‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 10 sur 76 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ALBERT, seul.

Ce père Simon m'a tout l'air d'un honnête^ homme. En vérité, ces paysans pourraient nous donner des leçons de philosophie pratique; ils savent tirer parti de tout, même des incommodités de la vie. — Cette mère La Paixj dont les cris entretiennent le mouvement à la ferme, est-ce assez réussi! La tempête mise au service du travail! — Ah! ah! ah! j'imagine maman Verbesec transformée en garçon de charrue ; serait-ce amusant à voir ! (Après une pause.) £st-ce que nos raffinements d'éducation, avec les délicatesses d'impression qu'ils donnent à nos nerfs, vaudraient moins, dans la conduite de la vie, que le simple bon sens d'une culture instinctive? C'est une étude à faire sur moi-même, et je la ferai. Depuis un mois que je suis marié, deux sentiments d'égale force se disputent en moi ; mon amour pour Hélène, qui va grandissant chaque jour, et mon éloignement pour sa mère, qui deviendrait, si je n'y mets bon ordre, de l'aversion pure. Une semaine de plus de séjour à la ville, et l'exis-

tence en commun, avec ses frottements continuels, me devenait insupportable. Mais ici, grâce à Dieu, je puis m'isoler assez pour ne rencontrer la lutte qu'à des heures déterminées, et dans des conditions d'indépendance qui me permettront d'y apporter plus de sang-froid et moins d'acrimonie. Cette pauvre Hélène ! elle est la première à souffrir de cet antagonisme. Je ne lui en veux pas d'aimer sa mère, c'est si naturel ! Le dévouement filial est une vertu, après tout! — Oui; mais, en bonne morale, nos vertus mêmes doivent être sacrifiées à nos devoirs, et le premier devoir d'une femme, , . (Hélène parait au fond, & gauche.)

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