‹ La luneChapitre 7 sur 19 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Triste, il va reporter au fond, près de la balustrade, les deux chaises et la table.

Mais voilà qu’en reportant la table, machinalement ses yeux regardent le seau, et dans l’eau il voit se refléter la face blanche de son éternelle amoureuse.

Elle est là, se mirant dans l’eau claire. Ah! comme elle est autrement charmante que sa femme.

Et sur la pointe des pieds il s’avance près du seau, se penche et veut embrasser l’adorée. Mais il se redresse, le visage tout mouillé. Hélas ! ce n’était là qu’une insaisissable image! Pauvre Pierrot! La Lune est toujours là-haut!

Mais relevant la tête, il recule surpris, croyant rêver. La Lune, dans le ciel, semble maintenant lui sourire et l’inviter à monter jusqu’à elle. Mais non! il ne rêve pas. Sa face est bien telle qu’il la voit *. Elle l’appelle! Mais sa femme

i. Ce jeu de scène est facilement obtenu par la superposition sur le premier d'un second transparent qui donne à la Lune une mine souriante et un regard tout à fait engageant. ( Note de V éditeur.)

SUR LA. TERRE

aussi l’attend. Vers laquelle aller? Ah! tant pis pour Golombine. Il a beau faire. Il ne peu plu s résister. L’amour l’emporte. C’est la Lune seule qu’il veut!

Et grimpant sur la balustrade du fond, puis sur un des vases de fleurs, il se précipite dans la Lune, dont il crève la face blanche, et disparaît au travers 1 .

Tandis que Golombine sort de la maison, l’aperçoit, tend les bras vers lui, et tombe évanouie sur le banc de gazon.

La toile tombe.

1 . Ce vase de fleurs est placé immédiatement sous la Lune, formant ainsi avec la balustrade et une des chaises, une succession de trois marches qui permettent à l'acteur d’atteindre la Lune et de passer au travers. ( Note de V éditeur.)

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