.
Colombine dit encore non. Mais elle se rapproche un 'peu plus.
Tu verras, mime Pierrot, comme je t’aimerai; quelle bonne provision de tendresses et de baisers j’ai faite durant mon voyage !
Non, fait Golombine, mais plus faiblement.
Et Pierrot, le chapeau sur l’oreille, maintenant sûr du résultat, lui murmure à l’oreille son plus joli serment d’amour.
Et Golombine éclate de rire; puis le menaçant du doigt, elle lui tend les mqins. Elle pardonne.